« Le Quinconce, tome 1: l’Héritage de John Huffam » de Charles Palliser

Quatrième de couverture

Dans l’Angleterre du début du XIXe siècle, le petit John Huffam, élevé dans un village perdu, comprend que sa mère, pauvre parmi les pauvres, est mystérieusement apparentée aux châtelains du lieu. Dès lors, il va consacrer sa vie à percer le secret de ses véritables origines et ne tarde pas à découvrir la cruauté qui fonde les castes sociales et qui déchire les êtres.

Mon opinion

★★★★☆

___Reçu à l’occasion de sa réédition début 2015 aux éditions Libretto, « L’Héritage de John Huffam » n’est en réalité que le premier volet d’une oeuvre ambitieuse puisant son inspiration dans la littérature anglaise du XIXème siècle. Entièrement imaginé et conçu selon une structure en quinconce, le roman est ainsi découpé en cinq livres, eux-mêmes divisés en cinq parties comportant chacune cinq chapitres. Toute l’oeuvre repose donc sur cette structure mathématique centrée autour du chiffre cinq. Comme le lecteur le découvrira par la suite, l’histoire s’articule autour de cinq familles connectées les unes aux autres sur une période de cinq générations.

___Quoi qu’originale et symbolique, la structure en quinconce du récit ne constitue néanmoins pas le seul attrait de l’oeuvre. Situant son récit dans une Angleterre victorienne des plus convaincantes, Charles Palliser reprend en outre les principales thématiques de la littérature du XIXème siècle dont il s’approprie brillamment les codes. S’inspirant sur le fond comme sur la forme des romans de cette époque, « Le Quinconce » bien que publié en 1989, possède ainsi tous les attributs du roman victorien par excellence dont il reprend et exploite avec brio les codes.

___Mais au-delà de l’immersion saisissante au coeur d’une Angleterre victorienne parfaitement restituée, « Le Quinconce » est avant tout un roman audacieux et à la croisée des genres, à la fois récit d’aventure, roman policier, fresque familiale, et récit d’apprentissage.

___Dans ce premier volet, le lecteur fait la connaissance du jeune Johnnie Huffam. Le jeune garçon semble mener une vie de reclus aux côtés de sa mère inquiète et surprotectrice ainsi que de sa nourrice, l’intransigeante et antipathique Bissett. Gravitant dans cet univers essentiellement peuplé de femmes, Johnnie n’a que peu de contact avec les autres enfants de son âge dont il envie la liberté. Sa mère semble en effet déterminée (pour d’obscures raisons) à tenir le jeune garçon à l’écart du reste du monde, comme pour le protéger d’une invisible menace. Alors qu’il débute son apprentissage de la lecture, le jeune garçon ne tarde pas à découvrir avec stupéfaction l’immensité du monde qui l’entoure et à ouvrir les yeux sur les gens autour de lui. Prenant peu à peu conscience du mystère entourant son père et sa naissance, les questions ne tardent pas à se bousculer dans son esprit tandis que les évènements « étranges » se multiplient et que des personnages troubles font irruption dans sa vie. Se heurtant au silence de sa mère, Johnnie comprend qu’il devra lutter pour découvrir la vérité tout en prenant peu à peu conscience du poids des enjeux que semble impliquer le mystère autour de sa famille…

___L’un des principaux enjeux soulevé par ce premier tome concerne donc l’identité réelle du jeune Johnnie et le mystère entourant sa naissance. Si au terme de cette première partie, le lecteur se trouve confronté à davantage de questions que de réponses, elle livre néanmoins quelques indices clé pour la résolution de l’énigme. On en apprend ainsi un peu plus sur l’histoire de la famille Huffam ainsi que sur un mystérieux document, lequel, de par son importance capitale, en fait un objet de convoitise pour les nombreux « ennemis » de nos deux personnages principaux. Ce codicille, que conserve précieusement la mère de Johnnie, pourrait en effet changer un jour la vie de nos deux héros, même si pour l’heure, sa détention semble au contraire les mettre en danger.

___Le lecteur voit progressivement se tisser sous ses yeux les fils de multiples intrigues alambiquées, se nouant peu à peu en un réseau complexe dont il peine à saisir le sens et la portée véritable. Car dans un souci évident de tenir en haleine son lecteur jusqu’au bout, l’auteur, peu enclin aux révélations, brouille résolument les pistes tout en distillant suffisamment d’indices pour que le lecteur devine déjà les prémices d’une colossale (et machiavélique) conspiration familiale, impliquant plusieurs générations de personnages.

___Si au terme de ce premier tome, le lecteur n’a donc guère avancé dans la résolution de cet opaque mystère, sa curiosité n’en demeure pas moins vivement aiguisée par les quelques éléments distillés par l’auteur et laissant présager une intrigue aussi retorse que magistralement orchestrée. En effet, la parfaite appropriation du contexte historique, tout comme la construction savamment pensé du récit et les indices distillés au compte-goutte, témoignent déjà d’une époustouflante maîtrise d’écriture et d’un remarquable sens du romanesque de la part de l’auteur. Un roman absolument incontournable pour les amoureux de la littérature victorienne!

Au-delà de l’hommage à peine voilé aux grands écrivains du XIXème siècle, tels que Dickens ou Wilkie Collins, « Le Quinconce » est avant tout une oeuvre audacieuse à la structure parfaitement étudiée et au suspense savamment entretenu.

Dans ce premier tome, véritable roman-puzzle à l’intrigue sibylline, Charles Palliser met ainsi en place les rouages complexes d’une saga ambitieuse centrée sur les thèmes de prédilection des grandes oeuvres de la littérature victorienne. Si le lecteur peut parfois être tenté de se perdre dans les méandres de cette intrigue alambiquée aux ramifications multiples et aux accents argotiques quelquefois déconcertants, on se laisse finalement porté par cette intrigue sombre et retorse qui nous tient en haleine jusqu’au bout.

Plus mystérieux et énigmatique que réellement tourné vers la résolution du mystère, et laissant finalement peu de place aux révélations fracassantes, « L’héritage de John Huffam » fait davantage figure de tome introductif que de point culminant d’une saga qui laisse néanmoins déjà entrevoir tout son potentiel ! Dans ce premier épisode, Charles Palliser lève ainsi le voile sur certains enjeux du récit et instaure progressivement un climat de tension, emprisonnant ainsi peu à peu le lecteur dans les filets d’une intrigue opaque mais dont il peine à s’extraire.

Ce premier tome pose ainsi les fondations d’une gigantesque intrigue familiale, retorse à souhait, tout en plongeant avec brio le lecteur dans une Angleterre victorienne parfaitement restituée ! S’il veut percer le mystère de cette intrigue labyrinthique et connaître le fin mot de l’histoire, le lecteur devra donc, à l’image de Johnnie, s’armer de patience et se tenir sans cesse aux aguets. Pour ma part, j’ai hâte de me plonger dans la suite de cette saga s’annonçant d’ores et déjà comme très prometteuse!

Je remercie chaleureusement Babelio et les éditions Libretto de m’avoir proposé de découvrir ce roman!

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« Scarlett mène l’enquête » de Fleur Hitchcock

Quatrième de couverture

Mon père était-il vraiment un voleur ? Pourquoi me disait-il toujours de « regarder en haut »?
Quand Scarlett reçoit une boite ayant appartenu à son père, célèbre voleur de bijoux, elle découvre qu’elle est pleine d’indices. Si elle parvient à les comprendre, peut-être pourra-t-elle trouver la clé du mystère qui entoure la vie de son père disparu. Avec l’aide d’Ellie, sa nouvelle amie, Scarlett mère une enquête parfois effrayante mais le plus souvent très amusante.

Mon opinion

★★★★★

___Laissant voir avec ce premier roman un esprit créatif inépuisable et un penchant à aborder des thématiques universelles, Fleur Hitchcock semble en passe de s’inscrire dans la lignée des auteurs fédérateurs de la littérature jeunesse, capables de toucher toutes les générations de lecteurs. Déployant un univers original à souhait dont elle s’attache à nous livrer rapidement les codes nécessaires à son appréhension, la romancière dévoile en outre une plume à l’image de sa jeune héroïne, à la fois alerte et pleine d’esprit, qui nous emporte dès les premières pages.

___Le lecteur plonge avec délice dans cet univers légèrement décalé et cette ambiance acidulée d’une redoutable efficacité. Enchaînant les chapitres courts et les péripéties les plus inattendues, l’auteure déroule en effet une histoire parfaitement rythmée et riche en surprises qui ne laisse aucun répit au lecteur. Il faut dire que Fleur Hitchcock redouble d’inventivité pour imaginer les situations les plus rocambolesques et inattendues. Si certaines d’entre elles mettent parfois notre bon sens à rude épreuve (confer l’épisode (absolument hilarant!) des manchots), la romancière ne perd jamais pour autant de vue le fil conducteur de son récit qui conserve cohérence et logique en toute circonstance. Le caractère loufoque et improbable de certaines situations colle ainsi parfaitement à l’esprit décalé instauré par l’auteure, et n’enlève de fait rien au charme de cette intrigue menée tambour battant et portée par des personnages truculents. Grâce à des ressorts comiques variés, inspirés et souvent inattendus, Fleur Hitchcock insuffle à son intrigue des relents de bonne humeur à travers un florilège de gags particulièrement réussis et une galerie de personnages tous plus savoureux les uns que les autres !

___Irrésistible et attachante, Scarlett incarne une héroïne pleine de malice et d’énergie qui s’attire d’emblée la sympathie du lecteur. Sa spontanéité et son innocence donnent lieu à des réparties et des observations particulièrement drôles, et ses déductions, aussi logiques qu’ingénues sont à chaque fois de véritables perles. Volontaire et pleine de ressources, la jeune fille n’a pas froid aux yeux et semble avoir le chic pour se mettre dans les situations les plus improbables, pour le plus grand plaisir du lecteur.

___Dans cet imbroglio de personnages délicieusement caricaturaux et de situations loufoques, « Oncle Derek » et la mère de Scarlett semblent incarner des points de repère essentiels à la jeune fille. Car alors qu’elle amorce lentement sa métamorphose vers l’âge adulte, l’innocence de Scarlett se heurte à la réalité sournoise d’un monde moins bienveillant qu’elle ne l’aurait cru. Victime des préjugés que son institutrice et ses camarades de classe nourrissent à l’égard de son père à la réputation houleuse, Scarlett découvre par ailleurs que les adultes (y compris ses propres parents) peuvent parfois mentir et ne se comportent pas toujours de façon exemplaire.

___Face à des adultes pas toujours bien intentionnées, et investie par son statut de grande sœur d’un sens du devoir et des responsabilités affirmé, Scarlett va être amenée à prendre des décisions importantes et faire des choix décisifs. Epaulée dans son enquête par Ellie, « l’insupportable » fille d’ « Oncle Derek », elle devra également apprendre à regarder au-delà des apparences et mettre ses préjugés de côté afin de trouver des réponses à ses questions. Car plus qu’une aide précieuse dans l’avancée de ses recherches, Ellie deviendra une véritable amie pour Scarlett qui prendra peu à peu conscience de l’influence positive que certaines personnes (aussi différentes soient-elles) peuvent exercer sur sa vie.

___Avec humour et sensibilité, l’auteure a su saisir tous les tourments et les questionnements de cet âge charnière, entre enfance et adolescence, le tout dans un esprit résolument positif et en véhiculant des valeurs essentielles. La notion de bien et de mal, la moralité, l’amitié, le deuil, la vérité, les préjugés… autant de questions clés abordées avec beaucoup d’intelligence et d’ingéniosité par l’auteure dans ce récit aussi court que foisonnant. Au-delà du simple jeu de piste drôle et divertissant, « Scarlett mène l’enquête » offre en effet un double niveau de lecture à la fois structuré et pertinent. Car comme le dit la jeune héroïne elle-même, au terme de cette chasse au trésor, c’est avant tout son père que Scarlett espère retrouver. Et en partant sur ses traces dans l’espoir de percer ses secrets et de comprendre qui il était, c’est finalement la question de sa propre identité que se pose la jeune fille. Dès lors, les nombreuses péripéties rencontrées, les choix auxquels elle va être confrontée et les décisions qu’elle devra prendre au cours de cette aventure sont autant de mises à l’épreuve déterminantes et d’indices révélateurs de sa véritable nature et de sa personnalité. Ainsi, plus qu’un simple récit d’aventure aux relents de mystère, c’est donc avant tout celui d’une quête d’identité que nous livre Fleur Hitchcock.

Avec « Scarlett mène l’enquête », Fleur Hitchcock s’inscrit dans la lignée des auteurs fédérateurs de la littérature jeunesse, capables de faire jaillir de leur imaginaire un univers original à souhait, et de créer des atmosphères uniques qui enchantent les lecteurs de tous âges.

Irrésistible et attachante, Scarlett incarne une héroïne pleine de malice et d’énergie. Avec ses aventures plus rocambolesques les unes que les autres et ses commentaires hilarants, elle s’attire d’emblée la sympathie du lecteur qui se régale de ses tribulations et de ses bons mots.

Malgré certains personnages stéréotypés et des situations ubuesques au point de pouvoir parfois sembler tirées par les cheveux, ce trait volontairement grossi colle parfaitement à l’esprit décalé et l’univers acidulé du roman. Le lecteur se laisse ainsi volontiers porter par la bonne humeur de cette intrigue menée tambour battant et portée par des personnages truculents. Les ressorts comiques, sans cesse renouvelés, fonctionnent à tous les coups et ne manqueront pas de tirer sourires et éclats de rire aux lecteurs même les plus âgés.

Mais sous couvert de cet univers léger et mâtiné d’humour, l’auteure aborde également des thèmes plus sérieux et profonds (la famille recomposée, le deuil, la loyauté,…) ainsi que des questions essentielles (la notion de bien et de mal, la vérité, la différence…). Offrant un double niveau de lecture bien pensé, la romancière parvient ainsi à combiner avec brio divertissement et réflexion, conférant à son ouvrage une indiscutable et appréciable plus-value.

A l’image de son héroïne, oscillant entre enfance et adolescence, le roman de Fleur Hitchcock ne semble se revendiquer d’aucun genre particulier. Compilant et entremêlant différents registres, « Scarlett mène l’enquête » est en effet à la fois un récit d’aventure bourré d’humour, un jeu de piste captivant et un vrai roman d’apprentissage.

Porté par une héroïne aussi pétillante qu’intrépide, « Scarlett mène l’enquête » est une lecture rafraichissante et pleine d’humour, qui séduira assurément aussi bien les jeunes lecteurs que les plus âgés ! Un roman que je vous recommande chaudement !

Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour leur confiance !

« Rose soie » de Camille Adler

___Après avoir totalement déserté le blog et délaissé les livres pendant plus d’un mois, j’essaie doucement de reprendre les commandes et de retrouver un semblant de rythme de lecture !
___Il faut dire (à ma décharge) que le mois d’octobre n’a pas été de tout repos pour moi, et que les mois à venir s’annoncent tout aussi éprouvants ! Entre les cours, les exposés, les démarches pour le stage de fin d’étude, et surtout la thèse…, je n’ai pas vraiment le temps de m’ennuyer (et pas beaucoup plus pour lire, malheureusement -_-‘’). Mais soyez assurés que, même croulant sous le travail et les impératifs, ma détermination et mon envie de poursuivre ce blog restent parfaitement intacts :). Et si je suis forcée d’admettre que les mois à venir risquent de s’avérer peu prolifiques, je vous assure de faire au mieux !

___Quelques mots sur mes lectures et articles à venir pour finir ; vous trouverez ci-dessous mon avis sur le roman de Camille Adler, « Rose soie », paru dernièrement aux éditions Milady. Je viens par ailleurs de terminer le roman « La Madone des maquis » de Sylvie Pouliquen aux éditions De Borée (inspiré de la vie de Virginia Hall). Un roman absolument passionnant et que j’ai littéralement dévoré ! Je vous en reparle bientôt ! 😀
Enfin, pas d’article Bilan de mes acquisitions pour le mois d’octobre, puisque je n’ai reçu que trois livres (deux dans le cadre des deux dernières opérations Masse Critique de Babelio et un partenariat avec les éditions De Borée). C’est ma PAL qui est contente ! ^^

___Je finis ce message en m’excusant donc pour ce mois de silence et pour les commentaires restés sans réponse (je vous promets d’y remédier dès ce week-end ! ;)). Et j’ai hâte de rattraper mon retard dans la lecture de vos articles ;).

Résumé

Au XIXe siècle, Rose de Saulnay, jeune femme de la haute société parisienne, est mariée à un homme violent, qui lui reproche son comportement et son goût pour la mode. A l’occasion d’un bal masqué, elle rencontre Alexander Wright, le couturier le plus en vue de la capitale. Lorsque la loi autorisant le divorce est votée, Rose trouve le courage de prendre sa vie en main et de quitter son époux. Mais il refuse.
Aidée par sa femme de chambre, elle s’enfuit et ouvre une boutique de confection. C’est le début d’une période difficile, entre le rejet de la société et celui de son époux. Mais grâce à Alexander Wright, Rose retrouvera foi en l’avenir et en l’amour.

Mon opinion

★★★☆☆

___Inscrivant son intrigue sous le signe de la romance, c’est au coeur de la Belle Epoque que Camille Adler a choisi de situer l’action de son premier roman. Avec « Rose soie », la jeune auteure s’essaie ainsi à un des genres les plus ardus de la littérature : le récit historique. Un exercice particulièrement périlleux puisque nécessitant, par définition, une parfaite maîtrise de son sujet et une connaissance approfondie de l’époque où est censée se dérouler l’intrigue.

___Face à cette double difficulté, la jeune romancière laisse pourtant rapidement entrevoir un réel potentiel. Grâce à un style agréablement fouillé, Camille Adler immerge en effet, très vite et sans difficulté, le lecteur dans l’ambiance du Paris de la fin du XIXème siècle. Combinant élégance et raffinement (et s’inspirant probablement de la plume de certains auteurs de l’époque), son écriture semble ainsi témoigner d’un souci évident d’authenticité et d’une quête d’excellence très appréciable !

___Pourtant, en dépit du soin tout particulier que Camille Adler semble avoir porté à l’écriture, la romance concoctée par l’auteure ne parvient malheureusement pas à éviter les écueils du genre. En effet, plombée par une construction trop académique et convenue, qui laisse dès lors peu de place aux effets de surprise, l’intrigue de « Rose soie », cousue de fil blanc de bout en bout, peine à faire mouche ! Malgré un effort évident sur la forme, le fond du récit manque donc encore d’aboutissement et d’un soupçon de génie pour véritablement éblouir le lecteur qui ne tarde pas à deviner la tournure des évènements et l’issue parfaitement prévisible du récit. Les rouages de l’intrigue nous deviennent en effet rapidement évidents, et l’on ne peut s’empêcher de repérer bientôt les nombreuses coïncidences, bien trop flagrantes pour être réellement plausibles, tout en anticipant sans grande difficulté le rôle clé que vont être amenés à jouer certains protagonistes.

___Par ailleurs, ne prenant pas suffisamment le temps d’installer les situations porteuses de sens et propices à l’instauration d’une véritable tension dramatique, l’auteure peine à faire émerger des enjeux assez forts pour tenir le lecteur en haleine et, fragilisée par une succession de difficultés trop facilement surmontées par l’héroïne, la légèreté de l’intrigue prend bientôt le pas sur des thématiques et des axes de réflexion plus consistants. Ainsi, si à travers le combat de son héroïne, Camille Adler nourrit l’intention louable d’explorer le thème (bien qu’archi-rebattu) de l’émancipation de la femme, le traitement du sujet se révèle un peu trop attendu et superficiel pour marquer les esprits. Dans un souci davantage esthétique que de réflexion, la romancière semble en effet concentrer ses efforts sur les aspects plus anecdotiques du récit (en particulier la description des tenues vestimentaires) au détriment d’un travail plus appuyé sur la psychologie de ses personnages ou d’une meilleure exploitation du contexte historique. Un parti-pris qui aboutit à diluer peu à peu les thématiques fortes de l’histoire dans des sujets de moindre consistance, contribuant à amputer l’intrigue d’une grande part de son potentiel tout en lui faisant perdre en puissance et en profondeur.

___De la même manière, « Rose soie » ne parvient malheureusement pas toujours à échapper aux clichés inhérents au genre, à travers des situations et des dialogues parfois mièvres et édulcorés, donnant alors à l’intrigue des accents un peu trop prononcés de romance à l’eau-de-rose. Par ailleurs, si certaines phrases semblent parfois revêtir des accents de Zola, la beauté du style demeure globalement inconstante, laissant en fin de compte peu de doutes au lecteur quant à l’époque à laquelle a été écrit le roman. Les constructions recherchées et poétiques laissent ainsi de temps à autres la place à des dialogues sonnant faux, car dépouillés et artificiels, qui contrastent lourdement avec le raffinement et la subtilité d’autres passages. Un sentiment d’autant plus marqué que l’écriture sombre parfois dans la lourdeur et la pédagogie dès lors que l’auteure tente de glisser (mais de façon assez maladroite) certaines informations relatives aux moeurs de l’époque.

___A noter, pour finir, les multiples allusions à diverses oeuvres littéraires et cinématographique dont l’auteure imprègne son intrigue. Car en dehors du contexte historique qui évoque immanquablement Zola, Camille Adler mâtine en outre son récit d’autres références à des oeuvres célèbres. Ainsi, le britannique et mystérieux Alexander Wright n’est pas sans rappeler le personnage de Darcy imaginé par Jane Austen, tandis que certaines répliques semblent tout droit tirées du film Titanic (sans parler du prénom parfaitement évocateur de l’héroïne 😉 !). Ce soupçon de Zola dans le style, cette pointe de Jane Austen dans les personnages et ce zeste de Titanic dans les dialogues, apparaissent comme autant d’ingrédients de choix dans l’élaboration d’une intrigue de qualité, mais paradoxalement, leur mélange ne parvient jamais à complètement prendre au cours du récit. Car si les clins d’oeil sont plutôt bien pensés et les intentions louables, il manque définitivement à l’ensemble une touche de personnalité et un brin d’originalité pour que l’alchimie puisse opérer. De fait, bien que sympathiques, cette surenchère de références s’empilant les unes sur les autres finit à terme par desservir l’intrigue, allant même jusqu’à lui faire perdre de son identité propre. Un constat d’autant plus dommageable que l’idée initiale était pourtant alléchante et le désir d’hommage tout à fait louable…

Avec « Rose soie », Camille Adler nous livre une romance historique sans prétention, qui séduira à coup sûr les amateurs du genre en quête d’une lecture légère, tout en laissant probablement sur leur faim ceux désireux d’un récit historiquement plus abouti. Si l’auteure semble donc embrasser pleinement le parti-pris du divertissement, la construction trop sage du récit combinée à la prévisibilité désarmante de l’intrigue laissent malheureusement peu de place à de grands moments d’émotion pour le lecteur qui ne tarde pas à mettre à jour tous les tenants et aboutissants de l’histoire. En dépit d’un style luxuriant et raffiné, évoquant par moments les auteurs du XIXème siècle, l’intrigue cousue de fil blanc et le contexte historique relativement peu exploité ne permettent cependant pas d’offrir de véritable bijou de réflexion quant au thème de l’émancipation de la femme à cette époque.

Si « Rose soie » manque donc encore d’originalité et de caractère pour pleinement convaincre, Camille Adler laisse déjà entrevoir, avec ce premier roman, des qualités d’écriture indéniables et un potentiel certain ! Une jeune auteure prometteuse et à suivre de près !

Je remercie chaleureusement Babelio et les éditions Milady pour leur confiance !

« Ashford Park » de Lauren Willig

 

 

 

 

 

 

Résumé

Juriste dans une grande entreprise new-yorkaise, Clementine a tout sacrifié à sa carrière. A trente-quatre ans, c’est seule qu’elle se rend à la fête d’anniversaire organisée pour les quatre-vingt-dix-neuf ans de sa grand-mère, Addie. Pendant les festivités, Clementine découvre un secret de famille enfoui depuis des années.Lorsqu’elle arrive à Ashford Park, en 1905, Addie a à peine cinq ans et est orpheline. Bien que son oncle et sa tante lui fassent comprendre qu’elle n’a été recueillie que par charité, elle passe une enfance et une adolescence heureuses auprès de sa cousine, la belle et audacieuse Bea. Quand la guerre éclate, leurs chemins se séparent. Addie s’engage comme infirmière tandis que Bea fait un mariage de convenance. Après un scandaleux divorce, cette dernière quitte Londres pour épouser le petit ami d’Addie, et s’enfuir avec lui au Kenya. Les deux cousines ne se parleront plus pendant quelques années jusqu’au jour où Bea supplie Addie de venir lui rendre visite en Afrique.Leurs retrouvailles sont de courte durée : Bea disparaît tragiquement lors d’un safari, ne laissant derrière elle qu’une écharpe ensanglantée. Que lui est-il arrivé ? A-t-elle été assassinée, attaquée par des fauves ? S’est-elle enfuie ? Si les retrouvailles avec sa cousine ne furent pas celles qu’Addie espérait, elles lui laissent entrevoir un tout autre avenir.

Mon opinion

★★

___Toute sa vie, la mère de Clemmie s’est efforcée d’inculquer à sa fille l’importance de la réussite professionnelle et de l’autonomie financière. Mais à trente-six ans et après avoir fait de nombreux sacrifices pour son travail, force est de constater que la vie personnelle de la jeune avocate est sens dessus dessous : entre des fiançailles fraîchement rompues, un patron tyrannique qui ne lui laisse pas une seconde de répit et une harmonie familiale plombée par les tensions ambiantes et des secrets latents, Clemmie désespère de voir le vent enfin tourner.

___Sa vie va pourtant soudainement basculer le jour de l’anniversaire de sa grand-mère, Addie. A quatre-vingt-dix-neuf ans, très affaiblie et rendue confuse par son nouveau traitement, la vieille femme semble ne pas reconnaître sa petite-fille qu’elle confond avec une dénommée « Bea ». Cet évènement va être l’élément déclencheur d’une prise de conscience pour Clemmie qui réalise avec effroi qu’elle ne connaît finalement que peu de choses concernant la vie de sa grand-mère. Avec l’aide de Jon, le fils par alliance de sa tante, Clemmie est bien décidée à trouver des réponses à ses questions, quitte pour ce faire, à déterrer des secrets de famille jusqu’alors soigneusement enfouis.

___En 1906, Addie, la grand-mère de Clemmie, n’a pas encore 6 ans quand, après avoir subitement perdu ses parents dans des circonstances tragiques, elle se retrouve orpheline et est confiée à son oncle et sa tante, lord et lady Ashford. En tant que fille du frère cadet du sixième comte, Addie est une parente pauvre. Une situation que ne manque pas de lui rappeler sa tante qui lui témoigne, dès leur première rencontre, une hostilité à peine dissimulée. La fillette se retrouve donc contrainte de quitter sa petite maison de Guilford Street ainsi que sa gouvernante, Mlle Ferncliffe, afin d’aller vivre à Ashford Park, un château de style néoclassique aux dimensions vertigineuses.

____Malgré les années qui passent, les relations entre Addie et sa tante ne s’améliorent pas et la fillette peine à trouver sa place au sein de la famille. Car à la différence des autres Gillecote, Addie doit sans relâche redoubler d’effort pour se faire pardonner d’être issue d’un père dévoyé et d’une mère roturière et romancière à scandale. « Elle était donc censée se montrer deux fois plus convenable, fournir deux fois plus d’efforts qu’elles, pour faire oublier ses origines. Les autres étaient des Gillecote de plein droit ; elle devait se donner du mal pour mériter son nom. ». Dans son malheur, Addie peut néanmoins compter sur l’affection de sa cousine, Béa qui ne tarde pas à la prendre sous son aile. Si chacune voit en l’autre la soeur idéale qu’elle a toujours rêvé d’avoir, les années passant et les évènements marquants se succédant ne tarderont pas à faire resurgir leurs différences et à mettre leur affection à l’épreuve.

___Parmi les bouleversements de ce début du XXème siècle, la première guerre mondiale marquera de sa trace indélébile l’ensemble des habitants d’Ashford Park et la société toute entière. Espoir, déni ou désenchantement, chacun des protagonistes appréhende la tragédie et ses conséquences à sa façon, à l’image de l’inflexible Lady Ashford, qui refuse obstinément de voir que la monde a changé : « Il faut dire que ces temps-ci elle s’horrifiait de tout, depuis que la guerre avait mis le monde sens dessus dessous, décimé toute une génération de prétendants potentiels, et assoupli les anciens codes sociaux et les règles morales. En ce qui concernait les autres, bien sûr. Mère avait fermement refusé de se plier à ces nouvelles moeurs. Corsetée comme la reine Mary, elle continuait à faire le tour des mêmes salons dans les mêmes maisons, faisant semblant de ne pas remarquer les vides laissés par les morts, le rouge à lèvres trop vifs, la nouvelle musique. Si elle décidait de l’ignorer, rien de tout cela n’existait. »

A l’inverse de sa mère, Bea a parfaitement conscience des bouleversements engendrés par la guerre. Au contraire d’Addie, dont les parents se sont mariés par amour et ont toujours vécu dans une insouciance bohème, elle appartient à un monde où l’amour n’a pas sa place dans les alliances entre grandes familles, et dans lequel « le mariage était un contrat, pas un roman ». Après avoir rêvé des années durant de faire son entrée dans le monde, la guerre a rompu le charme des illusions d’antan et Bea ne tarde pas à déchanter face à l’insipidité du milieu doré auquel elle appartient : « En proie à un indicible sentiment d’ennui, Bea parcourut la salle du regard. La saison des bals était largement entamée et elle avait l’impression que c’était toujours la même soirée qui se répétait sans fin : les mêmes gens, les mêmes vêtements, la même musique, les mêmes serpentins défraichis, les mêmes chaises dorées occupées par les mêmes douairières somnolentes.

C’était ce à quoi elle était destinée. Ce qu’elle avait attendu pendant toutes ces longues années, ces heures interminables dans la nursery, à Ashford. C’était censé être cela, la vie ! L’amour ! L’aventure ! Et qu’avait-elle en définitive ? Des glaces tièdes de chez Gunter, des filles en robe aux tons pastel fanés, et une salle de bal remplie d’hommes grisonnants de l’âge de son père et des garçons tout juste sortis de l’école, qu’on avait réquisitionné pour compléter l’assemblée. L’orchestre jouait une valse dénuée d’entrain. L’armistice avait été signée depuis huit mois, mais Londres ne s’était pas encore remis des épreuves de la guerre. ». Quant à Frederick, il a ramené de nombreux traumatismes des champs de bataille. Désillusionné, son pessimisme offre un contraste saisissant avec la nature ingénue et résolument idéaliste d’Addie. A travers les échanges de ces deux jeunes gens aux visions radicalement différentes, Lauren Willig nous offre d’ailleurs des dialogues brillant d’intelligence !

___A travers la vie d’Addie, de Bea et de leur entourage, l’auteure nous offre ainsi un portrait remarquable des bouleversements engendrés par la Première Guerre Mondiale et des répercussions sociétales qui en découlèrent. Désir de se libérer des contraintes sociales ou d’oublier les horreurs des champs de bataille, la jeunesse des années folles s’enivre de jazz et de plaisirs nocturnes. Une frénésie d’oubli et de fêtes s’empare de la population ; beaucoup tentant d’oublier l’amertume d’un passé de ruine et de deuil ainsi que les incertitudes quant à l’avenir à travers l’alcool ou la drogue.

___Mêlant habilement petites histoires à la grande Histoire, Lauren Willig démontre un talent de conteuse hors pair et un sens du dialogue affirmé. A travers les histoires croisées d’Addie et de Clemmie, l’auteure nous offre un voyage dans le temps et l’espace. De l’Angleterre aux Etats-Unis, en passant par le Kenya, l’immersion est toujours parfaitement réussie.

___Récits passé et présent s’articulent à la perfection, révélant peu à peu les moindres détails d’une intrigue captivante sur fond de non-dits et de secrets de famille, qui nous emporte de la première à la dernière page. Si je m’attendais à des révélations plus surprenantes et à des rebondissements moins attendus, j’ai en revanche été éblouie par le travail réalisé sur la psychologie des personnages ainsi que le soin apportée à l’écriture, riche en références littéraires. Lauren Willig émaille en effet son récit de multiples clins d’oeil à de nombreux auteurs (allant de Frances Burnett à Evelyn Waugh, en passant par Jane Eyre de Charlotte Brontë), témoignant de l’amour indéniable de l’auteure pour la littérature anglaise. Certaines scènes dans la nursery avec les deux cousines enfants ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les romans de Frances Hodgson Burnett tant l’influence exercée par la romancière anglaise est palpable ! Autant de références subtilement distillées qui confèrent au roman de Lauren Willig une atmosphère unique et un véritable charme.

Oscillant habilement entre passé et présent, « Ashford Park », premier roman de Lauren Willig traduit en français, convie le lecteur dans l’’intimité d’une famille à l’histoire jonchée de secrets, au décours d’une intrigue le faisant voyager de l’Angleterre du début du XXème siècle aux Etats-Unis d’aujourd’hui en passant par le Kenya. Avec un sens du dialogue affirmé et un talent de conteuse hors pair, Lauren Willig nous dévoile les blessures enfouies de ses personnages avec une remarquable justesse psychologique et une pudeur constante.

Prenant soin d’inscrire son récit dans l’Histoire avec un grand H, elle montre les bouleversements sociaux engendrés par la grande Guerre et les traumatismes physiques et psychologiques qu’elle a entraînés.

Si on peut regretter la prévisibilité de la plupart des révélations et des rebondissements mis en scène par l’auteure, cet écueil scénaristique est cependant rapidement pardonné au vu de l’écriture maîtrisée et riche en références littéraires qui articule avec brio récits passé et présent.

Une superbe découverte qui me donne très envie de découvrir le reste de la bibliographie de cette auteure au succès décidément mérité. Il va sans dire que j’espère sincèrement voir prochainement d’autres romans de Lauren Willig enfin traduits en français.

Je remercie chaleureusement les éditions Presses de la Cité pour cette belle découverte et salue leur initiative de nous offrir enfin avec « Ashford Park » une traduction d’un des romans de Lauren Willig !

« Broadway, tome 1 : Une rue en Amérique » de Djief

Résumé

Carrefour entre les extravagances du music-hall et les « speakeasies » baignant dans les vapeurs prohibées d’alcool frelaté, Broadway ne dort jamais. Ses façades parées d’enseignes lumineuses attirent les hommes et les femmes qui vouent un culte à la nuit. Gangsters, écrivains, danseuses, nouveaux riches ou célébrités, tous se donnent rendez-vous sur la « grande voie blanche », animés d’un même désir : saisir le rêve et le faire sien.
Le « 
Chapman’s Paradise » est fermé momentanément : à la mort de Walter, Lenny et George Chapman décident de reprendre la direction de l’établissement. Mais le suicide de l’aîné des trois frères a couvert le club d’une mauvaise aura : il est déserté par ses chorus girls, et les deux frères ne connaissent pas encore grand-chose au monde du showbiz. Faisant fi de leur inexpérience, Lenny et George font le pari de rassembler une nouvelle troupe, et surtout de faire du cabaret un lieu incontournable de Broadway.
Fanny King, une chorus girl ingénue et un peu distraite, s’est fait renvoyer du club qui l’employait à cause de son animal de compagnie. Mais la jeune femme est d’une nature optimiste et entreprenante ; ses recherches la mènent tout droit au Chapman’s Paradise.

Mon opinion

 Décidément, il flotte comme un vent de prohibition et de charleston sur le blog en ce moment ! Après une première immersion dans les années folles avec le roman de Suzanne Rindell, « Vice & vertu », je réitère l’expérience, cette fois en BD !

___Premier opus d’une série en deux tomes, « Une rue en Amérique » nous propulse au coeur de la plus animée des avenues newyorkaises, Broadway.

___Au centre de l’intrigue, le chapman’s Paradise, un cabaret à l’avenir sévèrement compromis depuis que son précédent propriétaire s’est brutalement donné la mort. Contraint à la fermeture, l’établissement en péril est en passe de finalement renaître de ses cendres grâce à Lenny et Georges, les deux frères du défunt, décidés à reprendre l’affaire en main.

___Mais le monde du spectacle se révèle rapidement être un univers sans pitié, comme vont l’apprendre à leurs dépens les deux nouveaux propriétaires. Rivalités entre établissements et leurs détenteurs, vedette aux ambitions dévorantes, et tentatives d’intimidations par la pègre viennent ainsi bientôt enrayer la mécanique et ternir l’enthousiasme des deux frères.

___Dans ce milieu féroce et trouble, Lenny et Georges vont devoir s’armer de courage et faire preuve de ténacité pour mener à bien leur projet et perpétuer ainsi l’entreprise familiale.

___Porté par des personnages hauts en couleurs et un rythme alliant à la perfection dynamisme et fluidité, Djief signe avec « Une rue en Amérique » le premier tome d’un dyptique s’annonçant aussi captivant que prometteur dans une ambiance des années folles immersive et convaincante de bout en bout.

___La justesse dans l’enchaînement des dialogues et les nombreuses péripéties qui émaillent l’intrigue insufflent un rythme enfiévré de circonstance à ce premier tome qui nous plonge au coeur des coulisses d’un cabaret à une époque où la Prohibition bat son plein. Auditions des artistes, répétitions en chaîne, amitiés et inimitiés au sein de la troupe… le lecteur assiste avec émerveillement (et parfois stupeur) à tout ce qui se joue dans les coulisses d’un cabaret.

Extrait de “Une rue en Amérique: Broadway, t.1″ MC productions/Quadrants/Djief © 2014

___Le trait alerte de Djief et les couleurs aux tonalités sepia restituent à merveille l’atmosphère désuète et capiteuse caractéristique des années 20 conférant un vrai cachet à la BD.

Extrait de “Une rue en Amérique: Broadway, t.1″ MC productions/Quadrants/Djief © 2014

___A ce coup de crayon précis et élégant, s’ajoute une galerie de personnages pourvus d’autant de charme que les décors fourmillant de détails dans lesquels ils évoluent. Doté chacun d’une personnalité bien marquée, Djief parvient à croquer leurs traits de caractère avec beaucoup d’adresse à travers la justesse de la palette de leurs expressions. De George, père de famille épanoui à l’enthousiasme communicatif, à son frère Lenny, plus terre-à-terre et en quête de reconnaissance d’une mère qui semble toujours lui avoir préféré ses frères, sans oublier la maladroite et ingénue Fanny, inséparable de son furet et véritable catastrophe ambulante qui rêve de gloire… autant de figures attachantes dont le lecteur suit les joies et les déboires avec un intérêt non dissimulé.

___Finalement, le seul « regret » de ce premier tome, réside probablement dans l’absence de véritable suspense ou d’enjeu dramatique susceptible d’insuffler davantage de profondeur à l’histoire. Car si quelques indices laissent bien entrevoir les prémices d’un tournant plus sombre dans l’intrigue, ce n’est que dans les toutes dernières planches que la menace devient réellement explicite. L’intrigue, encore balbutiante, révèle néanmoins ici tout son potentiel et laisse présager un deuxième tome captivant… que je ne manquerai sous aucun prétexte !

Si les lecteurs avides de BD au scenario abouti et riche en tension dramatique resteront certainement sur leur faim avec ce premier opus, les amateurs des Années Folles en quête d’ambiance authentique et surannée seront pour leur part indubitablement conquis par la qualité de la restitution offrant une immersion parfaitement réussie dans les années 20 !

Faisant plonger le lecteur dans le secret des coulisses d’un cabaret en plein coeur de Broadway, Djief met en place les bases d’une intrigue encore balbutiante mais qui nous laisse néanmoins déjà entrevoir tout son potentiel.

Avec un coup de crayon précis et dynamique allié à un savant découpage et une articulation parfaite des séquences, l’auteur nous offre un véritable ravissement visuel et les prémices d’une série de qualité. A découvrir absolument !

Merci à Babelio et aux éditions Quadrants pour cette très belle découverte !