« Mystic City » de Theo Lawrence

 

 

 

 

 

 

Résumé

Aria Rose, la plus jeune héritière d’une des deux plus puissantes familles rivales de Mystic City, se retrouve promise à Thomas Foster, le fils des pires ennemis de ses parents. Leur union est sensée mettre fin à des décennies de vendetta politique, et réunir les habitants des Aeries, la classe dominante de la ville, contre les Mystiques bannis qui errent et fomentent dans ses bas-fonds.

Mais Aria ne se souvient pas être tombée amoureuse de Thomas ; de fait : elle se réveille un matin avec de grandes zones d’ombres dans sa mémoire. Et elle ne parvient pas à comprendre pourquoi ses parents auraient accepté de s’unir aux Foster en premier lieu. Quand Aria rencontre Hunter, un rebelle et séduisant Mystique des bas-fonds, elle commence à retrouver des bribes de souvenirs, et comprend qu’il détient la clé de son passé.

Les choix qu’elle sera amenée à faire sauveront ou condamneront la ville – et sa propre existence.

Mon opinion

★★

___Premier tome d’une trilogie dystopique, « Mystic city » nous propulse dans un Manhattan futuriste, sévèrement affecté par le réchauffement climatique.

___La couche la plus aisée de la population vit dans les Hauteurs, un large réseau de gratte-ciels interconnectés par des passerelles et des lignes de photorail, devenu leur principal moyen de transport. Les plus pauvres quant à eux occupent les Bas-fonds de la ville, côtoyant la touffeur, l’insalubrité et la misère. Outre la classe populaire, cette partie de Manhattan abrite également les Mystiques, des êtres humains dotés d’une énergie puissante qui leur confère des pouvoirs particuliers. Autrefois, les Mystiques étaient des gens respectés qui, grâce à leurs pouvoirs, contribuèrent largement à la transformation de la ville. Après la Conflagration de la fête des Mères (un attentat imputé aux Mystique qui fit de nombreuses victimes), la ville a parqué l’ensemble de cette tranche de la population dans le Bloc et a commencé à drainer régulièrement leurs pouvoirs afin de les rendre inoffensifs. Certains Mystiques « rebelles » refusèrent de se déclarer auprès des autorités pour passer au drainage et se cachent depuis dans les souterrains de la ville.

___Gangrénée par les inégalités entre les classes et les rivalités de clan, la paix sociale apparente semble plus fragile que jamais. Car au sein même des Hauteurs, une guerre politique fait rage et divise la population depuis plusieurs années.Les Rose et les Foster furent ainsi des rivaux politiques durant de nombreuses générations. Pourtant, l’approche des élections municipales va remettre en question toutes ces rivalités et bouleverser l’échiquier politique. En effet, le mandat du maire actuel de la ville arrive à son terme et pour la première fois depuis la Conflagration, il y a trois candidats à la mairie, parmi lesquels Violet Brooks, qualifiée de Mystique radicale. Face à la « menace mystique », les clans des Rose et des Foster ont ainsi décidé d’enterrer la hache de guerre afin d’unir leurs forces. Dans ce contexte, l’union d’Aria Rose et de Thomas Foster arrive à point nommé pour marquer cette réconciliation et tirer le trait sur des décennies de confrontation. Un plan apparemment parfaitement orchestré mais qui ne va pourtant pas se dérouler comme prévu. Après une overdose de Stic (une drogue à base d’énergie mystique distillée) qui a failli lui coûter la vie, Aria a en effet perdu une partie de la mémoire. La jeune fille n’a aucun souvenir de la période précédent cet « incident » et alors qu’elle tente désespérément de retracer le fil de ses souvenirs, l’adolescente va faire des découvertes qui vont être lourdes de conséquence.

___Présenté comme un roman jeunesse dystopique s’inspirant de « Roméo et Juliette », « Mystic city » nous propulse dans un Manhattan futuriste et métamorphosé par le réchauffement climatique. L’élévation du niveau de la mer a plongé le sous-sol de la ville sous les eaux, et la tranche la plus aisée de la population vit littéralement « suspendue » au-dessus des plus pauvres et des Mystiques qui peuplent les Bas-fonds. Les progrès scientifiques et technologiques se heurtent à une société rongée par les inégalités et la corruption. Afin de préserver leurs intérêts personnels et d’assouvir leurs desseins politiques, les Foster et les Rose ne reculent devant rien. En fin calculateurs sans scrupules, ils n’hésitent pas à manipuler leurs propres enfants pour arriver à leurs fins.

___C’est dans ce contexte qu’Aria se retrouve ainsi malgré elle, victime des agissements d’un père machiavélique et aveuglé par ses ambitions politiques.Manipulations, règlements de compte, trahisons s’enchaînent au décours de ce récit sans temps mort dans lequel l’auteur n’épargne aucun de ses personnages. Au-delà de la violence physique, c’est bien la cruauté de la terrible machination qui se dessine peu à peu et enserre Aria dans ses filets qui frappe le lecteur.

___Luttant avec elle-même pour retrouver la mémoire, la jeune fille enchaîne les découvertes troublantes. Douloureusement, sa conscience s’éveille sur les véritables intentions des gens qui l’entourent et les évènements passés. Et il faudra beaucoup de sang-froid et de courage à Aria pour faire face à la vérité et entreprendre les bons choix dans ce jeu perpétuel de manigances et de faux-semblants.

___Si j’ai parfois pu lire que certains lecteurs déploraient l’aveuglément d’Aria, j’ai au contraire trouvé qu’elle se révélait être une héroïne relativement perspicace au vu des évènements qu’elle traversait. S’il est effectivement facile pour le lecteur de formuler rapidement quelques soupçons et de deviner ou d’anticiper certaines révélations de l’intrigue, j’aurais trouvé peu crédible qu’Aria découvre les choses aussi rapidement qu’un observateur externe. Et c’est d’ailleurs bien le réalisme de ses réactions et sa sincérité qui font d’Aria un personnage attachant, apte à susciter l’empathie du lecteur.

___S’il ne m’a fallu que quelques chapitres pour mettre à jour les intentions de l’auteur et deviner les tenants et aboutissants de toute l’intrigue, la prévisibilité n’est malheureusement pas le seul écueil de cette histoire qui pâtit en outre de certaines incohérences et d’éléments peu crédibles dans son déroulement.

___Pourtant, en dépit de ces multiples faiblesses, ce ne sont ni les faux pas de l’intrigue ni les maladresses dans sa construction que je retiens de ce premier tome, mais bel et bien le potentiel considérable de l’univers bâti par l’auteur et les multiples touches d’ingéniosité qui émaillent l’intrigue. L’univers ébauché par Theo Lawrence est séduisant et plein de potentiel et je regrette sincèrement que l’auteur n’ait pas davantage pris le temps de le développer, préférant consacrer le peu de description à la musculature des personnages masculins ou à la manière dont cette dernière est mise en valeur par leurs vêtements moulants. Autant de descriptions aussi inutiles que répétitives qui me firent lever les yeux au ciel à de multiples reprises.

___Ainsi, si l’ensemble manque pour l’heure de profondeur, le premier tome de cette nouvelle saga dystopique laisse néanmoins entrevoir les contours d’un univers fertile et d’une intrigue prometteuse. Reste à savoir si le second tome parviendra à combler mes attentes… quoi qu’il en soit, je serai au rendez-vous !

Merci à Babelio et aux éditions Pocket Jeunesse pour l’envoi de ce roman dans le cadre de l’opération Masse critique ! 🙂

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« Belle Epoque » de Elizabeth Ross

 

 

 

 

 

 

Résumé

___« Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d’emblée plus attirante. »

Lorsque Maude Pichon s’enfuit de sa Bretagne natale pour échapper à un mariage dont elle ne veut pas, elle monte à Paris, ville-lumière en ébullition à la veille de l’exposition universelle de 1889. Hélas, ses illusions romantiques s’y évanouissent aussi rapidement que ses maigres économies. Elle est désespérément à la recherche d’un emploi quand elle tombe sur une petite annonce inhabituelle : « On demande de jeunes filles laides pour faire un ouvrage facile. » L’Agence Durandeau propose en effet à ses clients un service unique en son genre : le repoussoir. Son slogan ? « Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d’emblée plus attirante. » Étranglée par la misère, Maude postule…

Mon opinion

★★

« A Paris, tout se vend : les vierges folles et les vierges sages, les mensonges et les vérités, les larmes et les sourires. »

___Tels sont les premiers mots de la courte nouvelle « Les Repoussoirs » d’Emile Zola qui nous relate comment un industriel, nommé Monsieur Durandeau, a fondé une agence de location de femmes laides qui vont servir de faire-valoir à des clientes issues de la bonne société. Ainsi naissent donc les Repoussoirs, ces filles sans attrait « que l’on prend au bras et que l’on promène sur les trottoirs pour rehausser sa beauté et se faire regarder tendrement par les jolis messieurs ! ».

___Nous sommes en 1888, à Paris. C’est la Belle Epoque : une ère de décadence, de changements et surtout, de beauté. Fraichement débarquée à Paris pour échapper à un mariage arrangé par son père, Maude âgée de 17 ans, rêve de troquer son destin déjà scellé contre une nouvelle vie dans la capitale. Mais la jeune fille va rapidement déchanter. La vie à Paris est loin d’être aussi romantique et exaltante qu’elle l’avait imaginée ; et sans argent ni projets, Maude cherche désespérément un travail.

___Un jour, elle tombe par hasard sur une annonce affichée dans la rue et émanant de l’Agence Durandeau qui promet un ouvrage facile à de jeunes femmes. Dans sa précipitation, Maude ne la lit qu’en diagonale et ne saisit pas que l’offre d’emploi s’adresse en réalité à des jeunes femmes laides dont le travail consiste à tenir le rôle de faire-valoir. A peine a-t-elle mis les pieds à l’Agence que M. Durandeau la présente à une riche cliente, la Comtesse Dubern, qui cherche une « compagne » pour sa fille, Isabelle.

___Lorsque Maude prend finalement conscience de sa méprise et du véritable rôle qu’on lui demande de tenir, la jeune fille, d’abord scandalisée par le procédé, réalise pourtant bientôt qu’elle n’a pas les moyens de refuser cet emploi, aussi dégradant et humiliant qu’il puisse être. La garantie d’un salaire confortable aura raison de ses dernières réticences et la poussera à accepter la proposition de monsieur Durandeau.

___Outre l’humiliation infligée par sa position de repoussoir, la nouvelle recrue doit également faire face à d’autres difficultés. En effet, Isabelle ignore que Maude a été engagée par la Comtesse afin de l’espionner et de la manipuler pour qu’elle contracte une union avantageuse. A mesure que Maude se rapproche d’Isabelle, le secret de sa réelle identité devient plus lourd à garder. Et bientôt, la jeune repoussoir comprend qu’elle va devoir faire un choix irrévocable et lourd de conséquence : continuer à jouer la comédie afin de protéger ses intérêts tout en ruinant le bonheur et les espoirs d’Isabelle, ou bien dire toute la vérité et sacrifier son propre avenir.

___S’inspirant de la nouvelle de Zola, « Belle Epoque » reprend et exploite le thème central des Repoussoirs, ces jeunes filles sans attrait engagées par des aristocrates afin de mettre en valeur leur beauté. Afin de mieux servir son intrigue, Elizabeth Ross a légèrement modernisé le cadre historique de la nouvelle, situant l’action de son récit environ 30 ans après la publication du texte d’Emile Zola.

___Le Paris à la Belle Epoque constitue donc la toile de fond de ce roman. Période de paix et de grand optimisme, riche en découvertes scientifiques et technologiques, elle incarne un tournant décisif vers la modernité.

___Si l’on est loin des descriptions d’une précision clinique de Zola, Elizabeth Ross parvient cependant à retranscrire de manière tout à fait acceptable l’atmosphère de l’époque en s’appuyant sur des détails astucieusement choisis et à grande portée symbolique.

___Ainsi, la construction de la Tour Eiffel en vue de l’exposition universelle de 1889, sert de véritable fil rouge à l’intrigue principale. Un choix particulièrement judicieux de la part de l’auteure compte tenu du thème central de son roman. Car la tour de Gustave Eiffel incarne parfaitement une des questions au coeur du récit, à savoir la nature de la beauté.

___Monstre de fer défigurant Paris pour certains, la Tour Eiffel était pour d’autres une merveille d’élégance et de modernité, témoignant des progrès industriels et de l’innovation de l’époque. Aussi décriée qu’adulée, elle témoigne du caractère complexe et relatif de la beauté et incarne une époque au tournant du siècle, déchirée entre modernité et traditions. A travers « Belle Epoque », Elizabeth Ross nous démontre à quel point les standards de beauté évoluent avec le temps et changent d’une société à l’autre.

« Eiffel a mis la dernière main à sa tour. À la fois gracieuse et forte, altière et imposante, elle me fait penser le jour à une girafe de fer, la nuit à un phare. J’espère qu’elle restera longtemps en place, même quand l’effet de nouveauté se sera estompé. J’ai envie que cette beauté qui sort des conventions traverse les siècles. […]Il y a d’innombrables merveilles à voir à l’Exposition universelle : le phonographe d’Edison, la Galerie des machines et même la reproduction grandeur nature d’un village égyptien. Mais c’est la tour d’Eiffel qui attire les foules et déchaîne les passions. »

___Mais au-delà du questionnement sur la nature de la beauté, « Belle Epoque » relate aussi la merveilleuse histoire d’amitié qui va progressivement unir deux jeunes filles issues de catégories sociales opposées. D’un côté, il y a Maude, petite provinciale à la vision fantasmée de la capitale, qui rêve de brader la précarité de son quotidien contre le train de vie dispendieux d’Isabelle. De bals en réceptions, la jeune fille va ainsi se laisser peu à peu enivrer par le monde d’opulence et de décadence qui s’ouvre devant elle… au risque de s’y perdre. A l’inverse, Isabelle n’aspire qu’à s’extraire de sa cage dorée pour réaliser son rêve : entrer à l’université afin d’y étudier les sciences.

___En dépit de leurs différences, Maude et Isabelle aspirent donc toutes deux à se libérer des carcans de leurs conditions sociales. Au contact l’une de l’autre et au gré de leurs échanges, les deux jeunes filles vont progressivement prendre confiance en elles pour finalement prendre en main leurs destins.

___D’un point de vue historique, on peut donc louer les efforts de l’auteure pour exploiter ainsi le contexte de la Belle Epoque afin de mettre en valeur son intrigue. Loin de n’en faire qu’un simple écrin pour son récit, Elizabeth Ross multiplient les images symboliques afin de donner davantage de profondeur à l’histoire et d’appuyer son propos.

___Si j’ai apprécié les questionnements soulevés par l’auteure tout au long de son roman, sur le fond, l’intrigue de « Belle Epoque » est malheureusement sans surprisepour le lecteur qui assiste, impuissant, aux mauvais choix de Maude et à leurs conséquences aussi prévisibles qu’inéluctables. On devine rapidement que la vérité éclatera tôt ou tard et que les répercussions de ces révélations seront lourdes de conséquence pour nos deux héroïnes.

___Pourtant, malgré une intrigue convenue et sans surprise, je n’ai pas boudé mon plaisir de lire un roman young adult proposant une intrigue se basant sur une idée originale et exploitant plutôt judicieusement le contexte historique abordé. J’ai été séduite par les nombreux thèmes évoqués, allant de la critique des standards de beauté à la place des femmes dans la société. Même si la démonstration manque certes d’un peu d’envergure pour pleinement convaincre, l’intention n’en est pas moins louable.

Un roman qui sort des sentiers battus, et un très bon moment de lecture.

« Le cercle des confidentes, tome 1: Lady Megan » de Jennifer McGowan

 

 

 

 

 

 

Résumé

Lorsque Meg Fellowes, 17 ans, voleuse et comédienne de la troupe de la Rose d’Or, est arrêtée, elle sait que la sentence va être la mort. C’est ce à quoi les voleurs sous le règne d’Élisabeth 1re d’Angleterre doivent s’attendre. Pourtant, on lui propose une alternative : accepter de faire partie d’un groupe de demoiselles d’honneur très spéciales : des espionnes. Avec ses nouvelles compagnes, Jane, Anna, Béatrice et Sophia, Meg doit protéger la couronne des intrigues de la cour. En ces temps troublés, mille complots guettent la jeune reine protestante. Grâce à son sens inné de la comédie et à sa mémoire extraordinaire, Meg doit espionner la délégation espagnole, composée de fervents catholiques, opposés à Élisabeth, dont le séduisant Rafe, comte de Martine, qui vient d’arriver à la cour. Mais dans le paysage complexe de ce début de règne, la jeune fille comprend vite que les frontières entre ennemis et alliés sont mouvantes et qu’elle ne peut se fier à personne. Si elle entend sauver la vie de sa reine et retrouver sa propre liberté, elle devra aussi démasquer le meurtrier d’une autre demoiselle d’honneur, mystérieusement assassinée quelques mois avant son arrivée…

Mon opinion

★★

___Mêlant habilement récit d’espionnage et roman historique, Jennifer McGowan nous propose une intrigue innovante dans le paysage de la littérature YA. A contre-courant des tendances actuelles, « Le cercle des confidentes » m’a donc rapidement interpellée (d’autant plus que j’avais déjà repéré ce livre avant sa traduction française) et c’est avec de grandes attentes que j’ai abordé cette lecture.

___Dès les premières lignes, le lecteur se retrouve propulsé en plein coeur de l’Angleterre au temps des Tudors. Rapidement, l’auteure donne le ton de son récit, ouvrant son roman par une scène empreinte d’une tension notable, qui va être à l’origine du basculement de l’existence de Meg, la jeune héroïne au centre de ce premier opus.

___Evoluant au sein d’une troupe de saltimbanques itinérante, Meg passe ses journées à vider les poches des spectateurs qui croisent son chemin.

« Comme toutes les femmes, il m’était interdit de monter sur les planches. Aussi avais-je aiguisé mes talents de comédienne dans le public. Je pouvais arborer la gaieté d’une jeune demoiselle bien née, l’innocence d’une fille de marchand, ou la mine aigrie d’une poissonnière revêche. J’imitais mes semblables, qu’ils fussent rustres, nobles ou complaisants. Il suffisait que l’un d’entre-eux croise mon chemin, que j’esquisse un sourire, un signe de tête… pour que j’allège ses poches. Je volais – au sens propre – la vedette aux acteurs. » (p.15)

___Mais sa vie de chapardeuse bascule le jour où en tentant de secourir un jeune pickpocket de la troupe, elle se retrouve par un malheureux concours de circonstances emprisonnée. Après un court séjour dans les cachots de la reine, la jeune voleuse se voit imposer un ultimatum : ou bien elle intègre le cercle des confidentes, devenant espionne au service de la jeune souveraine Elizabeth, ou alors elle est emprisonnée pour le restant de ses jours. Face à ce dilemme (qui n’en est pas vraiment un, soyons honnête), Meg n’a donc d’autre choix que d’accepter d’intégrer le cercle des confidentes.

___Constituée de cinq jeunes filles choisies en raison d’un talent particulier, ce cercle réunit cinq espionnes aux aptitudes et aux personnalités bien différentes qui vont devoir mettre de côté leurs préjugés pour travailler ensemble. Mais difficile d’accorder sa confiance dans une Cour rongée par les complots et où prime l’individualisme et les intérêts personnels.

Meg va rapidement cerner les personnalités et les aptitudes de ces coéquipières…

  • Béatrice, la Belle :

« Entre ses cheveux blonds comme les blés, ses yeux bleus, ses toilettes somptueuses et son teint de porcelaine, la tentation de la haïr sur-le-champ avait été forte. Il avait suffi qu’elle ouvre la bouche pour que j’y cède sans remords. Fière, vaniteuse et cruelle, cette peste n’avait d’autres préoccupations que les intrigues de cour. Béatrice aurait fait un personnage de tragédie idéal… que j’aurais adoré voir périr au troisième acte… ou tout du moins mariée à un vieil aristocrate ronflant.

Mais ce n’était pas pour sa douceur que la belle Béatrice avait été recrutée au sein de notre groupe. On l’avait choisie car elle possédait le don singulier de plier n’importe quel individu du sexe opposé à ses volontés. Des jeunes garçons d’étable aux lords les plus puissants, aucun homme ne lui résistait. Elle roucoulait, minaudait, paradait et se pavanait, séduisant à tour de bras. » (p.35)

« Avec une savante discrétion, Béatrice regardait les jeunes femmes autour de leur souveraine. […] Elle connaissait jusque dans les moindres détails les liens et alliances complexes de la noblesse, que ceux-ci fussent temporaires ou tenaces. Une étrange carte qu’elle mettait à jour au gré des faveurs ou des revers de fortune. Qu’elles doivent leur position à leur naissance ou au fragile équilibre des pouvoirs, Béatrice savait mieux que personne la place de ces dames à la Cour. »

  • Anna, l’Erudite

« Tout dans son apparence trahissait son sérieux : l’étoffe raide de sa robe de laine jaune, le col sage de sa blouse blanche, l’épaisseur des manches qui recouvraient jusqu’à ses poignets ou encore ses longues tresses rousses soigneusement nouées au sommet de sa tête. Anna l’érudite, derrière ses douces prunelles émeraude, ne tolérait guère les cancres. » (p.36)

« La tâche d’Anna, pour sa part, se bornait à de simples observations et calculs. Du noble seigneur à la modeste servante, elle mémorisait les noms des personnes présentes ou absentes, ainsi que leur signalement. Elle se passionnait davantage pour le déchiffrement des textes cryptés, le maniement des astrolabes ou ses versions de grec, mais se prêtait volontiers à ces jeux de mémoire. »

  • Sophia, l’Augure

« Très tôt orpheline, Sophia était la nièce et pupille de John Dee, l’astrologue de Sa Majesté. On suspectait cette enfant brune au regard presque violet de posséder le don de voyance. L’ironie de la situation ne m’avait pas échappé : encore cent ans auparavant, peut-être même moins, cette étonnante capacité l’aurait conduite droit au bûcher. Mais aujourd’hui, à la cour de la reine Elisabeth, l’idée que la nièce puisse se rendre aussi utile que l’oncle avait fait d’elle un atout extrêmement précieux. A en croire les rumeurs, son pouvoir devait se manifester d’un jour à l’autre. » (p.50)

« Assise docilement près de la reine, même le bleu discret et les dentelles sages de sa robe ne parvenaient pas à estomper sa beauté éthérée. Elle avait pour tâche de sonder l’espace autour des dames présentes, en quete d’un message des esprits ou d’un signe indiquant leurs actions futures. » (p.51)

  • Jane, la Fine Lame

« Restait la dernière des espionnes en herbe : Jane Morgan, la Fine Lame.

La plus insaisissable du groupe se cachait probablement à quelques mètres de là, à nous observer à tour de rôle. C’était – j’avais eu tôt fait de l’apprendre – sa spécialité. Quel que fut l’environnement, son rôle ne variait jamais : elle devait se tenir sur le qui-vive, prête à neutraliser la menace à tout instant et par n’importe quel moyen. Elle savait interpréter les tensions du corps, la furtivité d’un pas, le changement des regards. » (p.52)

  • Et bien sûr, Meg

« Au sein de ce vaste théâtre qu’était la Cour, mon rôle consistait à percer les mystères de ces acteurs d’après leur comportement : ceux qui se penchaient pour échanger des messes basses ; ceux qui s’écartaient en essuyant une rebuffade. Lesquels de ces visages exprimaient la curiosité, la colère ou le plaisir. Qui observait qui… Après trois mois de cet exercice constant, je ne pouvais croiser un groupe de personnes sans décrypter ces secrètes didascalies, qui trahissaient les personnages bien mieux que leurs répliques. »

« Naturellement, j’avais moi aussi mon surnom. Mon rôle étant de soustraire les secrets d’autrui, j’avais écopé d’un sobriquet le jour même de mon arrivée. […] Mes distinguées collègues au service de la reine m’appelaient… la Fouine. » (p.57)

___Après la mort sans héritier de sa demi-soeur, Marie Tudor, qui vouait un attachement invincible pour le catholicisme, la couronne d’Angleterre est revenue à Elisabeth alors âgée de 25 ans et qui établit l’autorité de l’église protestante anglaise. La jeune souveraine rejeta la demande en mariage de Philippe d’Espagne et semble bien décidée à ne partager le trône avec aucun homme.

___C’est dans ce contexte que Wiliam Cecil, le conseiller de la reine, demande rapidement à Meg de surveiller Elisabeth, tant il craint que son goût pour la liberté ne la conduise à faire des choses susceptibles de mettre en péril la couronne. De son côté, la souveraine charge la jeune fille de surveiller attentivement la Cour. Les incidents suspects tels que des vols s’y multiplient et la crainte d’un complot visant à mettre à mal l’autorité de la reine émerge peu à peu.

___Des suspicions qui vont progressivement s’avérées fondées. Meg va rapidement intercepter des conversations suspectes entre l’ambassadeur Feria et un nouveau membre de la délégation espagnole, le mystérieux comte de Martine (alias Rafe Luis Medina). Dans ce contexte de réforme religieuse, des lettres émanant du Pape circulent secrètement au sein de la Cour mais leurs destinataires restent inconnus. A ces comportements étranges s’ajoutent une nouvelle révélation. Meg apprend bientôt qu’avant d’entrer au service de la reine, le cercle des confidentes comptait une autre recrue : une jeune fille nommée Marie qui connut un destin tragique. La menace semble donc planer aussi bien sur la couronne que sur les cinq espionnes de la reine…

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___Roman haletant sur fond d’époque élisabéthaine, ce premier tome d’une saga s’annonçant d’ores et déjà comme prometteuse, est une véritable réussite. Situant son récit au coeur d’une époque fascinante, l’auteur s’est appliqué à exploiter intelligemment le contexte historique afin de servir son intrigue. Ses connaissances de l’époque ne font aucun doute et la qualité des descriptions et de la trame scénaristique témoignent d’une documentation rigoureuse et approfondie.

___Si l’idée d’intégrer au cercle des demoiselles d’honneur de la reine un groupe d’élite constituée d’espionnes peut en laisser certains perplexes, en ce qui me concerne, elle m’a totalement séduite. Dans une interview, l’auteure explique d’ailleurs que l’idée du cercle des confidentes lui est venue au décours de ses recherches sur l’époque. Dans un document, elle apprit que les conseillers d’Elizabeth étaient parfois surpris que la souveraine ait connaissance de davantage d’évènements ayant lieu au château que ce qu’elle était supposée savoir. De là naquit l’idée des cinq espionnes au service de la reine. De même, le choix de situer son action durant la période élisabéthaine, loin d’être le fruit du hasard, est au contraire parfaitement délibéré. Couronnée à 25 ans, Elisabeth I régna plus de quarante ans et ne se maria jamais. Pour un livre mettant les femmes de pouvoir à l’honneur, on pouvait difficilement faire mieux !

___Outre le contexte historique captivant que l’auteure s’est parfaitement appropriée, Jennifer M joue habilement sur les différents tableaux, mêlant intrigues amoureuses et politiques avec dextérité.

___C’est dans ce contexte que la jeune et intrépide Meg va (malgré elle) tomber sous le charme du séduisant Rafe. Entre eux, un jeu de séduction (et de manipulation) va rapidement voir le jour donnant naissance à des scènes d’anthologie. Si au commencement, l’attitude de Meg à l’égard du bel espagnol me donnait parfois envie de lever les yeux au ciel, l’auteure a finalement réussi à m’emporter dans leur histoire. Cette relation naissante entre les deux protagonistes, bien qu’occupant une place importante dans le récit, n’éclipse pas pour autant les véritables enjeux de l’intrigue et s’avère habilement menée.

___Bien qu’au coeur de ce premier opus, Meg n’est pas la seule à vivre de grandes aventures. Les autres confidentes occupent également une place importante dans le récit et chacune connaît son lot de révélations et sa part d’intrigue. Si Meg est indubitablement l’espionne que l’on découvre le plus, ce premier tome est aussi l’occasion de faire connaissance avec les autres membres du cercle.

___Difficile de ne pas se prendre d’affection pour ces espionnes aux caractères si différents tant elles se révèlent complémentaires. Si leurs personnalités aussi tranchées qu’éclectiques peuvent sembler caricaturales de prime abord, la qualité de l’intrigue et la hauteur des enjeux rattrape aisément le tout.

___Le récit ne souffre d’aucun temps mort et le lecteur est tenu en haleine du début à la fin. Si l’on se perd quelquefois dans les méandres de cette intrigue parfois tortueuse et alambiquée, pas de quoi décourager le lecteur qui finit toujours par s’y retrouver. Le dernier chapitre reprend notamment les différents temps forts du récit offrant ainsi une synthèse des évènements parfaitement claire et balayant par la même occasion les hypothétiques dernières interrogations du lecteur.

___Porté par une écriture de qualité et un style parfaitement en adéquation avec l’époque, on succombe rapidement au charme de l’atmosphère étourdissante de la Cour. Complots, incertitudes et révélations auréolent le récit d’un voile d’ombre contribuant à en renforcer l’intensité.

Que vous soyez amoureux des romans historiques aux intrigues recherchées et teintées de mystères, d’espionnage et de complots ou que vous soyez simplement passionné par l’époque des Tudors, vous ne pourrez que tomber sous le charme de cette saga exceptionnelle mettant à l’honneur des femmes fortes, déterminées et indépendantes. Une réussite !

Premier tome d’une saga s’annonçant d’ores et déjà comme prometteuse, « Le cercle des confidentes » fait figure d’exception dans le paysage actuel de la littérature young adult. Mêlant habilement roman historique et récit d’espionnage, Jennifer McGowan met en scène une intrigue percutante aux enjeux s’inscrivant intelligemment dans le contexte de l’époque. Le récit porté par une écriture travaillée et des héroïnes hautes en couleurs ne pâtit d’aucun temps mort et tient le lecteur en haleine du début à la fin.

La qualité de la restitution de l’époque élisabéthaine combinée à celle de l’intrigue témoignent d’un travail de documentation rigoureux de la part de l’auteure. Malgré une intrigue alambiquée au point d’en devenir parfois opaque pour le lecteur, on se laisse sans difficulté emporté par ce récit étourdissant à l’atmosphère saisissante.

En Bref

___On aime: Une intrigue travaillée s’inscrivant intelligemment dans le contexte de l’époque. La période élisabéthaine est très bien restituée et la qualité de l’intrigue témoignent d’un travail de documentation de la part de l’auteure aussi rigoureux que considérable. Le récit mêlant habilement intrigues amoureuses, complots et manipulations ne pâtit d’aucun temps mort. L’ensemble est porté par une écriture travaillée, dans le ton de l’époque et par de jeunes héroïnes aussi fortes qu’attachantes qu’on quitte avec regret.

___On regrette: Une intrigue parfois alambiquée au point d’en devenir opaque à certains moments pour le lecteur. Les jeunes espionnes peuvent sembler assez caricaturales au début du roman mais les personnages gagnent en profondeur au fil du récit.

« L’étrange cas de Juliette M. » de Megan Shepherd

 

 

 

 

 

 

Résumé

_Londres, 1895.
___Juliette Moreau n’est plus rien. Sa vie a basculé le jour où son père, le plus éminent chirurgien de Londres, a été accusé d’ignobles pratiques médicales. Est-il mort? En fuit? Nul ne le sait. Une chose est sûre : Juliette doit maintenant se débrouiller seule pour survivre. Et tenter de répondre à cette terrible question qui l’obsède : qui est vraiment son père? Un fou ou un génie?

L’auteure

Megan Shepherd

_Megan Shepherd a grandi en Caroline du Nord et a étudié plusieurs langues, comme le français, l’allemand ou le russe, et en parle quelques-unes.

___Après avoir exercé plusieurs métiers, elle écrit aujourd’hui pour la jeunesse et fait de l’équitation ou de la randonnée le reste du temps. « L’étrange cas de Juliette M. » est le premier tome d’une trilogie.

 

Mon opinion

★★★★★

___Dès les premières pages, Megan Shepherd donne le ton de son récit. « L’étrange cas de Juliette M. » s’ouvre sur une héroïne livrée à elle-même après le décès de sa mère et l’exil forcé de son père, un chirurgien qui, aux dires de l’opinion publique, s’adonnait à des opérations infâmes dans le cadre de ses recherches. Dénoncé par ses collègues, le docteur Moreau s’est ainsi vu contraint à prendre la fuite et les rumeurs tendent à s’accorder sur sa mort depuis ces évènements.

___Mais en plus de se retrouver sans famille et de passer pour la fille d’un savant fou, Juliette doit faire face en permanence aux gestes déplacés de monsieur Hastings, lequel se montre de plus en plus insistant. Autant dire que dès les premiers chapitres, l’auteure nous entraîne dans un univers sombre à la limite du dérangeant et où les personnages s’affranchissent volontiers des convenances. Car à mesure que l’on découvre les différents protagonistes, force est de constater qu’aucun n’a un comportement très clair.

___Il faut reconnaître que pour un titre YA, l’auteure nous offre une galerie de personnages aux psychologies complexes et aux comportements aussi troublants qu’imprévisibles. Chacun a sa part d’ombre et son lot de réactions inopinées. Et Juliette ne déroge pas à la règle. Comme les autres, elle se laisse parfois aller à des réactions inattendues qui la surprennent elle-mêmeet les épreuves auxquelles elle va se retrouver confrontée vont montrer à quel point cette héroïne atypique est prête à tout pour survivre. Malgré une vie qui ne lui a rien épargné, Juliette possède en effet une rage de vivre incroyable. Déterminée et combattive, elle jouit d’une force de caractère étonnante, ce qui est d’autant plus admirable compte tenu de l’époque dans laquelle elle évolue.

___N’ayant plus rien à perdre, lorsque cette dernière découvre par hasard que son père est bel et bien vivant, exilé quelque part au coeur du Pacifique, elle n’hésite pas à partir à sa recherche. Et ce, peu importe la rancœur qu’elle éprouve en prenant alors conscience du fait que son père l’a, en réalité, bel et bien abandonnée.

___Dès lors, nous voilà embarqué sur le Curitiba, pour un voyage mouvementé vers des horizons aussi inconnus qu’inquiétants. Entre un équipage aux allures peu rassurantes, des conditions climatiques changeantes et surtout, la repêche d’un jeune naufragé (Edward), l’histoire prend des allures de récit de pirate. Et grâce à la plume de Megan Shepherd, on sentirait presque les mouvements du navire.

___C’est d’ailleurs à compter de ce moment que j’ai commencé à être réellement happée par l’écriture de l’auteure et à avoir bien du mal à lâcher le livre. Car dès lors, le lecteur ne se trouve plus que dans des huis clos, cadres propices à faire naître chez lui des sensationsd’angoisse et d’oppression ainsi que le sentiment de se trouver en permanence pris au piège sans échappatoire possible. Et ça fonctionne à merveille… Le rythme s’accélère, et la tension monte encore d’un cran lorsqu’on débarque sur cette île isolée en plein cœur du Pacifique, où on se retrouve rapidement confronté à des créatures pour le moins étranges. A mesure que les révélations et les découvertes s’enchaînent, on sent l’étau se refermer peu à peu autour de nous. Autant dire que j’ai rarement vécu une lecture aussi intense.

___Il faut dire que Megan Shepherd a un style à la fois percutant et très agréable à lire ; suffisamment précis pour que l’île et ses habitants prennent vie sous nos yeux sans pour autant noyer son récit dans des détails qui pourraient ralentir l’intrigue. L’auteure parvient ainsi à bâtir une histoire qui ne manque pas de rebondissements. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a l’art de tenir son lecteur en haleine, à tel point qu’il est souvent difficile d’interrompre la lecture.

___La découverte de l’île et de ses étranges habitants donnent lieu à de nombreuses surprises et très rapidement, des évènements inquiétants vont avoir lieu et se multiplier. Une ambiance pesante qui nous conduit rapidement à nous méfier de tout et de tout le monde, et tout particulièrement du docteur Moreau. Car il est incontestablement le personnage le plus intriguant et il faut attendre longtemps avant de savoir de quoi il retourne. Comme Juliette, nous doutons un moment avant de réussir à appréhender sa véritable nature et de saisir si les rumeurs concernant ses travaux sont fondées ou non.

___Si certaines descriptions m’ont parfois retourné l’estomac, j’ai trouvé que l’auteure n’en abusait pas et j’ai même apprécié l’audace du procédé qui démarque par la même occasion « L’étrange cas de Juliette M. » de tout ce que j’ai pu lire dans le genre YA jusqu’ici.

___Finalement le seul point faible de l’intrigue, réside selon moi, dans la présence d’un triangle amoureux entre Juliette, Edward et Montgomery. Classique dans le genre YA, je trouve pourtant que dans le cas présent, il ne colle ni à l’intrigue dont il casse parfois le rythme, ni au personnage de Juliette, cette héroïne combattive, féministe, et indépendante. Face à Edward et Montgomery, j’ai trouvé que l’adolescente se laissait ainsi un peu trop dépassée par ses hormones, et parfois à des moments pour le moinsinappropriés (comme lorsqu’elle se retrouve avec Edward en plein coeur de la jungle, tous deux poursuivis par un « monstre » qui veut apparemment leur peau, et qu’elle commence à passer son temps à se questionner sur ses relations amoureuses… autant dire que ça casse un peu le rythme pour le coup !).

___Ceci étant dit, je trouve que même à ce niveau-là, l’auteure fait preuve d’une certaine habileté. Au cours du récit, on imagine que Juliette devra faire un choix tôt ou tard mais on a beaucoup de mal à savoir vers qui il se portera jusqu’à un stade avancé de l’intrigue.

___Dans les derniers chapitres, je dois cependant avouer que certaines des révélations relatives aux différents protagonistes ne m’ont pas étonnée outre mesure. Il faut dire que l’intrigue évoluant alors dans un cadre clos, le champ des possibilités est rapidement limité. D’autre part, étant habitué à ce que l’auteure enchaîne les rebondissements, on en vient rapidement à imaginer tous les scenarii possibles et à suspecter tout le monde. Mais heureusement, les retournements de situations sont si nombreux et le rythme si soutenu qu’il est impossible de tous les anticiper.

Une histoire qui revisite de façon originale « L’Île du docteur Moreau » de Wells au cours d’un récit riche en rebondissements et en intensité. Dans ce huis clos, Megan Shepherd parvient à créer une atmosphère unique et pesante, enfermant le lecteur avec ses doutes et sans échappatoire possible. L’écriture est de qualité et l’auteure nous offre une galerie de personnages aux psychologies complexes. Si on laisse de côté la présence d’un triangle amoureux qui n’ajoute rien à l’intrigue voire qui ralentit parfois le rythme, « L’étrange cas de Juliette M. » se démarque par son originalité autant sur le fond que dans la forme tant il ne ressemble à aucun autre roman YA. Une expérience de lecture unique et troublante !

En Bref

___On aime : une réécriture originale et captivante de l’œuvre de Wells, qui se révèle riche en rebondissements et nous tient en haleine du début à la fin. Megan Shepherd a une écriture de qualité et un talent incroyable pour créer une atmosphère pesante et angoissante. Un livre qui se démarque de tout ce qu’on connaît dans le genre avec la garantie d’une expérience de lecture unique et troublante, d’une intensité extraordinaire.

___On regrette : un triangle amoureux qui n’apporte rien à l’intrigue et qui tend même à casser le rythme parfois. Certains rebondissements sont assez prévisibles vers la fin mais ne gâche cependant rien au plaisir de la lecture.

« Double jeu » de Judy Blundell

 

 

 

 

 

 

Mon résumé

La famille Corrigan est d’origine irlandaise et a toujours vécu dans la précarité. Maguie, la mère de Kit, est morte en couches dix-sept ans plus tôt alors qu’elle donnait naissance à des triplés (Kit, Jamie et Maguie). Depuis, c’est leur père qui s’occupe d’eux, du moins qui essaie tant bien que mal, car on comprend rapidement que cet homme n’est plus que l’ombre de lui-même depuis la mort de son épouse. Longtemps, il a pu compter sur le soutien de sa soeur, Delia, mais cette dernière a quitté la maison quelques temps plus tôt à la suite d’une violente dispute et n’est plus jamais revenue. La vie est difficile pour Kit et sa famille. Les 3 enfants Corrigan doivent travailler afin de permettre au foyer de vivre.

___C’est ainsi qu’à 17 ans, Kit travaille dans un cabaret. Passionnée par la scène depuis son plus jeune âge, elle se raccroche à son rêve de célébrité. Kit a un petit ami prénommé Billy dont elle s’est récemment séparée, et qui n’est autre que le fils de Nate Benedict, un avocat au bras long, réputé pour tremper dans des affaires assez louches.

___Les relations entre Nate et son fils sont houleuses depuis quelques temps. Le jeune homme voit d’un mauvais oeil les affaires dans lesquelles baigne son père et il fait tout son possible pour ne pas suivre le même chemin.

___Nate a conscience de la situation, et afin de renouer avec Billy, il décide d’offrir à Kit un appartement au coeur de Manhattan avec en prime un coup de pouce pour lui permettre d’intégrer un prestigieux cabaret. En contrepartie il veut que Kit reconsidère l’idée de se remettre en couple avec Billy et que tous les deux concrétisent le rêve qu’ils chérissent depuis quelques temps en s’installant ensemble dans cet appartement. En effet, Billy, en conflit avec son père, a décidé de s’engager dans l’armée (c’est alors la guerre de Corée) et Nate pense que Kit est la seule personne susceptible d’avoir une réelle influence sur son fils. Il espère qu’en persuadant ainsi Billy de vivre avec elle, Kit permettra indirectement à Nate de rétablir un lien avec son fils.

___Bien que Kit soit réticente à l’offre de Nate, elle est également consciente qu’à travers cet appartement en plein coeur de Manhattan, c’est une opportunité unique qui se présente à elle. Qui plus est, après avoir quitté sa petite ville de Providence dans l’espoir de se bâtir une carrière à New York, ses ressources financières sont plus que limitées et ses relations avec sa logeuse de plus en plus tendues. On comprend également rapidement que Kit a une dette envers ce mystérieux Nate Benedict, autant de raisons qui poussent la jeune fille à accepter le marché.

L’auteure

__Judy Blundell a écrit plusieurs romans pour enfants, adolescents et adultes sous différents pseudonymes.

___Elle est notamment connue sous le nom de Jude Watson par les fans des romans dérivés de La Guerre des étoiles (elle est l’auteur des séries à succès des Apprentis Jedi et du Dernier Jedi.) et a également écrit de nombreuses novélisations de films.

___C’est en 2008 et avec « Ce que j’ai vu et pourquoi j’ai menti » (What I Saw and How I Lied), qu’elle signe pour la première fois sous son véritable nom. Ce livre a aussi été son premier vrai roman et a obtenu, l’année de sa publication, le National Book Award.

___Judy Blundell vit à Katonah, dans l’État de New York, avec sa fille et son mari, Neil Watson, directeur du Katonah Art Museum.

 

Mon opinion

★★★★★

« Double jeu » nous transporte au coeur des Etats-Unis dans les années 50 où le lecteur est amené à suivre une véritable saga familiale, sur fond de musique jazz et en présence de personnages hauts en couleurs.

___L’histoire débute donc sur un accord, entre Kit et le père de son ex petit ami. Comme évoqué dans le résumé, le lecteur comprend rapidement qu’une des raisons qui poussent Kit à accepter la proposition de Nate Benedict est une « dette » qu’elle aurait contractée envers lui mais dont on ne connaît pas la nature exacte avant la deuxième partie du roman. Je dois admettre que j’appréhendais d’ailleurs de connaître les origines exactes de cet engagement. Je craignais qu’en réalité la dette dont il était question ne s’avère fondée sur rien qui ne la justifie concrètement, faisant ainsi s’écrouler une partie de l’intrigue qui aurait perdu en crédibilité. Heureusement, je dois dire que l’auteure s’est révélée à la hauteur de ses promesses de ce point de vue.

___Une des clés du succès de l’intrigue, ce sont les personnages qui la portent. Tous se révèlent forts en caractère, et beaucoup ont leur part d’ombre et leurs souffrances que nous découvrons à mesure que l’intrigue se dévoile.

___Les triplés Corrigan sont tous attachants à leur façon. Il y a Jamie, le frère dévoué et Maguie dont le caractère prude compense les ardeurs de la jeune Kit, personnage central de l’intrigue. Malgré une enfance difficile on sent qu’il y a beaucoup d’amour dans cette fratrie.

___Le personnage de Kit m’a aussi beaucoup plu. Elle apparaît comme une jeune fille écorchée par la vie et qui a grandi avec le sentiment d’être responsable de la mort de sa mère. Dans l’ensemble, j’ai trouvé ses réactions cohérentes. Et même si on en vient parfois à se demander comment elle a pu se mettre dans un tel pétrin, c’est souvent à ce moment-là qu’une révélation de l’auteure nous permet de comprendre pourquoi l’héroïne a agi de la sorte.

___J’ai également beaucoup apprécié Billy et à mesure que l’intrigue se dévoile, on se rend compte à quel point ils se ressemblent avec Kit. On découvre peu à peu que, comme elle, Billy vit avec le poids de la culpabilité liée à un drame qui a bouleversé son existence. Et si au début j’ai eu un peu de mal à cautionner la véritable haine que le jeune homme semblait vouer à son père, les révélations de l’auteure permettent au final de mieux saisir les origines de la violence de ses sentiments.

___Parmi les personnages importants, on fait également la connaissance du jeune Hank, un adolescent de l’âge de Kit et qui vit avec sa famille dans le même immeuble qu’elle à New York. Il va se révéler être un ami loyal pour Kit, et contrairement à ce que j’ai pu craindre une bonne partie du roman, l’auteure nous épargne le récurrent trio amoureux avec une Kit aux abois, contrainte de choisir entre Billy et Hank (bien qu’on comprenne que Hank semble très attaché à la jeune fille).

___Le seul « regret » que je peux avoir concerne les personnages de Nate Benedictet du père de Kit. On comprend que tous deux ont un passé commun et qu’ils ont eu un certain rôle à l’époque de la prohibition. Je regrette que cet aspect de l’intrigue ne soit pas encore plus développé. J’aurais aimé en apprendre davantage sur cette période de leur vie comme sur les affaires douteuses dans lesquelles Nate Bendict est impliqué. Je regrette que l’auteure n’ait pas davantage insisté sur l’aspect « gangster » du personnage le rendant plus inquiétant.

___L’autre point fort de « Double jeu », c’est son intrigue, qui prend la forme d’une mini saga familiale sous fond de secrets de famille et de révélations.

___Sur le fond, Judy Blundell nous offre en effet une intrigue de qualité, relevée par des références historiques qui sans être trop pesantes donnent une certaine profondeur à l’histoire. J’ai été très agréablement surprise par la maturité de l’intrigue(surtout pour un roman YA). Il faut croire que j’ai beaucoup d’a priori, mais jusqu’au bout j’ai eu peur que « Double jeu » ne repose pas sur un socle suffisamment solide pour que l’intrigue ne parvienne à réellement me convaincre. Les indices étant dévoilés au compte-goutte, le lecteur ignore longtemps quel chemin va prendre l’histoire. Jusqu’au bout, j’ai ainsi été dans l’incapacité d’imaginer comment tout allait se terminer. En effet, à mesure que les chapitres avancent, les révélations s’enchaînent, offrant de nouvelles perspectives à une histoire qui ne cesse de gagner en intensité et en intérêt. J’appréhendais donc de plus en plus le moindre faux pas de l’auteure susceptible de gâcher une intrigue qui se révélait pleine de qualité. Certains liens insoupçonnés entre les personnages se dévoilentpeu à peu donnant un réel tournant au récit et surtout, l’auteure nous offre de vrais rebondissements qui n’épargnent pas les personnages et que je n’aurais jamais soupçonnés. Sans vraiment verser ma larme, je dois reconnaître que j’ai été sacrément chamboulée par certains retournements de situation.

L’intrigue atteignant alors son point culminant, ma crainte ultime était que Judy Blundell ne gâche tout avec une fin qui ne soit pas à la hauteur du reste de l’intrigue. A mesure que les dernières pages approchaient, j’avais de plus en plus de mal à imaginer comment l’auteure allait parvenir à boucler l’histoire sans la bâcler. Mais contre toute attente, même le final ne m’a pas déçue. Après un léger temps de flottement, l’auteure termine par un rebondissement qui permet de clôturer à la perfection l’histoire.

___Au niveau de la forme, le texte alterne des chapitres concernant la vie de Kit au moment où se déroule l’intrigue avec des moments de sa vie avant son débarquement à New York. Si ce procédé de narration peut sembler déroutant, il est finalement bien maîtrisé par l’auteure et le lecteur ne se perd jamais en route. Cela permet en outre à Judy Blundell de dévoiler peu à peu les véritables enjeux de son intrigue et de créer une tension croissante à mesure que l’on découvre certains éléments relatifs aux évènements passés. L’auteure, en ne dévoilant ni trop d’éléments susceptibles d’aiguiller de façon précipité le lecteur, ni pas assez pour que l’intrigue piétine trop longtemps, pique la curiosité du lecteur qui se retrouve en présence de nombreux indices sans parvenir à trouver de véritable fil conducteur jusque dans les derniers chapitres. Il faut donc prendre notre mal en patience et attendre que Judy Blundell rassemble les différentes pièces du puzzle et nous livre enfin les clés d’une histoire qui s’avère finalement très bien ficelée.

___Le choix de l’auteure de situer son action dans les années 50 ajoute en intensité à cette intrigue. L’univers jazzy, l’ambiance cabaret et le personnage de Nate Benedict, cet italien aux allures de gangster, confèrent encore un peu plus de mystère et de noirceur à l’histoire.

___Pourtant, force est de constater que ce choix ne pas paru immédiatement pertinent. En effet, j’ai d’abord eu quelques réserves, surtout au milieu du récit où l’histoire semble piétiner sans qu’une véritable intrigue ne se dessine et où j’ai alors commencé à craindre que le cadre des années 50 constitue finalement à lui seul tout le sujet du livre. Heureusement, c’est pile à ce moment que Judy Blundell fait quelques révélations qui insufflent un nouveau rythme à l’histoire et peu à peu, de nouvelles perspectives apparaissent. L’intrigue commence alors à prendre en relief et à gagner en intérêt. Ainsi, contrairement à ce qu’on peut craindre au premier abord, le choix des années 50 ne figure pas uniquement comme un prétexte ou un simple argument de vente, mais au contraire j’ai trouvé qu’il s’accordait parfaitement au fond et mettait véritablement l’intrigue en valeur.

« Double jeu » est donc une très, très belle surprise réunissant tout ce que j’aime (ambiance jazzy, secrets familiaux, révélations et rebondissements…) sous la forme d’une intrigue mature et portée par des personnages charismatiques. Judy Blundell parvient à éviter avec brio les clichés du genre YA et ses efforts de documentation et de recherches sur les années 50 sont louables. J’aurais peut-être aimé une intrigue encore plus sombre avec un aspect « gangster » plus développé mais dans l’ensemble l’auteure a largement comblé mes attentes ! C’est presque un coup de coeur !

En Bref

___On aime : Une intrigue mature et de qualité, riche en rebondissements et en révélations. Judy Blundell nous épargne les clichés du genre YA et parvient à tenir en haleine son lecteur jusqu’au bout. Les efforts de documentation se ressentent et l’auteure a su habilement utiliser le contexte des années 50 afin de donner encore plus de profondeur à l’histoire.

___On regrette : un début un peu lent avec une intrigue qui peine à se mettre en place mais qui ne m’a pas gêné outre mesure (je me suis régalée à vivre aux côté de Kit dans ce NY des années 50 !). Le côté « gangster » aurait mérité d’être plus développé et j’aurais aimé que l’auteure fournisse plus de détails sur le passé du père de Kit et de Nate Benedict… mais bon, honnêtement, c’est vraiment pour trouver des défauts hein !