« Elisabeth Ire » de Vincent Delmas, Christophe Regnault, Andrea Meloni et Michel Duchein

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Quatrième de couverture

Fille du roi Henri VIII, Elisabeth Tudor accède au trône d’Angleterre au cœur de nombreux remous politiques. En rivalité avec sa demi-sœur Marie Tudor, elle est celle qui parviendra finalement à restituer la stabilité du royaume sous l’autorité royale, coupant les liens avec le Pape en créant l’Église protestante d’Angleterre. Elle est également celle qui parviendra à imposer sa féminité dans un monde d’hommes. Éternelle vierge, elle ne se mariera jamais et verra la lignée Tudor s’éteindre avec elle.

Découvrez le destin de l’une des figures les plus célèbres de l’histoire d’Angleterre. Celle dont le règne, associé à l’épanouissement du théâtre anglais – représenté par William Shakespeare et Christopher Marlowe – et aux prouesses maritimes d’aventuriers comme Francis Drake, signe l’apogée de la Renaissance anglaise.

  • Mon opinion

★★★★★

___Pour quiconque témoigne d’un intérêt marqué pour la dynastie Tudor ou pour Elisabeth Ire, le nom de Michel Duchein sonne comme une référence sur le sujet. L’historien, auteur de nombreux ouvrages consacrés à divers souverains britanniques, fait figure d’autorité en la matière. De fait, retrouver ainsi le nom de ce spécialiste parmi les auteurs ayant participé à la réalisation de cette BD ne pouvait que me conforter dans l’idée de me la procurer.  S’inscrivant dans la collection « Ils ont fait l’Histoire » de Glénat, cette biographie, réalisée en collaboration avec les éditions Fayard, revient sur le règne de l’un des plus grands monarques de l’Histoire.

___Fruit des amours tumultueuses d’Henri VIII et d’Anne Boleyn (que ce dernier fera exécuter), Elisabeth est passée par les affres de bien des tourments avant de monter sur le trône. Couronnée reine le15 janvier 1559 en l’abbaye de Westminster, elle est la dernière Tudor à accéder au trône d’Angleterre. Son règne, qui s’étendra sur 45 ans, débute sur fond de nombreux remous politiques et d’une grande instabilité religieuse. Marquée par de nombreuses manigances politiques, la rupture avec la papauté ou encore la création de l’Elise protestante d’Angleterre, l’ère élisabéthaine (1558-1603) marque également l’apogée de la Renaissance anglaise avec l’essor sans précédent des arts et de la culture. Le théâtre florissant sous la plume du dramaturge William Shakespeare en est d’ailleurs l’une des plus belles représentations !

___Si personne ne conteste le rôle majeur qu’Elisabeth Ière joua dans l’Histoire d’Angleterre, sa personnalité complexe et ambiguë lui valut autant d’admirateurs que de détracteurs. Portée aux nues par certains, conspuée par d’autres, celle que l’on surnomme « la reine vierge » cultive aussi bien le mystère que les paradoxes. Colérique, versatile, austère, calculatrice… Elisabeth est de fait parfois présentée comme une souveraine aigrie, indécise et antipathique. Pourtant, ce n’est qu’à l’aune de son histoire personnelle et du contexte trouble de son époque qu’il convient d’appréhender la personnalité et les réactions de cette femme à la destinée exceptionnelle. Refusant tout parti-pris ou portrait à charge, Vincent Delmas, Michel Duchein, Christophe Regnault et Andrea Meloni parviennent avec cette biographie sérieuse et visuellement époustouflante, à restituer toute la complexité de cette reine hors du commun et à en dresser un portrait psychologique remarquable de nuances au vu d’un format si condensé.

Vivant sous la menace permanente d’une trahison ou d’un complot visant à la destituer, pressée par ses conseillers de se marier afin d’asseoir les intérêts de la couronne d’Angleterre et d’assurer sa succession, on comprend mieux les sautes d’humeur de la souveraine face à ces attaques permanentes et répétées. A la lumière de tous ces éléments essentiels ici parfaitement restitués par les auteurs, Elisabeth Ire apparaît ainsi davantage comme une femme avisée, prudente et intelligente que comme une monarque narcissique, froide et calculatrice. Nul doute qu’il fallut en effet à la souveraine user de toute son intelligence et de sa force de caractère pour ne pas tomber dans les nombreux pièges de la cour ou autres complots ourdis par l’entourage de sa cousine catholique. Sachant se montrer fine tacticienne dès lors que les circonstances l’exigent, elle avance avec prudence en matière de questions religieuses et revendique une totale indépendance d’esprit.

Entre nécessité d’asseoir son autorité et indispensable devoir de compromis, cette évocation du règne d’Elisabeth met ainsi parfaitement en évidence le difficile exercice du pouvoir, a fortiori lorsqu’on est une femme. S’estimant mariée au royaume d’Angleterre, Elisabeth Ire forge sa légende sur son célibat. Dans ce monde d’hommes où se mêlent conflits d’intérêts personnels, politiques et jeux de dupes diplomatiques, elle entend conserver sa couronne et son pouvoir. Un règne sans partage aussi bien marqué par sa longévité que par les quelques personnalités récurrentes que compte son entourage. La reine s’est en effet très vite entourée d’un cercle restreint de proches conseillers qui lui restèrent toujours fidèles, parmi lesquels William Cecil, Walsingham… et l’incontournable Robert Dudley.

Au coeur de la narration, on retrouve ainsi évoquées la question lancinante du mariage, ses rapports ambigus avec Robert Dudley ou encore sa rivalité avec Marie Stuart. A ce sujet, il semble probable que celle qui revendiqua et affirma son indépendance à une époque patriarcale, nourrissait en catimini quelque jalousie envers sa cousine. Leur lutte sans merci mènera finalement Marie Stuart à l’échafaud et entraînera Elisabeth à un affrontement historique avec l’Espagne. Qualifiée d’invincible, l’armada espagnole sera pourtant finalement vaincue par l’armée anglaise ; permettant ainsi à la victorieuse Elisabeth d’entrer un peu plus dans la légende.

___Soucieux d’intégrer tous les événements marquants de son règne tout en devant composer avec un format court, les auteurs ont dû opérer quelques coupes dans la chronologie. Autant d’ellipses temporelles et de raccourcis qui pourront à n’en pas douter déstabiliser certains lecteurs. De fait, la multiplicité des enjeux politiques et religieux sous-tendus par le sujet semblent réserver davantage cet album à un public un minimum connaisseur, ou en tout cas déjà familiarisé avec le contexte et les protagonistes impliqués. Afin d’essayer de pallier à cette difficulté et de combler les éventuels chaînons manquants, le récit est complétée d’un dossier illustré de 7 pages, qui permet de revenir sur les évènements majeurs du règne d’Elisabeth tout en les remettant dans le contexte de l’époque.

Le dessin réaliste de Christophe Regnault et Andrea Meloni nous fait plonger de plain-pied dans le siècle élisabéthain, au coeur des jeux de pouvoir et des évènements majeurs qui marquèrent cette période et dont les auteurs nous livrent ici le récit palpitant. Avec cette biographie, ils nous offrent surtout un portrait nuancé et réaliste d’une reine emblématique et charismatique qui joua un rôle majeur dans l’histoire de l’Angleterre et devint un mythe de son vivant. Pour bâtir cet album, les auteurs se sont appuyés sur une solide documentation et de multiples sources, aussi bien à charge que partisanes, dans lesquelles ils ont dû entreprendre un tri rigoureux, afin de coller au mieux à la « vérité historique ». Format court oblige, on regrettera que l’album ne revienne pas sur l’enfance et les jeunes années d’Elisabeth. Mais quelles que soient les zones d’ombre et les incertitudes entourant sa vie privée ou son caractère, Elisabeth Ire n’en demeure pas moins une figure historique fascinante. Profondément dévouée à son peuple et à la cause de son pays, elle hissera son royaume au rang des plus grandes puissances de la Renaissance.

Je remercie infiniment les éditions Glénat pour cette belle découverte !

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« Les Tudors » de Liliane Crété

Quatrième de couverture

On ne présente plus cette célèbre famille royale à la réputation sulfureuse, ayant régné sur l’Angleterre entre 1485 et 1603. La légende romantique qui l’accompagne ne l’aurait-elle pas emporté sur les faits ? Cette question trouvera réponse dans ce beau livre qui retrace les événements marquants du règne de cette grande dynastie. Illustrations, témoignages et documents vous feront découvrir l’univers de la famille Tudor, véritable incarnation du pouvoir anglo-saxon au XVIe siècle.

Mon opinion

Rarement un ouvrage aura autant mérité son appellation de « Beau Livre ». Après avoir déjà publié, il y a quelques années, un essai passionnant sur les Tudors (« Les Tudors », éditions Flammarion), Liliane Crété met à nouveau son expertise au service d’une oeuvre exceptionnelle, consacrée à l’une des dynasties les plus célèbres de l’histoire de l’Angleterre. Un livre de toute beauté et absolument passionnant, à découvrir absolument !

___Si outre-Manche les livres sur la dynastie Tudor sont légion, force est de constater que les ouvrages se référant à cette période de l’histoire anglaise restent malheureusement relativement rares en France. Une tendance qui semble néanmoins peu à peu s’inverser, en particulier après le succès fulgurant de la série télévisée « Les Tudors » de Michael Hirst (diffusée en France entre 2008 et 2011). Côté livres, c’est Philippa Gregory qui semble avoir véritablement ouvert la voie avec la parution française en 2008 de son best-seller, « Deux soeurs pour un roi » (adapté par la suite au cinéma). Depuis, d’autres auteurs se sont engouffrés dans la brèche, tels que Hilary Mantel (« Le Conseiller ») ou encore Steve Berry (« Le secret des rois »). La littérature jeunesse s’est également emparée du phénomène. Fin 2013 paraissait ainsi aux éditions Milan Macadam le premier tome de la série « Le cercle des confidentes » dont le prochain volet est annoncé pour le mois de juin. Expositions, émission télé, bandes dessinées, livres documentaires et hors-série, les évènements et les ouvrages dédiés aux Tudors fleurissent aujourd’hui un peu partout. Source d’inspiration inépuisable, la dynastie des Tudors intrigue autant qu’elle fascine !

C’est dans ce contexte que les éditions du Chêne viennent de publier un magnifique livre sur le sujet. Signé par une spécialiste de renom du protestantisme, cet ouvrage complet et d’une exceptionnelle facture ravira à coup sûr tous les curieux et les passionnés qui s’intéressent à cette dynastie flamboyante !

La dynastie des Tudors (extrait de « Les Tudors », Editions du Chêne (2015))

___La naissance de la dynastie débute avec l’accession au trône d’Henri VII en 1485 après avoir conquis la couronne d’Angleterre, au cours de la bataille de Bosworth Field. L’ère Tudor marque ainsi la fin de la guerre des Deux-Roses, un conflit fratricide qui opposa la maison royale des Lancastre et celle des York. Parmi ses représentants les plus mythiques, on trouve bien entendu Henri VIII, qui fit notamment sortir l’Angleterre du giron papal. Sous son règne, la couronne anglaise amorce en effet son émancipation de l’influence exercée par le pape. Mais cet artisan de la rupture avec Rome est surtout passé à la postérité pour s’être marié six fois (et avoir fait exécuter deux de ses épouses). Henry VIII fut longtemps tourmenté par la question de la succession et la quête d’un héritier légitime. Ironie du destin, Edward VI, son seul héritier mâle, connaîtra un règne éphémère. Ultime maillon de la chaîne, Elizabeth Ire, incarne l’autre figure emblématique de l’ère Tudor. Succédant à « Bloody Mary », la « Reine Vierge » fut une souveraine populaire et aimée de son peuple qui refusa toujours de se marier malgré les nombreuses pressions. Dernière héritière des Tudors, la dynastie s’éteignit le jour de sa mort, le 24 mars 1603.

___Afin de retracer l’incroyable épopée des Tudors, Liliane Crété a logiquement choisi de s’appuyer sur une structure chronologique, parcourant et explorant plus d’un siècle de monarchie anglaise. L’ouvrage, agencé en quatre parties, revient ainsi sur la naissance de la dynastie et les règnes successifs des différents souverains. Brossant les portraits de ces cinq monarques, Liliane Crété passe en revue leurs personnalités, s’attarde sur les évènements marquants de leurs règnes ainsi que sur l’empreinte laissée par chacun d’entre-eux dans l’histoire de l’Angleterre. Bien que survolant des personnalités très différentes, l’auteure parvient à dégager de l’ensemble un remarquable esprit d’unité et de réelle cohérence. Créant sans cesse du lien entre les différentes parties, elle permet au lecteur (y compris néophyte), de capter les évènements clés et de saisir les changements majeurs impulsés par chacun des acteurs évoqués.

Afin de mener à bien ce projet et de démêler l’essentiel du superflu, Liliane Crété a bien évidemment dû faire des choix : hiérarchiser les thématiques et les enjeux, sélectionner et mettre en avant les évènements les plus pertinents, faire l’impasse sur certains détails jugés plus secondaires… Un exercice délicat mais néanmoins réalisé avec brio par l’auteure dont les choix et les partis pris se révèlent aussi pertinents que judicieux. Sans sacrifier la rigueur historique, cet ouvrage s’attache donc avant tout à faire émerger l’essentiel. De fait, si Liliane Crété est bien obligée d’emprunter quelques raccourcis, cette démarche de synthèse ne se fait jamais au détriment de la précision historique qui demeure jusqu’au bout le maître-mot de cet ouvrage exceptionnel.

___Sans se départir de sa minutie ni de son remarquable sens de la pédagogie, Liliane Crété parvient ainsi avec brio à rendre compte du contexte profondément agité de l’époque (tant sur le plan politique que religieux), et réalise ici un remarquable travail de synthèse à travers un texte percutant et des reproductions d’une grande qualité. De nombreux encarts, abordant des thèmes variés, viennent en outre astucieusement compléter et enrichir le propos de cet ouvrage foisonnant ! Ne faisant l’impasse sur aucun des évènements qui marquèrent l’histoire de cette dynastie, l’auteure livre un texte d’une grande fluidité, se lisant avec autant de plaisir qu’un roman, et qui nous propulse avec brio sur les traces de l’une des dynasties les plus mythiques de l’Histoire de l’Angleterre.

___Pour les néophytes, cet ouvrage constitue indéniablement une excellente entrée en matière pour aborder la dynastie des Tudors. De leurs côtés, les connaisseurs émérites apprécieront la qualité de synthèse ainsi que le choix iconographique d’une grande pertinence qui font toute la plus-value de cet ouvrage, exceptionnel à bien des égards.

___A la fois objet de collection à part entière et véritable livre de référence sur le sujet, « Les Tudors » est un ouvrage absolument indispensable, à conserver précieusement dans sa bibliothèque… et à offrir sans retenue !

Je remercie les éditions du Chêne pour ce magnifique ouvrage! N’hésitez pas à vous rendre sur la page du site pour feuilleter le livre 🙂