« Quatre soeurs #3, Bettina » de Cati Baur (d’après Malika Ferdjoukh)

bettina_1

Quatrième de couverture

Le printemps, saison du renouveau, des amours et des primeurs, éclate dans toute sa splendeur à tous les étages de la Vill’Hervé. Renouveau ? Oui. Harry et Désirée, les petits cousins, viennent passer des vacances au grand air. Charlie, à sec, s’est résignée à louer la chambre des parents. Le locataire s’appelle Tancrède, il est jeune, célibataire, drôle, fabricant d’odeurs bizarres. Et beau. Primeurs ? Trop. On retrouve des poireaux nouveaux partout, dans la soupe, coincés dans un cadre de tableau et même dans le pot d’échappement de la voiture de Tancrède. Toujours lui. Amours ? Hélas. Tancrède sème le trouble et récolte la tempête dans le cœur de Charlie. Bettina se languit du très très moche et si splendide Merlin. Enid fait des confidences. Geneviève se tait. Et Mycroft, le rat, tombe amoureux à son tour.
  • Mon opinion

★★★★★

___Ecrite par Malika Ferdjoukh, la série « Quatre soeurs » a marqué toute une génération de lectrices. Depuis 2011, l’illustratrice Cati Baur s’est attelée avec brio à l’adaptation de la saga, développant depuis deux albums déjà les tribulations des soeurs Verdelaine. Après l’intrépide Enid et la réservée Hortense, la dessinatrice, fidèle à la chronologie de la saga d’origine, consacre ce troisième tome à la coquette Bettina, âgée de 14 ans.

11351824_1654417571448831_158478028_n

___Après la disparition brutale de leurs parents dans un accident de voiture, les filles Verdelaine se retrouvent orphelines et livrées à elles-mêmes. Charlie, l’ainée des cinq soeurs, a mis fin à ses études pour prendre soin de la fratrie et s’occuper de la grande demeure familiale. Mais deux ans après le décès de leurs parents, les économies sur lesquelles vivait la tribu ont fondu. Et ce n’est pas le maigre chèque de l’excentrique Tante Lucrèce (la cotutrice légale des filles qui leur rend visite tous les 36 du mois) qui leur permettra de s’en sortir. Pour faire face, l’ainée ne voit donc d’autre solution que de mettre en location la chambre parentale. La proposition de Charlie sème aussitôt un vent d’effroi chez les soeurs Verdeleine. Passée l’onde de choc, les filles se résignent pourtant à l’idée de louer une partie de la Vill’Hervé.

C’est ainsi qu’après l’arrivée de Désirée et Harry, les deux turbulents cousins venus passer quelques jours dans la villa, l’irruption du beau Tancrède au sein du microcosme formée par les soeurs Verdelaine va semer le plus grand trouble dans leurs vies (et dans le coeur de Charlie)…

tancrede_1

*___*___*

bettina1

Bettina conversant avec sa défunte mère

___Tome après tome et au rythme des saisons, Cati Baur nous fait pénétrer dans l’intimité de cette fratrie haute en couleurs dont elle croque le quotidien avec une infinie tendresse. Mais en filigrane de ces petits affres et bonheurs qui rythment le quotidien, se devine toujours l’ombre fugace du drame vécu par les cinq soeurs deux ans auparavant. Un discret souffle de nostalgie plane inexorablement sur la Vill’Hervé et ses habitantes. En dépit de leurs apparitions sous forme d’ectoplasme, l’absence pesante des parents Verdelaine dans les moments importants de la vie de leurs filles ne manque jamais de serrer douloureusement le coeur du lecteur.

___Cati Baur a su restituer avec brio tous les ingrédients qui ont fait le succès des romans de Malika Ferdjoukh. Son dessin, faussement désinvolte et typé jeunesse, s’accorde parfaitement au ton des romans de Malika Ferdjoukh tout en leur offrant un remarquable écrin ! On retrouve avec bonheur ce mélange subtil entre spontanéité, espièglerie et émotions ainsi que les thèmes conducteurs de la saga, tels que le difficile travail de deuil ou le délicat passage de l’enfance à l’âge adulte. Tome charnière placé sous le signe du printemps, ce troisième opus cristallise en outre tous les bouleversements qui accompagnent le passage de l’enfance à l’âge adulte. Entre candeur et désir de s’affirmer, peur de l’inconnu et quête de nouvelles expériences, Cati Baur nous livre avec ce nouvel opus un florilège d’émotions qui nous fait passer du rire aux larmes en un instant. L’innocence et l’espièglerie incarnées par les deux petits cousins se confrontant ici à l’explosion des sentiments amoureux et aux épreuves de la maladie.

___A côté des nouveaux venus, on retrouve aussi bon nombre de personnages déjà croisés dans les précédents tomes, tels l’insupportable Tante Lucrèce, le dévoué Basile, le facétieux Merlin (qui en dépit de son physique ingrat a tout d’un enchanteur !), ou encore la frêle Muguette, laquelle, quoique physiquement absente, occupe un rôle de premier plan dans cet opus.

bettinaharry

Harry, le cousin des soeurs Verdelaine

Rehaussées par des couleurs pastels et harmonieuses, les illustrations à la plume et l’aquarelle de Cati Baur dégagent une douceur enfantine réconfortante. On se laisse happer avec délice par ces cases lumineuses et fourmillant de détails qui s’animent sous nos yeux et nous emportent dans une bulle où le temps semble avoir suspendu son vol. Le choix des couleurs, le découpage parfaitement rythmé et la mise en page astucieuse et inventive (à l’instar de la double page p.94-95) participent en outre activement au ressenti des émotions. La dessinatrice joue habilement sur les teintes et les effets de cadre pour rendre compte de l’estompage des repères et de l’exacerbation des sentiments qui accompagnent le passage à l’âge adulte.

___Dans la lignée des tomes précédents, Cati Baur signe une adaptation à la fois tendre, sensible et très réussie où le charme opère dès les premières planches ! C’est avec bonheur que l’on s’immisce dans la vie trépidante et mouvementée des cinq soeurs Verdelaine. Personnage à part entière, la Vill’Hervé est une ruche vibrante d’amour et de rires que l’on voudrait ne jamais quitter. On se languit ainsi d’ores et déjà de découvrir le quatrième et ultime volet de la saga, tout en ayant un pincement au coeur à l’idée de quitter définitivement les soeurs Verdelaine…

___De par sa grande originalité et l’universalité des sujets qu’elle aborde, la saga Quatre soeurs, a priori estampillée jeunesse, s’adresse en réalité à un public bien plus large que celui des pré-adolescentes. Enchevêtrant les considérations sur l’amitié, l’amour, ou le deuil, les adultes confirmés tomberont à coup sûr eux aussi sous le charme de ce mélange subtil de poésie, d’humour et de parfum d’enfance.

Je remercie infiniment les éditions Rue de Sèvres pour ce moment féérique !

  • Extrait

quatre-soeurs-bd-tome-3-p-2-1

« Astrid Bromure, tome 1 : Comment dézinguer la petite souris » de Fabrice Parme

Quatrième de couverture

Astrid vient de perdre une dent, et découvre à cette occasion la légende de la petite souris… les versions proposées par son entourage différent tellement qu’elle n’en croit pas un mot. Pour le prouver, elle décide de mettre en place de savants pièges pour la capturer, échoue mais… Stupéfaction : la petite souris lui a déposé un tube de dentifrice sous son oreiller. Elle existe donc ! Astrid extrêmement motivée va tout faire faire pour résoudre le mystère du dentifrice et capturer sa première amie.

Mon résumé

« Astrid Bromure, Comment dézinguer la petite souris » (Editions Rue de Sèvres)

___Petite fille de bonne famille, Astrid Bromure habite dans une demeure luxueuse, perchée au sommet d’un building en plein coeur de New-York. Durant l’absence de ses parents, la riche héritière se voit confiée aux bons soins de Madame Dottie et Benchley, respectivement gouvernante et majordome de la maison. Fille unique et sans amis, Astrid cherche désespérément un moyen de tromper son ennui et sa solitude.

___La chute imminente de l’une de ses dents de lait devient très vite l’occasion rêvée d’apporter enfin un peu de sel à son après-midi. Sitôt constaté, la maisonnée entière est avertie du petit évènement, et, une fois la dent sortie de son logis, on encourage la fillette à la glisser sous son oreiller en prévision du passage de la petite souris.

___Mais l’enfant gâtée a de sérieux doutes quant à l’existence réelle du prétendu rongeur. Astrid n’en démord pas : cette histoire abracadabrantesque de petite souris relève clairement de la pure invention. Un sentiment rapidement renforcé par les explications bancales que lui livrent ses deux gardiens. Devant l’incohérence et la contradiction manifeste des différentes versions proposées par la gouvernante et le majordome, Astrid renvoie les deux fabulateurs dos à dos et se lance dans sa propre enquête. Le gigantesque appartement ne tarde pas à devenir le théâtre d’une traque sans merci visant à débusquer le repère de la petite souris (en supposant qu’elle existe !).

___Afin de l’aider dans cette entreprise, Astrid espère compter sur la contribution de ses deux fidèles compagnons : un chat dénommé Gatsby (modèle super luxe option pattes de velours, malheureusement réglé pour ne plus distinguer que deux proies : les croquettes et la pâtée en boîte) ainsi que sur le flair de son chien Fitzgerald (détecteur infaillible… de trous de golf). Mais ne vous fiez pas aux apparences ! Derrière ce visage d’ange, se cache en effet une jeune fille obstinée et pleine de ressources ! La petite souris n’a plus qu’à bien se tenir !

  • Mon opinion

★★★★☆

___Après avoir collaboré sur différents projets, c’est en solo que Fabrice Parme inaugure une nouvelle série jeunesse aux éditions Rue de Sèvres. Derrière ce titre aussi excentrique qu’intriguant, se cache une jeune héroïne pétillante et pleine d’esprit, bien déterminée à ne pas se laisser mener en bateau par les adultes et leurs histoires à dormir debout !

On se laisse volontiers porter par la bonne humeur et le grain de folie de cette aventure acidulée et pleine de mordant ! A partir d’une trame a priori très enfantine, Fabrice Parme construit en effet une intrigue inspirée et dynamique qui multiplie avec brio les rebondissements et les pirouettes scénaristiques. Recelant de bons gags (parfois à la limite de l’anthologie !) et de dialogues assaisonnés absolument irrésistibles de drôlerie,  ce premier tome se distingue de fait aussi bien par son univers original à souhait que par l’inventivité des situations qu’il propose !

« Astrid Bromure, Comment dézinguer la petite souris » (Editions Rue de Sèvres)

___Côté illustrations, les mordus de séries d’animation reconnaîtront sans peine le trait stylisé du créateur graphique de La famille Pirate. Le trait fin et dynamique de Fabrice Parme s’inscrit parfaitement dans la veine des cartoons produits par les studios Hanna-Barbera (Les Fous du volant, Les Pierrafeu…), pour le plus grand bonheur des nostalgiques des dessins animés des années 60. S’appuyant sur une mise en page astucieuse, un décorum raffiné et des teintes en aplats pastel, l’auteur offre un écrin de premier choix à ces personnages décalés et leurs péripéties truculentes, croqués avec beaucoup d’humour et de tendresse.

___Avec son héroïne impertinente et un brin peste ainsi que son univers à la fois désuet et décalé, Fabrice Parme prend donc définitivement le contre-pied des archétypes traditionnels du genre. Malgré un format serré (une trentaine de pages à peine), l’auteur parvient à créer un univers complet et plein de caractère, dans lequel s’anime une poignée de personnages hauts en couleurs et attachants !

___Inventive et espiègle, les péripéties de notre jeune héroïne ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les pitreries du personnage emblématique de la petite Sophie imaginée par la Comtesse de Ségur. Mais si la curiosité est parfois considérée comme un vilain défaut, l’opiniâtreté de la jeune chipie et sa détermination acharnée à trouver des réponses à ses questions existentielles lui permettront de mettre à jour une véritable machination, ainsi que de pallier (momentanément) au sentiment de solitude engendré par l’absence de ses parents.

___Au-delà de l’aventure irrésistible d’effronterie et de drôlerie qu’il propose, ce premier tome qui revisite avec malice la légende populaire de la petite souris, est en outre l’occasion de glisser au passage un message intelligent. Sans sombrer dans un ton trop moralisateur qui plomberait la légèreté de l’intrigue, Fabrice Parme épingle ainsi avec humour les publicitaires dont il dénonce les méthodes fallacieuses et critique l’endoctrinement de masse exercé à jet continu par les médias. Le tout mené dans la bonne humeur, et en égratignant habilement au passage notre société de (sur)consommation.

C’est dans un décor luxueux et un brin décalé, orné d’une ambiance désuète évoquant l’entre-deux-guerres que Fabrice Parme a choisi de planter le décor de sa première production en solo. Derrière son visage d’ange, la nouvelle héroïne des éditions Rue de Sèvres a des allures de sale môme ! Mais l’enfant gâtée se révèle très vite aussi espiègle et futée qu’attachante ! Dans cette première aventure, l’intrépide Astrid se lance sur les traces de la petite souris au cours d’une enquête drôle et pleine de malice. Loin de se casser les dents sur une trame a priori très enfantine, Fabrice Parme échafaude au contraire un scénario dynamique et riche en rebondissements inattendus !

De par son atmosphère délicieusement désuète, son héroïne attachante et le sens caché du message véhiculé, cet album, orienté jeune public, saura sans nul doute également conquérir le coeur des lecteurs plus âgés !

Fabrice Parme planche d’ores et déjà sur la suite des aventures de la petite chipie. Intitulé « Comment atomiser les fantômes », la parution du deuxième volet est annoncée pour la fin de l’année. On devrait donc très vite avoir de nouvelles aventures à se mettre sous la dent !

Je remercie les éditions Rue de Sèvres pour cette belle découverte!

  • Extraits

« Astrid Bromure, Comment dézinguer la petite souris » (Editions Rue de Sèvres)