« Agatha Raisin enquête #1: La quiche fatale » de M. C. Beaton

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Quatrième de couverture

Sur un coup de tête, Agatha Raisin décide de quitter Londres pour goûter aux délices d’une retraite anticipée dans un paisible village des Costwolds, où elle ne tarde pas à s’ennuyer ferme.
Afficher ses talents de cordon-bleu au concours de cuisine de la paroisse devrait forcément la rendre populaire. Mais à la première bouchée de sa superbe quiche, l’arbitre de la compétition s’effondre et Agatha doit révéler l’amère vérité : elle a acheté la quiche fatale chez un traiteur.
Pour se disculper, une seule solution : mettre la main à la pâte et démasquer elle-même l’assassin.
  • Mon opinion

★★★★★

___Une pincée de mystère, un soupçon d’originalité et une grosse dose d’humour, voilà en substance les principaux ingrédients de « La quiche fatale », premier roman de la série « Agatha Raisin enquête » initialement débutée en 1992 en Angleterre et enfin traduite en France par les éditions Albin Michel.

___A 53 ans et après avoir dévolu sa vie à sa carrière professionnelle, Agatha est en passe de réaliser un rêve d’enfance : quitter Londres afin de jouir d’une retraite anticipée au coeur d’un ravissant village des Costwolds où elle a fait l’acquisition d’un petit cottage. Dans cette petite bourgade au charme pittoresque, l’excentrique citadine détonne et semble en complet décalage avec le reste des habitants. De fait, après avoir essuyé quelques déconvenues (et débauché au passage la femme de ménage de sa voisine), Agatha réalise que l’intégration s’annonce plus difficile que prévu. Pleine de bonne volonté et gonflée de bonnes intentions, elle décide finalement de participer à un grand concours de quiches afin de chasser le sentiment de solitude qui l’assaille peu à peu.

Pour Agatha, ce concours est l’occasion rêvée de se faire remarquer et d’enfin briser la glace avec le voisinage. Soucieuse de briller lors de la compétition et d’ainsi faire bonne impression, notre experte des relations publiques ne s’embarrasse d’aucun scrupule, allant jusqu’à présenter au concours une quiche achetée auprès de son traiteur favori. Il faut dire à sa décharge que notre citadine londonienne est plus connue pour être la reine du micro-onde que celle des fourneaux.

Une petite tricherie qui aurait pu rester sans conséquence si Mr Cummings-Browne, l’arbitre de la compétition, n’avait pas été retrouvé mort, empoisonné, à son domicile le lendemain du concours. Très vite, tous les soupçons se tournent vers la nouvelle habitante. Il faut dire que les premières preuves semblent s’accumuler contre elle.

Interrogée par la police qui semble résolue à jouer avec ses nerfs, Agatha se trouve dans une situation des plus inconfortables. Si elle veut se disculper, elle sait qu’elle va devoir avouer sa tricherie au risque de se mettre tout le village à dos. Se sentant victime d’une terrible injustice, Agatha entend bien laver son honneur en démasquant le coupable. S’improvisant enquêtrice, elle espère ainsi faire éclater la vérité et gagner ainsi le respect des habitants.

 *_____*_____*

___On connaît depuis longtemps le talent des Britanniques pour écrire d’hilarantes comédies policières. Leur savoir-faire en la matière n’est plus à démontrer. Ils excellent dans l’art de mettre en scène des personnages truculents et leur inventivité en termes de péripéties et autres situations rocambolesques semble sans limite.

Avec cette série à mi-chemin entre la comédie loufoque et le récit policier, M. C. Beaton fait donc à son tour le choix de s’affranchir des codes traditionnels du roman policier classique pour embrasser le parti-pris de la comédie policière. Un exercice souvent périlleux et qui requiert autant d’audace que de talent pour se révéler pleinement réussi. Le mélange des genres tendant trop souvent à nuire à la qualité de l’intrigue qui perd dès lors inévitablement en efficacité.

___Initialement paru au début des années 90 en Angleterre, Agatha Raisin, n’a rien perdu de son charme et conserve aujourd’hui encore tout le sel a l’origine du succès de la saga (plus de 15 millions d’exemplaires vendus dans le monde).

Premier titre d’une série qui en compte vingt-sept à ce jour, « La quiche fatale » donne le ton de la saga. Surtout, avec ce premier volet d’une rare maîtrise, M.C. Beaton montre qu’elle a su avec brio éviter tous les écueils propres à l’exercice de la comédie policière. Sans jamais privilégier un registre au détriment de l’autre, l’auteure réussit en effet magistralement à mêler humour et suspense policier.

Après avoir renoncé à son agence de relations publiques (bâtie au prix de longues années de labeur) et troqué sa vie londonienne dans l’espoir de goûter au calme et à une vie de loisirs, Agatha Raisin, se retrouve donc télescopée au coeur d’une paisible petite bourgade anglaise. Dans ce microcosme au charme pittoresque, l’excentrique citadine apparaît totalement inadaptée et ne tarde pas à regretter l’air pollué de Londres qui la faisait se sentir si vivante. Impertinente, maladroite, pétrie de contradictions et ne mâchant pas ses mots, Agatha Raisin est un parangon d’anticonformisme et incarne l’archétype de l’anti-héroïne. Mais c’est justement parce qu’elle multiplie les gaffes et n’a pas sa langue dans sa poche qu’elle nous est aussi attachante. Ses excentricités et son langage fleuri font tout le charme de cette enquêtrice du dimanche aux méthodes d’investigation frisant l’amateurisme. On se régale des péripéties en chaîne de cette Mrs Marple aussi impertinente et exaspérante qu’attachante.

Il faut dire que M. C. Beaton n’y va pas avec le dos de la cuillère et ne lésine pas sur les situations cocasses et les dialogues relevés. Une surenchère d’ironie et de sarcasmes qui ne parvient cependant jamais à doucher l’enthousiasme du lecteur. Usant d’une écriture efficace qui imite celle des sitcoms dont elle reprend ici les procédés, l’auteure parvient à maintenir un rythme enlevé tout au long du récit. De surcroît, on se prend littéralement au jeu de cette enquête riche en surprises et en rebondissements, et menée avec entrain par une héroïne irrésistible et pleine de caractère. Sous ses allures de carte postale, le village de Carsely dissimule bien des secrets : corruption, affaires de moeurs… de nombreux habitants semblent avoir plus d’un cadavre au fond de leurs placards.

___Véritable hommage à Agatha Christie, les aventures d’Agatha Raisin regorgent de références aux romans policiers de la légendaire « reine du crime », Mais le récit recèle aussi de véritables bijoux d’ironie ! Au détour d’un chapitre, M. C. Beaton égratigne ainsi tour à tour avec malice journalistes, touristes, citadins… A travers sa galerie de personnages, elle exacerbe et tourne en dérision les petits travers de la nature humaine.

Avec cette saga pleine de charme et d’originalité, M. C. Beaton se démarque de la production littéraire habituelle, affirmant son propre style et revendiquant une vraie personnalité. Sans jamais perdre de vue les enjeux initiaux de son récit, la romancière construit surtout habilement une intrigue convaincante, portée par une galerie de personnages truculents et hauts en couleurs.

Ce premier tome est aussi l’occasion pour l’auteure d’introduire quelques uns des protagonistes qui constitueront la clé de voûte de la saga. L’univers de la série s’étoffera au fil des aventures, s’enrichissant de nouveaux personnages tandis que certains, récurrents, devraient voir leurs rôles renforcés. On devrait ainsi notamment retrouver le sympathique jeune constable Bill Wong, Doris Simpson, la femme de ménage, Roy Silver, l’ex-assistant, ou encore James Lacey, le séduisant nouveau voisin.

Une lecture revigorante et savoureuse, à déguster sans modération ! Pour ma part, j’ai déjà entamé le prochain tome de la série dont j’attends la suite de la traduction avec grande impatience !

Je remercie infiniment les éditions Albin Michel pour cette formidable découverte !

  • Extraits

« Une guerre faisait rage quelque part, comme d’habitude, et recevait le même traitement journalistique que d’habitude ; autrement dit, le présentateur et le reporter faisaient un brin de causette. « John, vous m’entendez ? Comment la situation a-t-elle évolué ? – Eh bien, Peter… » Quand ils passèrent enfin la parole à l’inévitable « expert », Agatha en était arrivée à se demander pourquoi diable les médias se donnaient la peine d’envoyer quelqu’un sur place. Tout recommençait comme pendant la guerre du Golfe, où la plupart des images qu’on avait pu voir montraient un reporter planté devant un palmier à côté d’un quelconque hôtel du Riyad. Que de dépenses inutiles ! L’envoyé spécial n’avait jamais grand-chose à apporter, et ce serait revenu bien moins cher de le filmer devant un palmier dans un studio londonien. » (p.23)

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« Le cercle des plumes assassines » de J. J. Murphy

Quatrième de couverture

Dorothy Parker fut l’une des femmes les plus drôles de l’Amérique. Critique, poète, scénariste, elle fut un pilier de la célèbre Table Ronde de l’hôtel Algonquin, où déjeunaient ensemble les plus fins esprits de New York. Dans ce roman qui nous fait revivre les folles années 20, elle devient malgré elle l’héroïne intrépide d’une enquête criminelle. Un matin, Dorothy découvre sous leur table habituelle un inconnu poignardé en plein coeur. Pour compliquer l’affaire, un jeune outsider, venu du Sud, un certain William («Billy») Faulkner, qui rêve de devenir écrivain, va se trouver mêlé à l’histoire. Il est le seul à avoir eu un furtif aperçu du tueur… Mené à un rythme endiablé, ce roman qui allie suspense et humour nous plonge dans l’ambiance de Manhattan à l’époque de la Prohibition. On y croise gangsters notoires, stars de cinéma, légendes littéraires, des personnes réelles côtoyant des êtres de fiction. Jeux de mots, propos acidulés, insultes à peine voilées : les répliques fusent comme des tirs de mitraillette, le tout dans une joyeuse anarchie. J.J. Murphy, admirateur de longue date de Dorothy Parker, a lancé avec ce premier roman une série autour du «cercle vicieux» de l’hôtel Algonquin. Ce roman et le troisième de la série ont été nominés pour le prestigieux prix du polar «Agatha».
  • Mon opinion

★★★★★

Dorothy Parker

Dans ce premier volet d’une série mettant en scène la critique, poétesse et scénariste Dorothy Parker, J. J. Murphy plante le décor de son roman au coeur de l’Hôtel Algonquin (point de ralliement emblématique du « cercle vicieux ») devenu brutalement le théâtre d’un crime impliquant dès lors inéluctablement ses membres. A partir de cette idée originale, l’auteur signe un roman plein de verve et gonflé d’humour qui inaugure avec brio une série pleine de promesse !

___Après avoir fait ses premières armes à Vogue, la jeune journaliste Dorothy Parker se voit confier, à l’âge de 25 ans, la chronique théâtrale de Vanity Fair, Dans les années 20, l’écrivain et chroniqueuse est au centre d’un groupe littéraire new-yorkais qui règne alors sur la vie intellectuelle et mondaine new-yorkaise. Composé d’auteurs, critiques et/ou journalistes, cette sorte d’institution intellectuelle et mondaine rassemble les esprits et plumes les plus acérées de l’époque. C’est à l’Hôtel Algonquin sur la 44e rue que la petite troupe a élu domicile. Six après-midi par semaine, ses membres ont ainsi l’habitude de se réunir autour de la Table Ronde. Célèbre pour l’humour corrosif des conversations qui s’y menaient, l’officieux « Cercle vicieux » (aussi appelé « la Table ronde de l’Algonquin ») exerce une certaine influence sur la société New-Yorkaise. Lors de ces réunions, Dottie peut ainsi éprouver son sens de l’humour caustique et venimeux qui constitue rapidement sa griffe et imprègne nombre de ses oeuvres.

Le jeune William Faulkner

___Mais un jour, alors qu’elle s’apprête à rejoindre ses camarades pour assister à l’une de leurs réunions quotidiennes, la journaliste fait une macabre découverte. Sous la Table Ronde, gît en effet le corps sans vie d’un homme poignardé en plein coeur. La victime n’est autre que Leland Mayflower, un critique de théâtre pour le Knickerbocker News. L’inspecteur Orang-outang O’Rannigan, chargé de l’affaire, ne tarde pas à passer en revue les hypothétiques mobiles (plus ou moins plausibles) ayant pu pousser chacun des membres à commettre le crime. Fraîchement débarqué du Mississippi, William Faulkner est rapidement suspecté du meurtre. Dorothy, qui vient tout juste de faire sa connaissance, ne tarde pas à le prendre le jeune auteur sous son aile et est déterminée à prouver son innocence. Epaulé par son vieil ami et collègue Benchley, Dorothy s’improvise donc enquêtrice, et les trois acolytes se lancent rapidement sur la piste du meurtrier (ou de son commanditaire). 

___S’appuyant sur une figure irrévérencieuse et emblématique du milieu littéraire des années folles, J. J. Murphy met ainsi en scène une galerie de personnages truculents et pleins de mordant, à la hauteur de leur réputation. Gravitant aux côtés de Dottie, on retrouve ainsi les autres piliers du cénacle de l’Algonquin parmi lesquels Robert Benchley, Robert Sherwood ou encore Alexander Woollcott. On se délecte des joutes verbales de ces esprits persifleurs et charismatiques qui portent efficacement cette intrigue désopilante de bout en bout ! Se montrant drôles et spirituels (même dans les circonstances les plus tendues ou les situations les plus ridicules), Dottie et Benchley forment un tandem irrésistible et attachant dont on suit les péripéties avec délectation et que l’on quitte à regrets.

___Mais que les lecteurs qui ne connaissent ni Dorothy Parker ni son “cercle vicieux” se rassurent : nul besoin d’avoir lu un de ses ouvrages pour apprécier cette enquête pleine de mordant ! J. J. Murphy s’attache en effet à rappeler les éléments contextuels indispensables permettant à tout un chacun de pleinement savourer ce condensé d’humour et d’esprit !

Le groupe du « cercle vicieux » (tirée du film « Mrs. Parker and the Vicious Circle » (1994))

___Le ton est d’ailleurs donné dès les premières pages où s’enchaînent très vite dialogues au cordeau, comique de répétition, réparties hilarantes et fignolées… L’auteur impulse ainsi rapidement une dynamique impeccable à cette enquête aussi haletante que rocambolesque. Le rythme très théâtral et les enchaînements d’atmosphères quasi cinématographiques ne laissent aucun répit au lecteur.

___La remarquable finesse des dialogues et la parfaite orchestration du récit témoignent en outre de l’irréprochable maîtrise de son sujet par l’auteur. Mâtiné d’anecdotes et dans une atmosphère parfaitement restituée, J. J. Murphy fait se croiser personnages réels et fictifs avec une incroyable aisance et enracine son enquête à une époque encore marquée par la guerre, au cours de laquelle s’esquisse un début de libération des mœurs.

___Avec ce premier volet, J. J. Murphy embrasse pleinement le parti-pris de la comédie à l’humour grinçant. Multipliant les réparties qui font mouche et grâce à un renouvellement permanent des ressorts comiques employés, l’auteur, toujours remarquablement inspiré, fait surgir des effets comiques d’une incroyable efficacité, y compris là où on ne les attend pas ! Entre véritable exercice de style et parodie littéraire, il se dégage de ce récit plein d’allant une énergie et une bonne humeur communicative !

___Dans le pur esprit des screwball comedy, le dénouement de ce polar décalé et réjouissant n’est donc pas le plus important, c’est davantage le chemin plein de détours imprévisibles et riche en surprises qui nous y conduit qui compte. L’intrigue policière sert donc ici davantage de prétexte pour épingler cette société du paraître et des faux-semblants dans laquelle gravite Dottie et où l’intérêt personnel prime sur le souci des autres. J. J. Murphy n’y va pas avec le dos de la plume pour égratigner non sans humour le microcosme mondain dans lequel évoluent ces personnages. Il se moque joyeusement de cette ambiance saturée d’hypocrisie et tourne en dérision un milieu aussi fermé que superficiel où le nombrilisme exacerbé côtoie la malhonnêteté intellectuelle. Sous le vernis des bonnes manières et de la comédie, il brosse ainsi des portraits au vitriol. On n’aurait définitivement pu imaginer plus bel hommage à une femme émancipée qui souhaita toute sa vie bousculer les mentalités de son temps.

___Il convient, pour conclure, de souligner le remarquable travail effectué par la traductrice Hélène Collon qui, au-delà du texte, s’est évertuée à restituer le plus fidèlement possible et avec une incroyable réussite les nombreux jeux de mots, subtilités grammaticales et orthographiques de l’oeuvre d’origine! Espérons maintenant que les éditions Baker Street traduisent rapidement la suite de cette série déjà pleine de charme et d’esprit !

Créatif, décapant et porté par des personnages croustillants, « Le cercle des plumes assassines » est un roman jubilatoire, s’inscrivant dans la pure tradition des screwball comedy dont il reprend avec brio les codes. J. J. Murphy enchaîne ainsi les dialogues au cordeau et les joutes verbales hilarantes avec une exceptionnelle maîtrise ! Mené selon un rythme quasi théâtral qui ne laisse aucun répit au lecteur, ce récit plein de verve oscillant entre roman policier et parodie littéraire se révèle aussi brillant que jubilatoire !

Multipliant les situations désopilantes et les traits d’esprit, ce premier opus trouve ainsi sa réussite non seulement dans les ressorts comiques à la fois inspirés et sans cesse renouvelés que dans sa galerie de personnages truculents et hauts en couleurs. C’est en outre une immersion saisissante dans le New York de l‘entre-deux guerres, marqué par la Prohibition, les Bootlegger et les speakeasies.

Egratignant au passage avec humour le microcosme mondain dans lequel gravitent ces personnages, J. J. Murphy signe un roman drôle et corrosif, à l’image de la femme sulfureuse et irrévérencieuse à laquelle il rend un très bel hommage.

Je remercie infiniment les éditions Baker Street pour ce savoureux moment de lecture ! 🙂

« Scarlett mène l’enquête » de Fleur Hitchcock

Quatrième de couverture

Mon père était-il vraiment un voleur ? Pourquoi me disait-il toujours de « regarder en haut »?
Quand Scarlett reçoit une boite ayant appartenu à son père, célèbre voleur de bijoux, elle découvre qu’elle est pleine d’indices. Si elle parvient à les comprendre, peut-être pourra-t-elle trouver la clé du mystère qui entoure la vie de son père disparu. Avec l’aide d’Ellie, sa nouvelle amie, Scarlett mère une enquête parfois effrayante mais le plus souvent très amusante.

Mon opinion

★★★★★

___Laissant voir avec ce premier roman un esprit créatif inépuisable et un penchant à aborder des thématiques universelles, Fleur Hitchcock semble en passe de s’inscrire dans la lignée des auteurs fédérateurs de la littérature jeunesse, capables de toucher toutes les générations de lecteurs. Déployant un univers original à souhait dont elle s’attache à nous livrer rapidement les codes nécessaires à son appréhension, la romancière dévoile en outre une plume à l’image de sa jeune héroïne, à la fois alerte et pleine d’esprit, qui nous emporte dès les premières pages.

___Le lecteur plonge avec délice dans cet univers légèrement décalé et cette ambiance acidulée d’une redoutable efficacité. Enchaînant les chapitres courts et les péripéties les plus inattendues, l’auteure déroule en effet une histoire parfaitement rythmée et riche en surprises qui ne laisse aucun répit au lecteur. Il faut dire que Fleur Hitchcock redouble d’inventivité pour imaginer les situations les plus rocambolesques et inattendues. Si certaines d’entre elles mettent parfois notre bon sens à rude épreuve (confer l’épisode (absolument hilarant!) des manchots), la romancière ne perd jamais pour autant de vue le fil conducteur de son récit qui conserve cohérence et logique en toute circonstance. Le caractère loufoque et improbable de certaines situations colle ainsi parfaitement à l’esprit décalé instauré par l’auteure, et n’enlève de fait rien au charme de cette intrigue menée tambour battant et portée par des personnages truculents. Grâce à des ressorts comiques variés, inspirés et souvent inattendus, Fleur Hitchcock insuffle à son intrigue des relents de bonne humeur à travers un florilège de gags particulièrement réussis et une galerie de personnages tous plus savoureux les uns que les autres !

___Irrésistible et attachante, Scarlett incarne une héroïne pleine de malice et d’énergie qui s’attire d’emblée la sympathie du lecteur. Sa spontanéité et son innocence donnent lieu à des réparties et des observations particulièrement drôles, et ses déductions, aussi logiques qu’ingénues sont à chaque fois de véritables perles. Volontaire et pleine de ressources, la jeune fille n’a pas froid aux yeux et semble avoir le chic pour se mettre dans les situations les plus improbables, pour le plus grand plaisir du lecteur.

___Dans cet imbroglio de personnages délicieusement caricaturaux et de situations loufoques, « Oncle Derek » et la mère de Scarlett semblent incarner des points de repère essentiels à la jeune fille. Car alors qu’elle amorce lentement sa métamorphose vers l’âge adulte, l’innocence de Scarlett se heurte à la réalité sournoise d’un monde moins bienveillant qu’elle ne l’aurait cru. Victime des préjugés que son institutrice et ses camarades de classe nourrissent à l’égard de son père à la réputation houleuse, Scarlett découvre par ailleurs que les adultes (y compris ses propres parents) peuvent parfois mentir et ne se comportent pas toujours de façon exemplaire.

___Face à des adultes pas toujours bien intentionnées, et investie par son statut de grande sœur d’un sens du devoir et des responsabilités affirmé, Scarlett va être amenée à prendre des décisions importantes et faire des choix décisifs. Epaulée dans son enquête par Ellie, « l’insupportable » fille d’ « Oncle Derek », elle devra également apprendre à regarder au-delà des apparences et mettre ses préjugés de côté afin de trouver des réponses à ses questions. Car plus qu’une aide précieuse dans l’avancée de ses recherches, Ellie deviendra une véritable amie pour Scarlett qui prendra peu à peu conscience de l’influence positive que certaines personnes (aussi différentes soient-elles) peuvent exercer sur sa vie.

___Avec humour et sensibilité, l’auteure a su saisir tous les tourments et les questionnements de cet âge charnière, entre enfance et adolescence, le tout dans un esprit résolument positif et en véhiculant des valeurs essentielles. La notion de bien et de mal, la moralité, l’amitié, le deuil, la vérité, les préjugés… autant de questions clés abordées avec beaucoup d’intelligence et d’ingéniosité par l’auteure dans ce récit aussi court que foisonnant. Au-delà du simple jeu de piste drôle et divertissant, « Scarlett mène l’enquête » offre en effet un double niveau de lecture à la fois structuré et pertinent. Car comme le dit la jeune héroïne elle-même, au terme de cette chasse au trésor, c’est avant tout son père que Scarlett espère retrouver. Et en partant sur ses traces dans l’espoir de percer ses secrets et de comprendre qui il était, c’est finalement la question de sa propre identité que se pose la jeune fille. Dès lors, les nombreuses péripéties rencontrées, les choix auxquels elle va être confrontée et les décisions qu’elle devra prendre au cours de cette aventure sont autant de mises à l’épreuve déterminantes et d’indices révélateurs de sa véritable nature et de sa personnalité. Ainsi, plus qu’un simple récit d’aventure aux relents de mystère, c’est donc avant tout celui d’une quête d’identité que nous livre Fleur Hitchcock.

Avec « Scarlett mène l’enquête », Fleur Hitchcock s’inscrit dans la lignée des auteurs fédérateurs de la littérature jeunesse, capables de faire jaillir de leur imaginaire un univers original à souhait, et de créer des atmosphères uniques qui enchantent les lecteurs de tous âges.

Irrésistible et attachante, Scarlett incarne une héroïne pleine de malice et d’énergie. Avec ses aventures plus rocambolesques les unes que les autres et ses commentaires hilarants, elle s’attire d’emblée la sympathie du lecteur qui se régale de ses tribulations et de ses bons mots.

Malgré certains personnages stéréotypés et des situations ubuesques au point de pouvoir parfois sembler tirées par les cheveux, ce trait volontairement grossi colle parfaitement à l’esprit décalé et l’univers acidulé du roman. Le lecteur se laisse ainsi volontiers porter par la bonne humeur de cette intrigue menée tambour battant et portée par des personnages truculents. Les ressorts comiques, sans cesse renouvelés, fonctionnent à tous les coups et ne manqueront pas de tirer sourires et éclats de rire aux lecteurs même les plus âgés.

Mais sous couvert de cet univers léger et mâtiné d’humour, l’auteure aborde également des thèmes plus sérieux et profonds (la famille recomposée, le deuil, la loyauté,…) ainsi que des questions essentielles (la notion de bien et de mal, la vérité, la différence…). Offrant un double niveau de lecture bien pensé, la romancière parvient ainsi à combiner avec brio divertissement et réflexion, conférant à son ouvrage une indiscutable et appréciable plus-value.

A l’image de son héroïne, oscillant entre enfance et adolescence, le roman de Fleur Hitchcock ne semble se revendiquer d’aucun genre particulier. Compilant et entremêlant différents registres, « Scarlett mène l’enquête » est en effet à la fois un récit d’aventure bourré d’humour, un jeu de piste captivant et un vrai roman d’apprentissage.

Porté par une héroïne aussi pétillante qu’intrépide, « Scarlett mène l’enquête » est une lecture rafraichissante et pleine d’humour, qui séduira assurément aussi bien les jeunes lecteurs que les plus âgés ! Un roman que je vous recommande chaudement !

Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour leur confiance !

« Les Enquêtes d’Enola Holmes, tome 1 : La Double Disparition » de Nancy Springer

 

 

 

 

 

 

Résumé

___S’il est une chose que j’aimerais savoir, c’est pourquoi ma mère m’a nommée «  Enola « . Enola qui, à l’envers, se lit : alone. En anglais : seule. Et c’est bel et bien seule que je me suis retrouvée le jour de mes quatorze ans, ma mère ayant disparu de notre manoir de façon inexpliquée. J’ai alors été contrainte d’en informer mes frères aînés que je n’avais pas revus depuis dix ans – Mycroft et Sherlock Holmes. Or ce n’était pas eux qui allaient m’être d’un grand secours. Jugeant que mon éducation laissait à désirer, Mycroft n’avait qu’une idée : m’expédier en pension pour faire de moi une lady. En outre, Sherlock estimait ma capacité crânienne bien trop limitée pour pouvoir résoudre le mystère de cette disparition. J’étais pourtant la seule à avoir décelé des indices dont mon détective de frère n’avait pas la moindre idée. C’est donc le cœur empli d’espoir, que j’ai décidé, malgré mes appréhensions, de partir à la recherche de ma mère. Seule.

L’auteure

+__Nancy Springer, (née en 1948 à Montclair dans le New Jersey) est un auteur américain de fantasy, de science-fiction et de littérature pour jeunes adultes. Elle a déjà publié une trentaine d’ouvrages, dont la plupart sont destinés aux jeunes. Mais elle anime également des ateliers d’écriture dans plusieurs universités. Elle a obtenu deux fois le prix Edgar Allan Poe dans la catégorie meilleur roman policier pour jeune adulte.

___Spécialiste du détournement de personnages, elle est l’auteur de romans racontant les exploits d’Enola Holmes, la sœur du grand Sherlock Holmes, ainsi que celle de Rowan Hood, qui n’est autre que la fille de Robin des Bois.

___Elle vit à Dalastown, en Pennsylvanie, depuis l’âge de treize ans et a deux grands enfants, comme elle passionnés par les chevaux.

Mon opinion

★★

___Voilà une saga qui me faisait de l’oeil depuis un petit moment déjà. Basée sur une idée originale (l’héroïne n’est autre que la petite soeur du célèbre détective Sherlock Holmes !), cette série dédiée à la jeunesse et se déclinant en 6 tomes rassemblait a priori tous les ingrédients pour me faire succomber : une héroïne futée, des mystères en série, le tout sur fond d’époque victorienne et en présence du célèbre détective de sir Conan Doyle (!)… autant d’éléments annonçant un cocktail on ne peut plus prometteur !

___Pourtant, si sur le papier l’idée est originale, sa mise en oeuvre n’était pas sans risque. S’approprier un personnage aussi emblématique que Sherlock Holmes sans le dénaturer est en effet une entreprise audacieuse. Force est de constater que Nancy Springer ne s’est d’ailleurs pas trop mouillée dans l’exercice, privilégiant certaines facilités scénaristiques et narratives lui permettant de se délester de nombreuses contraintes. L’auteure a par exemple choisi d’écrire son récit d’après le point de vue de la jeune Enola qui, en dépit de son lien de parenté avec Sherlock Holmes, ne connaît finalement que très peu de choses sur son frère. En effet, en raison de leur grande différence d’âge et de la controverse entourant la naissance de la jeune fille, cette dernière a grandi aux côtés de sa mère, presque en ermites, et surtout loin de ses frères aînés. Ainsi, tout ce qu’Enola sait de Sherlock découle de la réputation que s’est taillé le détective au fil des enquêtes qu’il a menées. La disparition de leur mère va donc être l’occasion à la fratrie de se réunir et à Enola de faire connaissance avec ses ainés. Mais autant le dire, les retrouvailles vont être houleuses et les relations entre Enola et ses frères pour le moins tendues, ces derniers jugeant sévèrement l’éducation laxiste (voire absente) dont a bénéficié l’adolescente durant son enfance. En choisissant un contexte familial si particulier, Nancy Springer semble ainsi créer d’emblée et de façon délibérée une distance entre Enola et le personnage de Conan Doyle. Un sentiment renforcé par l’évolution que l’auteure donne par la suite à l’intrigue. En effet, les chemins de Sherlock et d’Enola se séparent rapidement. Le détective n’apparait en fin de compte que dans un nombre très réduit de scènes, évitant ainsi à l’auteure d’avoir à gérer des situations délicates.

___Je ne doute d’ailleurs pas que les plus fervents admirateurs du célèbre détective de Scotland Yard soient finalement déçus par le résultat tant les apparitions de Holmes sont rares dans ce premier volume. De là à dire qu’il n’est rien de plus qu’un prétexte à la construction de cette saga, il n’y a qu’un pas. Les références au détective sont en effet finalement très limitées et son rôle dans l’évolution de l’intrigue inexistant.

___Si je déplore l’absence de prise de risque de l’auteure vis à vis du personnage de Sherlock Holmes, ce n’est pourtant pas ce qui m’a le plus dérangée durant ma lecture. Je regrette notamment certaines incohérences dans le scénario rendant l’intrigue parfois bancale. Je n’ai ainsi pas compris pourquoi, la jeune Enola ayant fui le domaine familial pour échapper à la pension et retrouver sa mère disparue, se retrouve tout à coup à aller enquêter sur la disparition du jeune vicomte Tewksbury de Basilwether, occultant totalement la disparition de sa mère de sa mémoire et oubliant par là même ses projets initiaux visant à la retrouver. Dès lors, l’action se concentre en effet sur cette « sous-enquête » qui ne présente pourtant aucun lien avec l’intrigue préalable. Jusqu’au bout, j’ai cru que l’auteure allait justifier ce revirement de situation déconcertant par une révélation abracadabrante reliant les deux enquêtes entre elles… en vain. Au terme de ce premier volet, il apparaît clair que la disparition de la mère d’Enola sert finalement de fil conducteur entre les différents tomes, constituant une enquête de fond dont le dénouement ne sera connu qu’au terme de la saga. « La double disparition » constitue en ce sens un tome d’introduction, sans avancée notable concernant la disparition de la mère d’Enola. De quoi peut-être frustrer certains lecteurs qui se sentiront dupés par une histoire qui tourne finalement en rond.

___Pourtant, en dépit d’autant de choix contestables de la part de l’auteure, j’ai tout de même passé un agréable moment de lecture. Le style de Nancy Springer, sans être démesurément brillant, reste très agréable à lire. A l’image de notre jeune héroïne, la plume est vive et enjouée et le récit est suffisamment rythmé pour susciter notre intérêt jusqu’au bout. Qui plus est, on ne peut négliger certains efforts de la part de l’auteure pour dépeindre l’époque victorienne en s’efforçant d’allier réalisme et accessibilité vis à vis du public visé. Misère, insalubrité de Londres, violence, inégalités… sont autant d’aspects évoqués au cours de ce premier tome, et même si l’auteure aurait pu davantage forcer le trait, l’effort est appréciable.

___D’autre part, si on approfondit un peu les évènements de ce premier tome, on peut voir se dessiner une sorte de « morale » à travers les péripéties du jeune vicomte. Alors qu’il jouissait d’une vie très confortable et était choyé par ses parents, le jeune garçon a décidé de fuguer, sans mesurer les conséquences de son acte. Finalement, en se retrouvant dans la rue, confronté à la misère de Londres, il se rend compte qu’il s’est comporté en égoïste et regrettera son geste ainsi que l’inquiétude causée à ses parents.

___Pourtant, là encore, je regrette que Nancy Springer ne soit pas allée plus loin. En effet, si les intentions de l’auteure sont louables, les évènements se succèdent trop rapidement pour que le message soit réellement percutant pour le lecteur. Les personnages sont trop rapidement tirés d’affaire, ne passant que très peu de temps dans les bas-fonds de Londres avant de se retrouver à nouveau en sûreté.

___Impossible enfin de terminer cette chronique sans évoquer le personnage central de cette série, Enola Holmes. La jeune fille se révèle être une adolescente futée, faisant preuve d’un sens de la déduction imparable qui contraste pourtant avec une impulsivité et un manque de finesse tout au long de l’intrigue. A la fois forte (un brin féministe, elle veut prouver que les femmes ne sont pas des êtres stupides) et aussi très sensible (sa mère lui manque terriblement), son caractère ambivalent nous rappelle qu’Enola reste malgré tout une adolescente, à cheval entre enfance et âge adulte, rendant le personnage aussi crédible qu’attachant.

En Bref

___On aime : Une idée originale et excitante sur le fond.  Le personnage d’Enola est attachant et réaliste par ses contradictions et son ambivalence. L’époque victorienne est plutôt bien restituée et la plume de Nancy Springer se révèle efficace. Bref, une lecture qui sans être exceptionnelle reste agréable à condition de ne pas être trop exigeant et de garder en tête que l’on a affaire à une oeuvre destinée à la jeunesse.

___On regrette : Un exercice de style délicat qui ne m’a pas totalement convaincue. Car si sur le fond, l’idée est originale, sa mise en oeuvre manque de conviction et d’audace. Globalement, j’ai en effet trouvé que l’auteure n’avait pas pris suffisamment de risques dans l’exercice en limitant beaucoup les apparitions de Sherlock Holmes dont le rôle n’excède guère celui de la figuration. Nul doute que les plus fervents admirateurs du détective resteront donc sur leur faim. De même, certains pourront déplorer le fait que l’intrigue de fond (la disparition de la mère d’Enola) tourne finalement en rond dans ce premier tome. J’ai également trouvé qu’il y avait quelques maladresses et incohérences dans le scénario de ce premier volet.

« Un intérêt particulier pour les morts » de Ann Granger

 

 

 

 

 

 

Résumé

Lizzie Martin accepte un emploi auprès d’une riche veuve dont la précédente dame de compagnie s’est enfuie avec un inconnu. Mais quand le corps de la jeune fille est retrouvé dans le chantier de la gare St Pancras, Lizzie décide de mener sa propre enquête. Elle pourra compter sur l’aide d’un ami d’enfance devenu inspecteur, Benjamin Ross,pour découvrir la vérité sur la mort de cette femme dont le sort semble étroitement lié au sien.

L’auteur

__Ann Granger est un auteur de romans policiers et historiques très prolifique, avec plus de trente romans parus en Angleterre. Elle a rencontré un franc succès international avec sa série « Lizzie Martin », qui comporte déjà quatre volumes. Un intérêt particulier pour les morts est le premier opus de cette série à paraître en France. Ann Granger a travaillé dans les ambassades britanniques de nombreux pays, dont la République tchèque, la Zambie et l’Allemagne. Elle vit désormais dans l’Oxfordshire.

Mon opinion

★★

___Une enquête policière sur fond d’époque victorienne, il ne m’en fallait pas davantage pour me jeter sur « Un intérêt particulier pour les morts ». Autant dire que je fondais beaucoup d’espoir sur ce titre et ma lecture achevée, je peux vous assurer que la quatrième de couverture tient toutes ses promesses ! J’ai adoré !

___A la suite de la mort de son père, Lizzie Martinse voit contrainte de quitter sa région natale du Derbyshire pour aller vivre à Londres, chez sa tante, Mrs Parry.En effet, la bonté et la générosité excessive du Dr Martin envers ses patients, ont placé sa fille dans une situation pécuniaire très délicate, cette dernière s’étant retrouvée sans le sou après la disparition du médecin. Pourtant, Lizzie ne lui en tient aucune rigueur et on se rend rapidement compte qu’elle se révèle être une jeune femme indépendante, en avance sur son temps et au fort caractère.Sa mère étant morte alors qu’elle n’avait que trois ans, elle a été élevée par son père, qui avait peu de temps à lui consacrer. Lizzie était donc laissée aux bons soins du personnel de la maison et a bénéficié d’une éducation « légère ». Si son franc-parler et sa spontanéité ne se conforment pas aux moeurs de l’époque, c’est pourtant ce qui la rend extrêmement attachante aux yeux du lecteur. En effet, ce décalage permanent entre ce que l’on attend d’elle et sa manière de se comporter occasionne des situations délectables. Déterminée sans être butée et dotée d’un esprit vif, elle se montre relativement clairvoyante dans ses jugements(même s’il peut lui arriver de se tromper!) et se démarque ainsi des héroïnes dénuées de bon sens ou faisant preuve d’une lenteur d’esprit affligeante. Sans compter que sa lucidité ne s’arrête pas aux gens qui l’entourent. Consciente de ses défauts, et des situations délicates dans lesquelles son comportement pourrait la conduire, Lizzie fait de son mieux pour tempérer son fort caractère.

___L’autre personnage principal de cette intrigue est l’inspecteur Benjamin Ross, chargé de l’enquête. Au cours du récit, on découvre que ce dernier a eu une enfance difficile et que le père de Lizzie a joué un rôle important dans sa vie et dans sa réussite. En effet, Lizzie et Ross s’étaient déjà rencontrés de nombreuses années auparavant, alors qu’ils n’étaient encore que des enfants. Bien qu’ils ne se soient pas réellement côtoyés durant leur jeunesse, la relation que nouent rapidement Lizzie et Ross rappelle celle de deux amis d’enfance qui se seraient toujours connus. Ainsi, le duo qu’ils forment est terriblement attachant et si on imagine assez vite la tournure que leur relation va prendre, l’auteure parvient à maintenir intact notre intérêt quant à l’évolution de leur histoire.

___Les autres protagonistes ne manquent pas non plus de personnalité et leur cohabitation aboutit à des situations cocasses ainsi que des dialogues drôles et piquants, donnant à l’intrigue tout son rythme. La plume d’Ann Granger est exquise, vive et teintée d’ironie tant et si bien que même lorsque l’enquête piétine, on ne s’ennuie pas une seule seconde.

  • Parmi ces personnages de « second plan », il y a d’abord Mrs Parry,veuve d’un homme ayant fait fortune dans l’importation de tissus exotiques et qui jouit donc d’une situation des plus confortables. Il apparaît bien vite que sa seule préoccupation est d’ailleurs de conserver le bien-être auquel elle est habituée.
  • Il y a ensuite Frank Caterton, le neveu de Mrs Parry. Comme Lizzie, il s’est retrouvé sans un sou à la mort de ses parents et travaille au Foreign Office.
  • On rencontre également le Dr Tibbett,un ecclésiastique et ami proche de Mrs Parry. Pourvu d’idées très arrêtées sur le rôle des femmes dans la société, il passe son temps à sermonner Lizzie au sujet de sa conduite.
  • Mais on fait aussi la connaissance de Simms le majordome qui a l’art de se mouvoir en silence, Bessie, la fille de cuisine, au caractère bien trempée malgré son jeune âge… Et ce n’est là qu’un échantillon des personnages que l’on rencontre, ma liste étant loin d’être exhaustive !

___L’époque victorienne est remarquablement restituée. Sans user de riches descriptions, l’auteure réussit pourtant à peindre un tableau relativement réaliste de l’époque: exploitation des mines de charbon, pauvreté… même si on sent que le regard porté est contemporain, j’ai beaucoup apprécié la manière dont Ann Granger a exploité le contexte historique, ne se contentant pas de l’utiliser comme un simple prétexte.

___L’intrigue est convaincante, bien ficelée même si finalement, elle ne présente pas vraiment d’originalité particulière. Les amateurs de scénarii complexes ou d’atmosphère électrique et angoissante resteront certainement sur leur faim mais quand bien même on pourrait regretter cette absence de tension, il n’en reste pas moins une intrigue entraînante, remarquablement mise en valeur par les personnages hauts en couleurs et l’univers dans lequel ils gravitent. Sans compter qu’en dépit d’une enquête policière dépourvue de véritable tension, Ann Granger est tout de même parvenue à me surprendre quant au coupable, usant pour ce faire de tous les codes du genre, à savoir, multiplication des fausses pistes tout au long de l’intrigue et dissimulation d’indices sous la forme de détails apparemment sans intérêt. Bref, un presque coup de coeur !

Pour finir, une mention particulière pour la traduction (de Delphine Rivet); bien que n’ayant pas lu la, j’ai trouvé la version française excellente, fluide, très agréable à lire (sans tournure de phrase étrange ou d’expression maladroite comme dans certaines traductions) ! La vivacité du style, les réparties et autres traits d’humour de l’auteure sont très bien rendues. Le deuxième tome est d’ailleurs en cours de traduction… j’ai hâte !

A la frontière entre Anne Perry et Jane Austen, Ann Granger nous offre avec « Un intérêt particulier pour les morts » le premier volet d’une série très prometteuse ! Parmi les points forts, on peut citer les personnages bourrés de charme et très charismatiques qu’on quitte avec beaucoup de regret, (en particulier l’héroÏne principale, Lizzie Martin), ainsi qu’un scénario convaincant même s’il manque peut-être d’un peu de tension parfois, et une époque victorienne parfaitement restituée. La plume de l’auteure, aussi drôle qu’acérée, est absolument exquise. Une excellente découverte et une série à découvrir pour tous les amateurs du genre !

En Bref

___On aime : Un roman à la frontière entre Anne Perry et Jane Austen. Ann Granger a un style exquis, à la fois drôle et acéré. L’intrigue ne manque pas de rythme, portée par des personnages pleins de charme et de charisme, qui donnent lieu à des dialogues drôles et piquants ainsi qu’à des situations cocasses. J’ai eu un véritable coup de coeur pour le personnage de Lizzie Martin, une héroïne indépendante, pourvue d’un sacré caractère et d’un esprit vif. J’espère rapidement la retrouver dans de nouvelles aventures !

___On regrette : Une enquête policière qui bien que convaincante manque peut-être d’un peu de tension et de noirceur. J’aurais aimé un peu plus frissonner à certains moments.