« Rose soie » de Camille Adler

___Après avoir totalement déserté le blog et délaissé les livres pendant plus d’un mois, j’essaie doucement de reprendre les commandes et de retrouver un semblant de rythme de lecture !
___Il faut dire (à ma décharge) que le mois d’octobre n’a pas été de tout repos pour moi, et que les mois à venir s’annoncent tout aussi éprouvants ! Entre les cours, les exposés, les démarches pour le stage de fin d’étude, et surtout la thèse…, je n’ai pas vraiment le temps de m’ennuyer (et pas beaucoup plus pour lire, malheureusement -_-‘’). Mais soyez assurés que, même croulant sous le travail et les impératifs, ma détermination et mon envie de poursuivre ce blog restent parfaitement intacts :). Et si je suis forcée d’admettre que les mois à venir risquent de s’avérer peu prolifiques, je vous assure de faire au mieux !

___Quelques mots sur mes lectures et articles à venir pour finir ; vous trouverez ci-dessous mon avis sur le roman de Camille Adler, « Rose soie », paru dernièrement aux éditions Milady. Je viens par ailleurs de terminer le roman « La Madone des maquis » de Sylvie Pouliquen aux éditions De Borée (inspiré de la vie de Virginia Hall). Un roman absolument passionnant et que j’ai littéralement dévoré ! Je vous en reparle bientôt ! 😀
Enfin, pas d’article Bilan de mes acquisitions pour le mois d’octobre, puisque je n’ai reçu que trois livres (deux dans le cadre des deux dernières opérations Masse Critique de Babelio et un partenariat avec les éditions De Borée). C’est ma PAL qui est contente ! ^^

___Je finis ce message en m’excusant donc pour ce mois de silence et pour les commentaires restés sans réponse (je vous promets d’y remédier dès ce week-end ! ;)). Et j’ai hâte de rattraper mon retard dans la lecture de vos articles ;).

Résumé

Au XIXe siècle, Rose de Saulnay, jeune femme de la haute société parisienne, est mariée à un homme violent, qui lui reproche son comportement et son goût pour la mode. A l’occasion d’un bal masqué, elle rencontre Alexander Wright, le couturier le plus en vue de la capitale. Lorsque la loi autorisant le divorce est votée, Rose trouve le courage de prendre sa vie en main et de quitter son époux. Mais il refuse.
Aidée par sa femme de chambre, elle s’enfuit et ouvre une boutique de confection. C’est le début d’une période difficile, entre le rejet de la société et celui de son époux. Mais grâce à Alexander Wright, Rose retrouvera foi en l’avenir et en l’amour.

Mon opinion

★★★☆☆

___Inscrivant son intrigue sous le signe de la romance, c’est au coeur de la Belle Epoque que Camille Adler a choisi de situer l’action de son premier roman. Avec « Rose soie », la jeune auteure s’essaie ainsi à un des genres les plus ardus de la littérature : le récit historique. Un exercice particulièrement périlleux puisque nécessitant, par définition, une parfaite maîtrise de son sujet et une connaissance approfondie de l’époque où est censée se dérouler l’intrigue.

___Face à cette double difficulté, la jeune romancière laisse pourtant rapidement entrevoir un réel potentiel. Grâce à un style agréablement fouillé, Camille Adler immerge en effet, très vite et sans difficulté, le lecteur dans l’ambiance du Paris de la fin du XIXème siècle. Combinant élégance et raffinement (et s’inspirant probablement de la plume de certains auteurs de l’époque), son écriture semble ainsi témoigner d’un souci évident d’authenticité et d’une quête d’excellence très appréciable !

___Pourtant, en dépit du soin tout particulier que Camille Adler semble avoir porté à l’écriture, la romance concoctée par l’auteure ne parvient malheureusement pas à éviter les écueils du genre. En effet, plombée par une construction trop académique et convenue, qui laisse dès lors peu de place aux effets de surprise, l’intrigue de « Rose soie », cousue de fil blanc de bout en bout, peine à faire mouche ! Malgré un effort évident sur la forme, le fond du récit manque donc encore d’aboutissement et d’un soupçon de génie pour véritablement éblouir le lecteur qui ne tarde pas à deviner la tournure des évènements et l’issue parfaitement prévisible du récit. Les rouages de l’intrigue nous deviennent en effet rapidement évidents, et l’on ne peut s’empêcher de repérer bientôt les nombreuses coïncidences, bien trop flagrantes pour être réellement plausibles, tout en anticipant sans grande difficulté le rôle clé que vont être amenés à jouer certains protagonistes.

___Par ailleurs, ne prenant pas suffisamment le temps d’installer les situations porteuses de sens et propices à l’instauration d’une véritable tension dramatique, l’auteure peine à faire émerger des enjeux assez forts pour tenir le lecteur en haleine et, fragilisée par une succession de difficultés trop facilement surmontées par l’héroïne, la légèreté de l’intrigue prend bientôt le pas sur des thématiques et des axes de réflexion plus consistants. Ainsi, si à travers le combat de son héroïne, Camille Adler nourrit l’intention louable d’explorer le thème (bien qu’archi-rebattu) de l’émancipation de la femme, le traitement du sujet se révèle un peu trop attendu et superficiel pour marquer les esprits. Dans un souci davantage esthétique que de réflexion, la romancière semble en effet concentrer ses efforts sur les aspects plus anecdotiques du récit (en particulier la description des tenues vestimentaires) au détriment d’un travail plus appuyé sur la psychologie de ses personnages ou d’une meilleure exploitation du contexte historique. Un parti-pris qui aboutit à diluer peu à peu les thématiques fortes de l’histoire dans des sujets de moindre consistance, contribuant à amputer l’intrigue d’une grande part de son potentiel tout en lui faisant perdre en puissance et en profondeur.

___De la même manière, « Rose soie » ne parvient malheureusement pas toujours à échapper aux clichés inhérents au genre, à travers des situations et des dialogues parfois mièvres et édulcorés, donnant alors à l’intrigue des accents un peu trop prononcés de romance à l’eau-de-rose. Par ailleurs, si certaines phrases semblent parfois revêtir des accents de Zola, la beauté du style demeure globalement inconstante, laissant en fin de compte peu de doutes au lecteur quant à l’époque à laquelle a été écrit le roman. Les constructions recherchées et poétiques laissent ainsi de temps à autres la place à des dialogues sonnant faux, car dépouillés et artificiels, qui contrastent lourdement avec le raffinement et la subtilité d’autres passages. Un sentiment d’autant plus marqué que l’écriture sombre parfois dans la lourdeur et la pédagogie dès lors que l’auteure tente de glisser (mais de façon assez maladroite) certaines informations relatives aux moeurs de l’époque.

___A noter, pour finir, les multiples allusions à diverses oeuvres littéraires et cinématographique dont l’auteure imprègne son intrigue. Car en dehors du contexte historique qui évoque immanquablement Zola, Camille Adler mâtine en outre son récit d’autres références à des oeuvres célèbres. Ainsi, le britannique et mystérieux Alexander Wright n’est pas sans rappeler le personnage de Darcy imaginé par Jane Austen, tandis que certaines répliques semblent tout droit tirées du film Titanic (sans parler du prénom parfaitement évocateur de l’héroïne 😉 !). Ce soupçon de Zola dans le style, cette pointe de Jane Austen dans les personnages et ce zeste de Titanic dans les dialogues, apparaissent comme autant d’ingrédients de choix dans l’élaboration d’une intrigue de qualité, mais paradoxalement, leur mélange ne parvient jamais à complètement prendre au cours du récit. Car si les clins d’oeil sont plutôt bien pensés et les intentions louables, il manque définitivement à l’ensemble une touche de personnalité et un brin d’originalité pour que l’alchimie puisse opérer. De fait, bien que sympathiques, cette surenchère de références s’empilant les unes sur les autres finit à terme par desservir l’intrigue, allant même jusqu’à lui faire perdre de son identité propre. Un constat d’autant plus dommageable que l’idée initiale était pourtant alléchante et le désir d’hommage tout à fait louable…

Avec « Rose soie », Camille Adler nous livre une romance historique sans prétention, qui séduira à coup sûr les amateurs du genre en quête d’une lecture légère, tout en laissant probablement sur leur faim ceux désireux d’un récit historiquement plus abouti. Si l’auteure semble donc embrasser pleinement le parti-pris du divertissement, la construction trop sage du récit combinée à la prévisibilité désarmante de l’intrigue laissent malheureusement peu de place à de grands moments d’émotion pour le lecteur qui ne tarde pas à mettre à jour tous les tenants et aboutissants de l’histoire. En dépit d’un style luxuriant et raffiné, évoquant par moments les auteurs du XIXème siècle, l’intrigue cousue de fil blanc et le contexte historique relativement peu exploité ne permettent cependant pas d’offrir de véritable bijou de réflexion quant au thème de l’émancipation de la femme à cette époque.

Si « Rose soie » manque donc encore d’originalité et de caractère pour pleinement convaincre, Camille Adler laisse déjà entrevoir, avec ce premier roman, des qualités d’écriture indéniables et un potentiel certain ! Une jeune auteure prometteuse et à suivre de près !

Je remercie chaleureusement Babelio et les éditions Milady pour leur confiance !

« Le Bois du rossignol » de Stella Gibbons

Résumé

Jeune veuve, Viola Wither est contrainte de quitter Londres pour emménager chez son austère belle-mère dans sa demeure de l’Essex. A vingt et un ans, elle y voit ses raves romantiques s’évanouir et son caractère enjoué bridé par l’ennui et les conventions. Pourtant, au mépris des convenances, l’intrépide transgresse les codes : elle flirte avec Victor Spring, son amour de jeunesse, quand celui-ci est sur le point de se marier.La bucolique campagne anglaise, les bals grandioses, les passions déraisonnables, la cruauté des rapports sociaux – Le Bois du rossignol est une savoureuse et féroce étude de moeurs, une comédie pétillante et poivrée, dans la lignée d’une Jane Austen qui aurait revisité Cendrillon.

Mon Résumé

Laissée sans le sou après la mort de son époux, Viola âgée d’une vingtaine d’années, est contrainte d’aller vivre chez sa belle-famille, les Wither. Une perspective qui n’enchante pas vraiment la jeune femme. Il faut dire que les parents de son défunt mari, issus d’une classe sociale supérieure à la sienne, n’ont jamais vraiment portée la vendeuse désargentée dans leurs coeurs. Ses craintes vont d’ailleurs rapidement se confirmer : sitôt arrivée, Viola comprend que le quotidien s’annonce particulièrement morose aux côtés de ses deux belles-sœurs trentenaires (Madge et Tina) qui vivent encore (malgré leurs âges) sous la coupe d’un père tyrannique et pingre, et dont l’humeur fluctue au gré de l’état de santé de ses finances. Alors que Tina, au mépris des barrières sociales, se rapproche peu à peu de Saxon (le chauffeur de la famille), Viola, périssant d’inanition dans son nouveau logis, rêve qu’un évènement imprévu vienne ajouter un peu de sel à sa vie, et ne tarde pas à s’enticher du riche et beau Victor Spring, pourtant promis à une autre.

___Habitant de l’autre côté de la vallée, la famille Spring semble mener une vie aussi animée qu’exaltante. A contre-pied de Mr Wither, qui ne semble obnubilé que par des questions bassement matérielles, les Spring, quant à eux, n’aspirent qu’à jouir des plaisirs de la vie. Leur quotidien s’apparente ainsi à une succession de garden-party et de distractions, dans un souci constant de divertissement. Méprisant les activités culturelles telles que la lecture où l’étude, ils vouent en revanche un véritable culte aux apparences et s’attachent à mener une existence d’oisiveté. Des valeurs et une conception de la vie que ne partage pourtant pas la jeune Hetty. Orpheline et âgée de vingt ans, la nièce de Mrs Spring, vraie férue de littérature, nourrit au contraire le rêve d’entrer un jour à l’université et de décrocher un travail. A l’image de Viola, qui peine à trouver sa place dans sa belle-famille et envie le train de vie des Spring, la jeune Hetty ne rêve quant à elle que de troquer la maison sans charme de sa famille d’adoption contre l’atmosphère « subtilement tchékhovienne » et le mobilier chargé d’histoire de la résidence des Wither.

Mon opinion

___Après avoir été partiellement traduite dans les années 40 aux éditions Julliard, il aura fallu attendre la fin de l’année 2013 pour qu’une maison d’édition française prenne enfin l’initiative d’exhumer de ses cendre l’oeuvre de Stella Gibbons avec la publication aux éditions Héloïse d’Ormesson du roman « Nightingale Wood » sous le titre français « Le Bois du Rossignol ».

___Née à Londres en 1902, la romancière et poétesse anglaise est pourtant à l’origine d’une oeuvre prolifique (plus d’une vingtaine de romans, plusieurs recueils de poésie et différentes nouvelles… entre autres !) et connut le succès dès 1932 avec la parution de son premier roman Cold Comfort Farm, lauréat du prix Fémina Etranger (une sacrée ironie du sort quand on voit comment l’auteure a par la suite été si peu traduite en France !).

___A l’heure où les réécritures de contes ont le vent en poupe, Stella Gibbons ferait presque figure de pionnière dans la matière avec ce récit paru en 1938. Mais derrière l’apparente homologie de forme, la romancière tire rapidement son épingle du jeu, déclinant une intrigue particulièrement soignée et qui conjugue avec brio sens du divertissement et féroce peinture sociale.

___Dans cette version (très) librement revisitée du conte de « Cendrillon », Viola tient donc le rôle de la princesse romantique méprisée par sa belle-famille, qui rêve que Victor (le prince charmant local dont toute la gente féminine se dispute les faveurs) vienne la sauver d’une vie mortellement ennuyeuse. Comme dans tout conte qui se respecte, les personnages devront faire face à moult péripéties et composer avec des éléments perturbateurs qui ne manqueront pas de venir contrarier leurs projets. Mais ici, le principal obstacle à leur bonheur, ce sont avant tout les barrières sociales et le poids des conventions qui imprègnent la société anglaise du début du XXème siècle, ainsi que la peur de chacun de s’en affranchir.

___Si pour étayer sa démonstration, Stella Gibbons s’appuie sur une mise en scène de départ on ne peut plus caricaturale et sans grande subtilité apparente, l’angle d’attaque utilisé par la suite permet d’en dégager rapidement l’intention narrative sous-jacente. Etoffant ses personnages au fil des pages, la romancière leur confère peu à peu une réelle profondeur psychologique et, aussi antipathiques que certains puissent paraître, le lecteur se passionne rapidement pour leurs histoires et leurs déboires respectifs. Sans jamais se départir de son ton plein d’esprit, Stella Gibbons multiplie les observations acides ainsi que les petites phrases qui font mouche. En filigrane du ressort purement comique, elle ne tarde pas à mettre ainsi en place les fondations d’une véritable satire sociale, aussi grinçante que parfaitement orchestrée. Au-delà du prétexte du simple pastiche de conte, l’écrivain pointe peu à peu du doigt les travers d’une société hypocrite, cloisonnée et figée dans ses principes, et au sein de laquelle la hiérarchie sociale et les relents moralisateurs paralysent tous les élans.

___Snobisme invétéré au risque de vivre et finir sa vie dans la solitude, coeur qui balance entre raison et sentiments, volonté de s’élever par tous les moyens sur l’échelle sociale ou au contraire désir de s’émanciper quitte à renoncer à ses privilèges,… Stella Gibbons déploie une palette de personnages issus de milieux sociaux divers et aux aspirations éclectiques. A partir de leurs trajectoires disparates et de leurs chassés-croisés incessants, l’auteure créée ainsi un véritable microcosme représentatif de la société de l’époque dont elle s’attèle à décortiquer les travers. Dénonçant le snobisme d’un monde corrompu par l’argent et où la valeur de l’individu est proportionnelle à son compte en banque, elle déplore l’hypocrisie ambiante, la vulgarité camouflée et la fausseté de toute une époque, tout en égratignant au passage la médisance populaire et les colporteurs de ragots.

___Volontiers comparée à Jane Austen pour la causticité de sa plume et sa propension à égratigner la société de son temps, Stella Gibbons se démarque pourtant par son humour plus grinçant et un registre plus âpre et décomplexé. S’inscrivant dans une époque plus contemporaine et donc plus proche de la nôtre, « Le bois du rossignol » exploite ainsi des thématiques plus variées et dans une liberté de ton sans commune mesure avec celle d’Austen. Si on retrouve certaines thématiques archi-rebattues comme celle du mariage, de l’argent ou des conventions sociales, d’autres sujets, quant à eux plus inattendus et davantage dans l’air du temps, viennent s’y greffer, tels que la sexualité ou l’émancipation de la femme, le tout dans un ton définitivement plus corrosif.

___A travers ce roman, Stella Gibbons laisse par ailleurs entrevoir une véritable griffe littéraire. Aussi proche de son lecteur que de ses personnages, sa narration est aussi intimiste et pénétrante qu’entièrement dévouée au service de son récit. Interpelant le lecteur à de multiples reprises, l’auteure établie avec lui un vrai lien de complicité dans un souci constant de l’impliquer dans les moindres détails de son intrigue et de maintenir intacte toute son attention.

___Stylistiquement irréprochable, cette construction audacieuse cultivant aussi bien le développement des personnages que la proximité avec le lecteur contribue à créer une atmosphère pénétrante dont on a toutes les peines à s’extraire. Avec sa plume caustique à souhait, doublée d’un style accrocheur, percutant et parfaitement limpide, Stella Gibbons insuffle à l’ensemble un rythme d’une redoutable efficacité. Reprenant les codes et l’architecture propres au genre du conte de fées et poussant le comique jusque dans le choix des noms de famille des personnages (« Wither » et « Spring », parfaitement révélateurs des portraits psychologiques des deux familles.), l’auteure fait progresser ses différentes lignes scénaristiques en parallèle, sans jamais que la narration ne s’essouffle. Si elle se laisse parfois aller à utiliser de grosses ficelles narratives, l’intérêt du lecteur reste intact jusqu’au dénouement final, venant clôturer en apothéose ce véritable bijou de la littérature anglaise ! Un vrai coup de coeur !

A souligner pour terminer la remarquable traduction de Philippe Giraudon, permettant au lecteur de pleinement apprécier l’écriture de Stella Gibbons, dans toute sa finesse et sa corrosivité ! Un délice !

Avec « Le bois du rossignol », Stella Gibbons embrasse pleinement le parti-pris du détournement assumé et de la parodie en bonne et due forme du conte de fées, au profit d’une étude féroce et mordante de la nature humaine et de la société anglaise du début du XXème siècle. Mais quoique reposant à première vue sur des personnages stéréotypés à l’extrême, l’intrigue déployée par la romancière n’en repose pas moins sur des ressorts comiques non dénués de subtilité.

L’écriture de l’auteure, redoublant de malice et corrosive à souhait, est ici pleinement au service de son sujet, et la romancière semble s’en donner à coeur-joie quand il s’agit d’égratigner la société anglaise de l’époque. Au décours d’une intrigue aux multiples lignes scénaristiques parfaitement maîtrisée et d’une redoutable efficacité, elle emporte son lecteur de la première à la dernière ligne.

Drôle, mordant, tendre, émouvant et toujours plein d’esprit, « Le Bois du rossignol » est un roman magistral qui nous emporte dans un tourbillon d’émotions et que l’on referme avec regrets.

Extraits

 « Art oublié de la séduction ! Voué au débarras, depuis que les psychologues nous ont appris combien il était dangereux de refouler nos passions et combien il était plus sain de réserver une chambre double dans un hôtel pour résoudre le problème. Comme ils méprisent les mains serrées plus longuement qu’il ne conviendrait, les regards qui s’attardent, les sous-entendus, les compliments, tous ces manèges désuets du plus délicieux des arts ! Pauvres psychologues, ils sont tellement sérieux, ils ont des intentions si excellentes, et ils manquent tant de choses. » (Le Bois du rossignol, de Stella Gibbons, Editions Héloïse d’Ormesson)

« Il arrivait à Mrs Wither d’avoir des éclairs de bon sens. Habituellement, cela se produisait quand elle écoutait son instinct et oubliait ce que lui dictaient les convenances. » (Le Bois du rossignol, de Stella Gibbons, Editions Héloïse d’Ormesson)

« Si l’auteur connaissait quoi que ce soit au bridge, ce serait ici l’occasion rêvée pour quelques brillantes digressions, mais comme l’auteur n’a jamais rien compris à ce jeu, le lecteur devra se contenter d’apprendre que Mr Wither avait gagné cinq shillings et Mrs Wither trois shillings et deux pence, tandis que Madge en était de sa poche pour six shillings dix. » (Le Bois du rossignol, de Stella Gibbons, Editions Héloïse d’Ormesson)

« Avec vue sur l’Arno » de E. M. Forster (1908) / « Chambre avec vue » (1985)

Résumé

Lucy Honeychurch n’aurait jamais pu partir à la découverte de l’Italie comme toute jeune Anglaise de bonne famille sans la surveillance d’un chaperon zélé, sa cousine Charlotte. A leur arrivée à Florence, les deux voyageuses constatent avec dépit que la chambre qui leur a été réservée n’a pas de vue sur l’Arno. En violation de toutes les convenances, deux inconnus, M. Emerson et son fils George, leur proposent de leur échanger la leur qui, elle, donne sur le fleuve. L’attitude cavalière de George envers Lucy et le peu de résistance qu’elle lui oppose poussent Charlotte à décider d’abréger leur séjour. Mais le hasard va à nouveau réunir les Emerson et les Honeychurch, en Angleterre cette fois…

Un roman délicieux sur l’éveil des sentiments et le poids des conventions sociales par un des maîtres de la littérature anglaise.

Mon opinion

★★★★★

___Cela faisait plusieurs mois déjà que je voulais découvrir Edward Morgan Forster, ce romancier britannique, auteur de plusieurs romans à succès (dont trois ont été l’objet d’adaptation cinématographique par James Ivory) et dont on ne cesse de chanter les louanges ! Avec ma lecture de « Avec vue sur l’Arno », c’est désormais chose faite et il va sans dire qu’après un premier essai aussi concluant, je suis bien déterminée à très vite renouer avec la plume de l’auteur !

___Lucy Honeychurch, jeune fille issue de la bonne société anglaise, visite l’Italie dûment chaperonnée par sa cousine, une vieille fille prénommée Charlotte. Le temps de leur séjour à Florence, les deux anglaises logent dans une pension. Leur enthousiasme est cependant rapidement terni lorsque les visiteuses constatent que, contrairement à ce qui leur avait été pourtant promis, leurs chambres ne bénéficient pas d’une vue sur l’Arno. Ne cachant pas leur grande déception, Lucy et Charlotte se voient rapidement offrir par deux gentlemen, Mr Emerson et son fils, d’échanger leurs chambres afin de pouvoir jouir du panorama sur le fleuve. Offusquée par les implications que suggère une telle proposition, Charlotte, très investie dans son rôle de chaperon, s’empresse de décliner l’offre des deux inconnus. Un peu plus tard cependant et au terme de longues tergiversations, les deux cousines finissent, sur les conseils de Mr Beebe (clergyman de leur connaissance), par accepter la proposition des Emerson et l’on peut ainsi enfin procéder à l’échange des chambres.

Le séjour de Lucy en Italie sera par la suite marqué par de multiples rencontres avec la famille Emerson, jusqu’à ce baiser passionné avec George, au milieu d’un tapis de violettes et sous les yeux stupéfaits de Charlotte qui s’empressera de rompre le charme de cet instant, bien déterminée à maintenir sa jeune cousine dans le droit chemin.

___De retour en Angleterre auprès de sa mère et de son frère, Lucy, après avoir décliné par deux fois ses avances en Italie, accepte finalement d’épouser Cecil Vyse choisissant ainsi d’écouter la voix de la raison au détriment de celle du coeur. Mais c’était sans compter sur le retour inattendu de George, dont la présence va ranimer la flamme des sentiments de la jeune fille, venant ainsi, une fois encore, troubler toutes ses certitudes.

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___Difficile de rédiger une chronique à la hauteur de ce roman relativement court mais aux thématiques foisonnantes ! Paru en 1908, « Avec vue sur l’Arno » met en scène une jeune fille éduquée selon les principes rigides de la société anglaise au tournant du siècle, et qui devra choisir entre le respect des convenances et ses propres aspirations.

___Pur produit de la société britannique du début du XXième siècle, Miss Honeychurch est une jeune fille influençable aux opinions formatées et à qui l’on a appris à réprimer ses sentiments. Mais en dépit de sa jeunesse et de sa naïveté, Lucy témoigne d’une sensibilité et d’une bonté lui permettant de voir au-delà des barrières sociales inhérentes à son milieu et à son époque. Son séjour en Italie et sa rencontre avec la famille Emerson constitueront en ce sens l’élément déclencheur d’une réelle prise de conscience pour elle. Si l’adolescente n’a pas encore suffisamment d’assurance pour s’affirmer et remettre ouvertement en doute les principes régissant le milieu dans lequel elle gravite, de par sa curiosité naturelle, elle aspire cependant à découvrir de nouveaux horizons et d’autres cultures. Dès lors, comment ne pas comprendre la déception qu’elle éprouve à se retrouver dans une pension dont le décorum semble avoir été calquée sur celle des intérieurs anglais, et où les conventions sociales en vigueur dans son pays sont soigneusement préservées ? L’obsession de Lucy à se voir attribuer cette chambre avec vue qu’on lui avait promise ne tient pas tant du caprice d’une adolescente trop gâtée que de son besoin viscéral de s’ouvrir enfin au monde qui l’entoure. Une force de caractère et un potentiel encore latent que Mr Beebe ne tarde pas à déceler, fondant ainsi rapidement de vifs espoirs  en la jeune fille: « – Je pense simplement à ma théorie favorite sur Miss Honeychurch. Est-il logique qu’elle joue si merveilleusement du piano et mène une petite vie si calme ? Je soupçonne qu’un jour viendra où elle vivra comme elle joue, merveilleusement. Les cloisons étanches s’effondreront en elle, musique et vie se mêleront. Elle se révélera alors héroïquement bonne, héroïquement mauvaise peut-être – peut-être encore trop héroïque pour être dite mauvaise ou bonne. »

___Loin d’ériger Lucy en féministe exaltée, Forster préfère en faire une héroïne plus nuancée en proie à une rébellion intérieure silencieuse, tiraillée entre le poids des conventions et ses propres désirs. Des sentiments contradictoires qui vont s’exacerber au contact de George, le fils de Mr Emerson. Issus de la classe moyenne, nourrissant des idées socialistes et non-croyants par-dessus le marché, les Emerson font figure de marginaux dont le comportement suscite mépris et désapprobation de la part des autres pensionnaires. Soucieux de jouir de chaque instant et prenant la vie à bras le corps, George est un électron libre qui exerce sur Lucy une attirance et un déferlement d’émotions que la jeune fille peine à s’expliquer; tout comme Mr Beebe qui ne voit dans le trouble émotionnel de Miss Honeychurch que l’expression d’un « Trop de Beethoven ». Hélas, il faudra bien plus que le climat italien et l’échange d’un baiser passionné avec George pour que l’adolescente ne parvienne à se délester du poids de sa condition. De retour en Angleterre, Lucy accepte finalement d’épouser Cecil. Aussi austère qu’arrogant et ennuyeux, le jeune homme incarne indubitablement un parti plus convenable selon les critères de l’époque.

___Le chemin vers l’émancipation s’annonce donc long et semé d’embûches pour la jeune femme. A l’instar de Mr Beebe, le lecteur assiste pourtant progressivement à la lente prise de conscience de Miss Honeychurch et à sa révolte silencieuse pour tenter d’échapper au diktat d’une société corsetée dans ses principes. Car frappée de plein fouet par la force de ses sentiments, Lucy comprend peu à peu que pour s’épanouir et conquérir sa liberté, elle devra se battre contre une société anglaise sclérosée dans ses principes et ancrée dans des traditions poussiéreuses.

___Au-delà du simple récit initiatique relatant le passage de l’adolescence à l’âge adulte, Forster, en fin observateur de la nature humaine, nous livre ainsi une critique mordante  de la société britannique du début du XXième siècle. A l’image de ces touristes anglais qu’il croque avec beaucoup d’ironie (soucieux de rester groupés entre-eux en toute circonstance et agrippés à leur guide Baedeker pour ne pas s’écarter du droit chemin), le romancier saisit toutes les occasions pour railler une société déclinante et verrouillée, déterminée à étouffer les passions.

___Finalement le seul élément que je déplore avec « Avec vue sur l’Arno », est la qualité plus que discutable de la traduction française. Je sais que Georges avait déjà mentionné ce problème dans sa chronique consacrée à l’oeuvre. Ponctuation parfois fantaisiste, formulations incompréhensibles et tournures de phrase maladroites ne peuvent se justifier sur le simple argument d’une traduction datée, (surtout après avoir eu l’occasion de comparer certains extraits à la version originale qui apparaît beaucoup plus limpide !). Je trouve ainsi regrettable que les éditions Robert Laffont n’aient pas pris l’initiative de revoir la traduction à l’occasion de cette réédition. En attendant de pouvoir bénéficier d’une meilleure version, je vous encourage donc, si vous le pouvez, à vous rabattre sur la version originale du roman pour pouvoir apprécier au mieux la plume de Forster !

Véritable roman d’apprentissage sur fond de satire sociale, « Avec vue sur l’Arno » explore la prise de conscience d’une jeune fille issue de la bonne société anglaise au tournant du siècle, ainsi que son combat intérieur pour briser ses chaînes et enfin s’affirmer.

A une Italie, pays de la Renaissance et de l’exaltation des sentiments, Forster oppose ainsi une Angleterre poussiéreuse, engluée dans les convenances et les préjugés. Dans cette société aux opinions formatées et soucieuse de maintenir chacun dans le droit chemin, la jeune Lucy, frappée de plein fouet par la force de ses sentiments, ne tarde pas à sentir étouffée par le poids des conventions et des barrières sociales. Avec un style incisif et volontiers railleur, Forster saisit ainsi toutes les occasions pour égratigner le puritanisme britannique et croque tous ses personnages avec beaucoup d’ironie, tout en décortiquant les rapports humains comme personne.

En dépit d’une piètre traduction qui rend parfois le texte abstrus et la lecture laborieuse, « Avec vue sur l’Arno » n’en demeure pas moins un roman aussi riche que captivant, à découvrir absolument !

Le film

★★★★☆

___Après avoir lu le roman de E. M. Forster, je me suis donc penchée sans tarder sur l’adaptation cinématographique réalisée par James Ivory. Unanimement encensé, il semble que ce soit le plus souvent le visionnage de ce film, datant de 1985, qui pousse ses admirateurs à découvrir le roman. Et les avis que j’ai pu récolter sur la toile paraissent tous aller dans le même sens : ceux qui ont découvert « Avec vue sur l’Arno » par le biais de son adaptation, ont en grande majorité préféré le film à l’oeuvre originale.

___ Au regard de cette pluie d’éloges, mes attentes étaient donc considérables et si elles ont été en grande partie satisfaites, je dois reconnaître que pour ma part j’ai préféré le livre à son adaptation.

___Restant fidèle à la construction du roman, James Ivory a su parfaitement capter l’essence du livre de E. M. Forster et la restituer à l’écran, nous livrant au passage des séquences de toute beauté ainsi que de véritables scènes d’anthologie, parmi lesquelles celle d’un baiser passionné, au coeur de la campagne toscane.

___Portée par une mise en scène soignée et des acteurs remarquables de justesse dans leur interprétation, « Avec vue sur l’Arno » est une vraie réussite tant du point de vue esthétique que sur le fond. Dans ce récit d’une transition entre adolescence et âge adulte, le spectateur assiste à la lente métamorphose de Lucy, sous l’élan de la passion amoureuse, en une jeune femme accomplie.

___Helena Bonham Carter campe une héroïne particulièrement touchante, entre soumission docile à ses ainés, bouillonnement intérieur et sensualité retenue. Face à cette interprétation d’une remarquable justesse, le combat interne que livre la jeune fille, tiraillée entre l’emprise de son milieu et son désir d’émancipation devient palpable pour le spectateur. Un contraste renforcé par l’immensité des décors naturels et ouverts qui vient s’opposer aux somptueux et étouffants intérieurs bourgeois.

___Concernant le reste du casting, Julian Sands confère à son personnage une belle présence, incarnant un George Emerson aussi passionné qu’énigmatique : tantôt exalté et enflammé en pleine nature, il apparaît plus renfermé et taciturne en société. Daniel Day Lewis qui se révèle ici cabotin à souhait, n’en incarne pas moins un Cecil hilarant par sa pédanterie, sa posture guindée à l’excès et son attitude pince-sans-rire. Quant à Maggie Smith, elle se révèle un chaperon intrusif et irritant à souhait, bien déterminée à mettre fin à une relation qu’elle désapprouve. A noter aussi, la présence de Judi Dench dans le rôle d’une Miss Lavish, au jeu juste mais un peu terne à mon goût. Ayant en tête l’image d’un personnage plus « habité » et flamboyant, son interprétation ne m’a pas semblé exceptionnelle.

___Mais en dépit de toutes ces qualités et aussi fidèle soit-elle à l’oeuvre d’origine, cette adaptation cinématographique ne peut évidemment pas restituer toutes les subtilités et les marques d’ironie dont le roman pullule ! Si on sent bien, à de multiples reprises, que le réalisateur a tenté d’user de subterfuges pour retranscrire certaines idées impossibles à faire passer autrement à l’écran, le procédé atteint rapidement ses limites.

___Je ne saurais donc que trop vous conseiller de vous pencher en premier lieu sur le roman de E. M. Forster avant d’envisager de regarder le film, de façon à pouvoir apprécier toutes les subtilités de ce dernier et saisir pleinement les nombreuses références plus largement développées dans le texte d’origine.

___Quoi qu’il en soit, ce minuscule regret ne remet évidemment pas en cause l’indéniable qualité de cette adaptation, aussi fidèle qu’esthétique, que j’ai pris énormément de plaisir à voir et que je vous invite vivement à découvrir si ce n’est déjà fait!

« Cette sacrée vertu » de Winifred Watson (1938) / « Miss Pettigrew lives for a day » (2008)

Résumé

A 9h15, Miss Guenièvre Pettigrew, vieille fille aussi vertueuse que résolument opposée à toute coquetterie, apprenait qu’une certaine Miss Lafosse cherchait une bonne d’enfants… A 9h45, elle sonnait chez Miss Lafosse et trouvait au lieu des enfants attendus, une ravissante jeune femme en déshabillé vaporeux et un monsieur à demi endormi ! A 10h15, elle se voit embarquée dans un imbroglio sentimental inextricable. A 15h13, elle console, avec un art et un doigté qui l’étonnent elle-même, une jeune fille en pleurs qui vient de se disputer avec son fiancé. A 17h02… Mais chut ! Révéler ce qui attend Miss Pettigrew avant la fin de cette journée mémorable, c’est risquer de troubler le plaisir du lecteur qui, de surprise en surprise, sera entraîné dans un tourbillon d’éclats de rire jusqu’à la trouvaille finale.

Mon opinion

★★★★★

___Une fois n’est pas coutume, si je me fais généralement un principe de ne regarder un film qu’après avoir lu le livre dont il est tiré, dans le cas présent, c’est bien le visionnage de « Miss Pettigrew » qui m’aura finalement décidée à me plonger dans le roman à l’origine de l’adaptation !

___Car si « Cette sacrée vertu » figurait déjà bien dans ma wish-list depuis plusieurs mois, le titre ne comptait cependant pas dans mes achats prioritaires. C’était sans compter sur mon récent coup de foudre pour « Miss Pettigrew », un film tout en fraîcheur et porté par une Amy Adams divinement irrésistible ! Littéralement tombée sous le charme de cette comédie aux accents burlesques, je me suis donc procurée dès que j’ai pu le roman original que je me suis empressée de lire dans la foulée !

___Guenièvre Pettigrew, fille de clergyman âgée d’une quarantaine d’années, a toujours mené une véritable vie d’ascète. Aujourd’hui sans le sou et sans famille, cette existence vertueuse menée selon des principes rigides ne lui a permis ni de goûter au bonheur ni d’échapper à la misère. En quête désespérée d’une nouvelle place, Miss Pettigrew se trouve dans une situation aussi délicate qu’inconfortable. Mais alors que la gouvernante voit déjà l’ombre de l’hospice se profiler à l’horizon, la chance semble enfin lui sourire. La directrice du bureau de placement a en effet une offre d’emploi en tant que gouvernante pour elle. Aussitôt, Miss Pettigrew se rend donc chez l’intéressée, une certaine Miss Délysia Lafosse, comédienne « actuellement en disponibilité » et accessoirement chanteuse dans un nightclub dénommé le Paon écarlate. Sans même avoir eu le temps d’expliquer la raison de sa présence ni réalisé ce qui lui arrivait, la gouvernante se voit embarquer par la jeune femme dans une véritable mise en scène visant à se débarrasser d’un dénommé Phil (l’amant n°1), avant que Nick (l’amant n°2), ne débarque d’une minute à l’autre. Au terme d’une mise en scène astucieusement orchestrée, le drame est finalement évité et Miss Lafosse ne lésine pas sur les compliments pour remercier celle qui vient de lui sauver la vie ! Dès lors, les situations imprévues et les scènes ubuesques ne vont cesser de s’enchaîner pour la gouvernante. Après avoir assisté au défilé des nombreux amants de sa nouvelle employeuse, c’est ainsi au tour d’Edith Dubarry, une amie de Miss Lafosse, de faire une entrée remarquée. Sous ses airs de femme superficielle, Miss Pettigrew découvre très vite qu’il se cache une entrepreneuse dotée d’un sens des affaires redoutables. A la tête d’un institut de beauté (après avoir mis le grappin sur le patron !), Miss Dubarry ne tarde pas à offrir ses services à la gouvernante en lui proposant une véritable remise en beauté. Toute aussi fantasque et pétillante que Délysia en apparence, Miss Dubarry n’en est pas moins en train de vivre un véritable drame personnel : Tony vient de la quitter, persuadé (à tort, Edith est formelle !) qu’elle l’a trompé. Forte de son récent succès et désormais investie du statut de « bonne fée » par Miss Lafosse, Miss Pettigrew se retrouve ainsi malgré elle prise dans le tourbillon des péripéties sentimentales de Délysia et de son amie. Débute pour la gouvernante, vingt-quatre heures de folie qui vont balayer toutes ses certitudes et bouleverser sa vie à jamais.

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___Difficile d’imaginer deux personnages plus antithétiques que la terne Guenièvre Pettigrew et l’excentrique Délysia Lafosse. Un coup du destin va pourtant réunir les deux femmes le temps d’une folle journée et ainsi bouleverser leurs vies à jamais. Après une scène de rencontre mémorable aux accents d’anthologie, les révélations scandaleuses concernant son (encore hypothétique) nouvelle employeuse se succèdent pour Pettigrew qui voit ses principes moraux mis à rude épreuve par la vie débridée et insouciante de Miss Lafosse. Mais contre toute attente et poussées par le déroulé des évènements, les deux femmes vont rapidement nouer une belle complicité et développer une sincère affection l’une pour l’autre, devenant ainsi de véritables amies.

___Aussi décalée qu’insouciante, Délysia, qui semble avoir le chic pour se mettre dans des situations inextricables, ne tarde en effet pas à voir dans Miss Pettigrew sa bonne fée, infaillible dès lors qu’il s’agit de vous tirer d’un mauvais pas. Il faut dire que forte de ses expériences passées, la gouvernante ne manque pas de ressources quand il s’agit de désamorcer les situations les plus périlleuses. Quant à Miss Pettigrew, si elle se fait d’abord un devoir moral de porter secours à Miss Lafosse en la sauvant de sa vie dissolue et insouciante, elle se laisse pourtant rapidement charmée par l’existence trépidante de la jeune femme.

« Un coup de sonnette chez Miss Lafosse, était le prélude d’une aventure. Ce n’était pas un appartement ordinaire, où le timbre de la sonnette annonçait le boucher, le laitier ou le boulanger. La sonnette de Miss Lafosse signifiait un évènement, un drame, une nouvelle crise à affronter. Ah, si le bon Dieu daigner accomplir un miracle pour la faire rester là, pour qu’elle pût voir pendant un seul jour comment la vie pouvait être vécue ! Alors, pour le restant de ses jours, et surtout aux heures de détresse, elle revivrait en pensée l’unique jour de joie qu’il lui avait été donné de vivre. » p58

La nature imprévisible des évènements et le côté romanesque des situations éveillent bientôt chez elle une certaine sensation d’allégresse. Grisée par la confiance que lui porte Délysia et la considération que lui témoignent ses amis, Miss Pettigrew gagne peu à peu en assurance et en audace. Au contact de Miss Lafosse et de ses proches, l’honnête et droite gouvernante sent ainsi toutes ses années de sagesse et de vertu peu à peu s’envoler. Ses principes rigides cèdent, balayés par l’ivresse du moment présent et la soif d’aventure.

« Elle s’efforça pourtant d’imposer silence à la voix intérieure. Elle avait tellement envie de sortir avec Miss Lafosse, ce soir-là ; de voir une boîte de nuit, de participer aux divertissements du monde où l’on s’amuse ! Honnête et droite, elle sentait bien qu’elle avait renoncé à tous les principes moraux qui la guidaient jusque-là. En quelques heures, au premier assaut de la tentation, elle avait cédé. Tant d’années de sagesse et vertu, envolées au premier souffle ! » p134

« Brusquement, elle se tut. Elle n’avait pas encore cinquante ans, mais un jour elle les aurait ; sans foyer, sans amis, sans mari, sans enfants… Elle avait mené une existence d’ascète, une vie honorable, sans aventures, et qui ne laisserait guère de souvenirs. Le jour où Miss Lafosse aurait cinquante ans, si elle n’avait ni foyer, ni famille, que ferait-elle ? Du moins aurait-elle des souvenirs, et quels souvenirs ! » p157

___Avec Miss Lafosse, Miss Pettigrew goûte à un genre nouveau d’existence. Loin du sentier de la vertu qu’elle s’était jusque-là efforcée de suivre, la gouvernante découvre une nouvelle façon d’appréhender la vie. D’abord déroutée par l’accueil chaleureux qui lui est réservé et surprise de se voir si rapidement adoptée par le cercle d’amis de Délysia, Miss Pettigrew ne tarde pourtant pas à prendre goût à cette vie peu conventionnelle. Au contact du cercle d’amis de Miss Lafosse, ses préjugés tombent et ses certitudes s’érodent. Et l’idée de devoir bientôt quitter cette société bouillonnante et insouciante devient pour elle un véritable déchirement.

« Jamais personne ne lui avait parlé comme ces gens-là, qui ouvraient leur coeur au premier mot et qui, surtout, la regardaient, non comme une étrangère dont on se méfie, mais comme un membre du clan. Ils l’adoptaient, quoi. Ils l’adoptaient d’emblée. C’étaient des gens qui ne s’intéressaient ni à votre rang social, ni à votre famille, ni à l’importance de votre compte en banque. Ils vous voyaient : « Bonjour, comment allez-vous ? » Et ça venait du fond du coeur. On communiquait avec ces gens-là, on ne se sentait pas seul. Miss Pettigrew ne se sentait plus seule et, en même temps, elle s’apercevait qu’elle l’avait été, jusque-là, à un point qu’elle n’imaginait même pas.

Pendant des années, elle avait vécu chez des étrangers qui la toléraient tout au plus. Quelques heures seulement après être arrivée chez Miss Lafosse, elle s’y sentait comme chez elle. On l’acceptait, on lui parlait, on lui faisait des confidences. Cela lui réchauffait le coeur. » p.74-75

« Elle éprouva de la tristesse à penser que tous ces gens si dynamiques, avec leurs drames et leurs aventures, ne feraient que passer dans sa vie » p.90

___Sous la plume de Winifred Watson, la gouvernante quadragénaire à l’existence terne devient une véritable Cendrillon des temps modernes. Une intention pleinement assumée par l’auteure qui multiplie les références aux contes de fées à travers un champ lexical foisonnant. Dès lors, il importe peu au lecteur de voir évoluer des personnages excentriques au décours de situations totalement rocambolesques. Les évènements s’enchaînent à un rythme endiablé, portés par des dialogues savoureux et une galerie de personnages truculents et hauts en couleurs.

___Maniant l’ironie et le burlesque à la perfection, Winifred Watson nous livre un récit sans temps mort qui enchaîne les situations cocasses et les échanges verbaux pleins d’esprit. Décalé juste ce qu’il faut sans toutefois jamais sombrer dans l’absurde le plus abject ou le non-sens, « Cette sacrée vertu » séduira les amoureux de la littérature anglaise et de l’humour délicieusement british ! Une bouffée d’air frais et un concentré de bonne humeur à consommer sans modération !

Le film

__Réalisé en 2008 par Bharat Nalluri, « Miss Pettigrew lives for a day » est un véritable hommage à l’âge d’or des comédies américaines, s’inscrivant dans la lignée des « screwball comedy » des années 30.

___Si le roman et le film présentent bien quelques différences, les modifications apportées à l’intrigue originale ne dénaturent en rien l’oeuvre de Winifred Watson dont on retrouve ici tous les ingrédients.

___Alors que le roman de Winifred Watson, publié en 1938, s’affranchit de toute dimension historique, le film déploie quant à lui son intrigue à la veille de la Deuxième Guerre Mondiale dont il fait ici un élément de premier plan, appuyant ainsi la confrontation entre une jeune génération insouciante et libertaire et leurs aînés encore marqués par la Grande Guerre. Cette mise en parallèle des deux générations au regard de la menace d’une guerre imminente constitue un contre-pied intéressant et parfaitement maitrisé au registre essentiellement comique du film, lui ajoutant de fait une dimension plus dramatique et une intensité appréciable. Quant à la reconstitution des décors et des costumes du Londres des années 30, c’est une véritable réussite de bout en bout (et un vrai régal pour les yeux !).

___Parmi les autres changements notables opérés lors du passage à l’écran, le personnage d’Edith Dubarry qui, outre son côté snob (déjà présent dans le roman) apparaît dans le film sous les traits d’une femme calculatrice et sans scrupules n’hésitant pas à recourir au chantage. Dans « Miss Pettigrew », les déboires amoureux de la jeune femme vont d’ailleurs avoir de réelles répercussions sur la vie de la gouvernante et donner naissance à un triangle amoureux néanmoins parfaitement maîtrisé. Peut-être est-ce parce que j’ai vu le film avant de lire le roman ou simplement la conséquence logique de la performance remarquable de Shirley Henderson (absolument magistrale dans le rôle de la peste experte dans l’art de la duplicité), toujours est-il que si cette transfiguration du personnage de Miss Dubarry pourra en déranger certains, j’ai pour ma part trouvé ce virage aussi bien pensé que réussi. A côté de la posture ingénue, volontiers positive et toujours enjouée de la blonde Miss Lafosse, la brune et calculatrice Miss Dubarry offre en effet un contraste incroyablement jubilatoire tout en ouvrant à l’intrigue de nouvelles perspectives particulièrement intéressantes.

___Malgré plusieurs modifications au regard de l’oeuvre originale, « Miss Pettigrew » conserve en tout point l’esprit décalé et le rythme effréné du roman de Winifred Watson. Aucune fausse note dans le choix du casting : Amy Adams est absolument irrésistible dans le rôle de l’ingénue volage et opportuniste et Frances McDormand campe une Miss Pettigrew plutôt convaincante quoique plus réservée et davantage moralisatrice que son homologue littéraire.

___L’énergie palpable des acteurs et leur jeu subtilement dosé aboutit à un équilibre parfait entre fantaisie et émotion, insufflant au film toute sa dynamique. Les répliques fusent avec naturel dans ce film à la fois désuet et rafraîchissant.

___Servi par une mise en scène aussi soignée que très théâtrale, « Miss Pettigrew » est une comédie pétillante et pleine de caractère parfaite en cas de petite déprime !

Vous l’aurez compris, si vous aimez la littérature anglaise et l’humour british, je ne peux que chaudement vous recommander de vous pencher sur le roman de Winifred Watson et/ou son adaptation cinématographique!  Seul bémol, le DVD du film n’est disponible qu’en VO (le film est bien sorti en salles en France mais il n’y a pas eu de version française en DVD)… Mais ce serait vraiment un sacrilège de passer à côté de ces deux véritables bijoux d’humour ! 😉

« Rien n’est trop beau » de Rona Jaffe

 

 

 

 

 

 

Résumé

___Lorsqu’il fut publié en 1958, Rien n’est trop beau provoqua l’engouement de millions de lectrices américaines. Elles s’identifièrent à ces jeunes secrétaires venues d’horizons différents, employées dans une grande maison d’édition new-yorkaise, dont les rêves et les doutes reflétaient ceux de toute une génération de femmes. Si la ville semble leur offrir d’infinies possibilités professionnelles et amoureuses, chacune – l’ambitieuse, la naïve, la divorcée…- doit se battre avec ses armes pour se faire une place dans un monde d’hommes.

L’auteure

__Rona Jaffe (1931 – 2005) est une romancière américaine, ayant écrit de nombreuses œuvres de 1958 à 2003, ainsi que des pièces pour le magazine culturel Cosmopolitan.

___Elle a grandi dans une famille aisée de l’Upper East Side à New-York et est décédée en 2005, d’un cancer, à l’âge de 74 ans.

Mon opinion

★★

Dans son avant-propos, Rona Joffe qualifie son livre de « document sociologique ». Elle promeut un récit issu de sa propre expérience et de celle de ses amies qui se veut être une peinture réaliste de la condition féminine de l’époque. En ce qui me concerne, je trouve que le portrait brossé par l’auteure est loin d’être un plaidoyer en l’honneur de la femme.

___« Rien n’est trop beau » nous entraîne dans le New York des années 50, au coeur de l’intimité de quatre jeunes femmes, ayant tout juste une vingtaine d’années.

  • Parmi elles, Caroline, qui tente de fuir les démons du passé après que son fiancé l’ait abandonnée pour une jeune héritière de Dallas. Meurtrie d’avoir vu ses rêves de mariage et tous ses projets ainsi s’effondrer, la jeune femme espère trouver dans ce nouvel emploi un exutoire à ses angoisses et s’y accroche comme à une bouée de sauvetage. Ambitieuse, elle s’investit bien plus que ses collègues dans son travail et rêve désormais de gravir les échelons pour briguer un poste d’éditrice. Plus terre à terre, déterminée et clairvoyante que ses amies, elle est incontestablement le personnage qui m’a le plus touchée une grande partie du livre.
  • Débarquant tout juste de province, April Morrisson est incontestablement la plus naïve de toutes. Grande idéaliste romantique, elle rêve du prince charmant. Mais dans une société régie par les apparences et le poids des conventions, ses idéaux et son besoin d’amour intarissable vont se heurter à la réalité.
  • Vient ensuite Barbara qui, du haut de ses 20 printemps est déjà une mère célibataire divorcée tentant tant bien que mal de joindre les deux bouts. Comme les autres, elle rêve de trouver l’homme de sa vie mais est pleinement consciente que son statut de mère célibataire est loin de jouer en sa faveur. Persuadée qu’elle ne trouvera jamais un homme capable de l’accepter en tant que telle, elle se tient sans cesse sur ses gardes au risque de laisser passer sa chance.
  • On trouve également Gregg qui aspire à devenir une actrice reconnue. Sous ses airs de femme libre et décomplexée, elle est finalement peut-être la plus fragile du groupe. Comme April, elle souffre d’un criant besoin d’amour qui va la conduire à un comportement autodestructeur.
  • Un peu à l’écart, il y a enfin Mary Agnes qu’on ne connaît qu’à travers le prisme des autres personnages pour lesquels elle incarne une forme d’idéal et de perfection. Elle a la vie que toutes rêveraient d’avoir : lisse, ordonnée, sans imprévu, planifié à la minute près (des préparatifs du mariage à l’arrivée du bébé). A la différence des autres personnages, Rona Jaffe ne fait pas entrer le lecteur dans l’intimité de Mary Agnes. Jusqu’au bout, on peut donc se poser la question : la vie de Mary Agnes est-elle vraiment idéale ? Ou en est-il autrement si on gratte le vernis ?

___Si dans les premiers chapitres, nous plongeons avec délice dans le quotidien de ces femmes apparemment très différentes les unes des autres, une fois passé l’enthousiasme de la découverte, le lecteur se retrouve rapidement confronté aux codes archaïques de la société patriarcale de l’époque. Dans ce New-York des années 50, les jeunes femmes n’aspirent toutes qu’à un même rêve : le Mariage. Dans ces conditions, leur travail de dactylo n’est qu’un levier leur permettant d’atteindre cet objectif. A leurs yeux, l’épanouissement se résume à une vie bien rangée de femme au foyer accomplie et de mère de famille épanouie, à l’image de celles représentées sur les affiches publicitaires. Une conception de l’épanouissement personnel que je suis loin de partager et qui vire pour toutes ces jeunes femmes à la véritable obsession.

___Les portraits masculins n’échappent pas eux non plus à la caricature. A de très rares exceptions près, les hommes sont présentés comme des êtres égoïstes et allergiques à toute forme d’engagement quand ce ne sont pas des ivrognes qui n’hésitent pas à harceler sexuellement leurs employées.

___C’est donc un tableau affligeant que nous offre l’auteure d’une société où la femme est réduite à une « pauvre jolie petite chose idiote, docile et fragile » écrasée par le poids des conventions et d’une soumission sans faille. Si je ne remets en doute ni le fondement réel de cette vision désuète du rôle de la femme ni celui du poids des moeurs de la société de l’époque, je déplore en revanche le choix de l’auteure d’avoir mis en scène des personnages d’une superficialité affligeante. Je peine à croire que les différents portraits élaborés par l’auteure soient représentatifs des femmes de l’époque (ou alors, la femme ne se serait jamais émancipée !). Si elles sont toutes issues de milieu différents, leurs rêves, leurs idéaux et leurs réactions sont sensiblement identiques.

___Je ne saurais dire si cette caricature est un choix délibéré de l’auteure qui exagère intentionnellement le trait pour mieux dénoncer la condition féminine de l’époque. Pensait-elle réellement que les femmes étaient de simples victimes de la société patriarcale de l’époque ? ou bien a-t-elle voulu à travers le portrait de ces véritables potiches renvoyer les femmes à leurs propres parts de responsabilité vis à vis d’un destin qu’elles se montraient incapables de prendre en main ? Dans tous les cas et quelles que soient les desseins nourris par l’auteure, le procédé ne m’a pas convaincue. J’aurais de loin préféré que Rona Jaffe mette en avant des femmes combattives et avec du plomb dans la cervelle plutôt que de les positionner sans cesse en victime et sans le moindre désir d’émancipation. Leur manque de lucidité et leur inertie face aux évènements ont fini par m’agacer. Même le personnage de Catherine qui semblait pourtant tirer son épingle du jeu et faire preuve de davantage de sens critique depuis le début du récit, se verra rattraper par les fantômes du passé pour tomber finalement dans le même piège que ses collègues. Un changement de caractère pour le moins déconcertant (pour ne pas dire consternant) et une occasion manquée pour l’auteure qui aurait pu nous offrir

___Ces personnages sans charisme peinent à porter une intrigue elle-même bien plate et sans grand intérêt. Puisqu’à l’image des seules préoccupations des différents protagonistes, le scénario de « Rien n’est trop beau » se concentre sur les déboires sentimentaux des jeunes « héroïnes » qui enchaînent les désillusions amoureuses. Aveuglées par l’amour et se berçant d’illusions, elles s’engagent en effet dans des histoires d’amour destructrices et vouées à l’échec selon un schéma souvent répétitif. Elles ne semblent tirer aucune leçon du passé et réitèrent inlassablement les mêmes erreurs tout en s’apitoyant sur leur sort, les rendant à la longue antipathiques. C’est ainsi un sentiment d’indifférence qui a dominé durant ma lecture face à ces personnages passifs et incapables de prendre leur destin en main.

___Si sur le fond, mon avis semble impitoyable, sur la forme, je serai en revanche beaucoup moins sévère. Car en dépit de tout ce que je peux reprocher à « Rien n’est trop beau », il faut reconnaître que l’écriture de Rona Jaffe à défaut d’être novatrice se révèle pour le moins efficace. Malgré une intrigue qui ne brille pas par sa profondeur, l’auteure parvient à capter notre intérêt de bout en bout et les pages se tournent à une vitesse folle. Je reconnais ainsi qu’à défaut d’avoir lu une intrigue captivante et qui restera gravée dans ma mémoire, Rona Jaffe aura au moins eu le mérite de m’offrir un moment de lecture plutôt agréable.

En Bref

___On aime : Le style sans être novateur ou particulièrement brillant se révèle néanmoins indéniablement efficace. On avale sans mal les près de 700 pages qui composent le récit, en dépit d’une intrigue qui se révèle au fil des chapitres manquant cruellement de profondeur. En outre, j’ai beaucoup apprécié le personnage de Caroline dont les priorités et la lucidité la démarquaient de ses autres comparses, terriblement fades en comparaison (à l’exception peut-être de Barbara, dont l’histoire m’a touchée). Je regrette cependant son changement de comportement (incompréhensible) dans la dernière partie du récit.

___On regrette : Des personnages superficiels, obnubilées par leur quête du Grand Amour, au point d’en perdre la tête, qui desservent une intrigue finalement bien légère. J’ai souvent été agacée par le comportement de ces jeunes femmes aux préoccupations et aux rêves étriqués. Loin d’être un plaidoyer en l’honneur de la femme ou d’un roman féministe, « Rien n’est trop beau » aura été un bon moment de lecture, sans plus.