« Mystic City » de Theo Lawrence

 

 

 

 

 

 

Résumé

Aria Rose, la plus jeune héritière d’une des deux plus puissantes familles rivales de Mystic City, se retrouve promise à Thomas Foster, le fils des pires ennemis de ses parents. Leur union est sensée mettre fin à des décennies de vendetta politique, et réunir les habitants des Aeries, la classe dominante de la ville, contre les Mystiques bannis qui errent et fomentent dans ses bas-fonds.

Mais Aria ne se souvient pas être tombée amoureuse de Thomas ; de fait : elle se réveille un matin avec de grandes zones d’ombres dans sa mémoire. Et elle ne parvient pas à comprendre pourquoi ses parents auraient accepté de s’unir aux Foster en premier lieu. Quand Aria rencontre Hunter, un rebelle et séduisant Mystique des bas-fonds, elle commence à retrouver des bribes de souvenirs, et comprend qu’il détient la clé de son passé.

Les choix qu’elle sera amenée à faire sauveront ou condamneront la ville – et sa propre existence.

Mon opinion

★★

___Premier tome d’une trilogie dystopique, « Mystic city » nous propulse dans un Manhattan futuriste, sévèrement affecté par le réchauffement climatique.

___La couche la plus aisée de la population vit dans les Hauteurs, un large réseau de gratte-ciels interconnectés par des passerelles et des lignes de photorail, devenu leur principal moyen de transport. Les plus pauvres quant à eux occupent les Bas-fonds de la ville, côtoyant la touffeur, l’insalubrité et la misère. Outre la classe populaire, cette partie de Manhattan abrite également les Mystiques, des êtres humains dotés d’une énergie puissante qui leur confère des pouvoirs particuliers. Autrefois, les Mystiques étaient des gens respectés qui, grâce à leurs pouvoirs, contribuèrent largement à la transformation de la ville. Après la Conflagration de la fête des Mères (un attentat imputé aux Mystique qui fit de nombreuses victimes), la ville a parqué l’ensemble de cette tranche de la population dans le Bloc et a commencé à drainer régulièrement leurs pouvoirs afin de les rendre inoffensifs. Certains Mystiques « rebelles » refusèrent de se déclarer auprès des autorités pour passer au drainage et se cachent depuis dans les souterrains de la ville.

___Gangrénée par les inégalités entre les classes et les rivalités de clan, la paix sociale apparente semble plus fragile que jamais. Car au sein même des Hauteurs, une guerre politique fait rage et divise la population depuis plusieurs années.Les Rose et les Foster furent ainsi des rivaux politiques durant de nombreuses générations. Pourtant, l’approche des élections municipales va remettre en question toutes ces rivalités et bouleverser l’échiquier politique. En effet, le mandat du maire actuel de la ville arrive à son terme et pour la première fois depuis la Conflagration, il y a trois candidats à la mairie, parmi lesquels Violet Brooks, qualifiée de Mystique radicale. Face à la « menace mystique », les clans des Rose et des Foster ont ainsi décidé d’enterrer la hache de guerre afin d’unir leurs forces. Dans ce contexte, l’union d’Aria Rose et de Thomas Foster arrive à point nommé pour marquer cette réconciliation et tirer le trait sur des décennies de confrontation. Un plan apparemment parfaitement orchestré mais qui ne va pourtant pas se dérouler comme prévu. Après une overdose de Stic (une drogue à base d’énergie mystique distillée) qui a failli lui coûter la vie, Aria a en effet perdu une partie de la mémoire. La jeune fille n’a aucun souvenir de la période précédent cet « incident » et alors qu’elle tente désespérément de retracer le fil de ses souvenirs, l’adolescente va faire des découvertes qui vont être lourdes de conséquence.

___Présenté comme un roman jeunesse dystopique s’inspirant de « Roméo et Juliette », « Mystic city » nous propulse dans un Manhattan futuriste et métamorphosé par le réchauffement climatique. L’élévation du niveau de la mer a plongé le sous-sol de la ville sous les eaux, et la tranche la plus aisée de la population vit littéralement « suspendue » au-dessus des plus pauvres et des Mystiques qui peuplent les Bas-fonds. Les progrès scientifiques et technologiques se heurtent à une société rongée par les inégalités et la corruption. Afin de préserver leurs intérêts personnels et d’assouvir leurs desseins politiques, les Foster et les Rose ne reculent devant rien. En fin calculateurs sans scrupules, ils n’hésitent pas à manipuler leurs propres enfants pour arriver à leurs fins.

___C’est dans ce contexte qu’Aria se retrouve ainsi malgré elle, victime des agissements d’un père machiavélique et aveuglé par ses ambitions politiques.Manipulations, règlements de compte, trahisons s’enchaînent au décours de ce récit sans temps mort dans lequel l’auteur n’épargne aucun de ses personnages. Au-delà de la violence physique, c’est bien la cruauté de la terrible machination qui se dessine peu à peu et enserre Aria dans ses filets qui frappe le lecteur.

___Luttant avec elle-même pour retrouver la mémoire, la jeune fille enchaîne les découvertes troublantes. Douloureusement, sa conscience s’éveille sur les véritables intentions des gens qui l’entourent et les évènements passés. Et il faudra beaucoup de sang-froid et de courage à Aria pour faire face à la vérité et entreprendre les bons choix dans ce jeu perpétuel de manigances et de faux-semblants.

___Si j’ai parfois pu lire que certains lecteurs déploraient l’aveuglément d’Aria, j’ai au contraire trouvé qu’elle se révélait être une héroïne relativement perspicace au vu des évènements qu’elle traversait. S’il est effectivement facile pour le lecteur de formuler rapidement quelques soupçons et de deviner ou d’anticiper certaines révélations de l’intrigue, j’aurais trouvé peu crédible qu’Aria découvre les choses aussi rapidement qu’un observateur externe. Et c’est d’ailleurs bien le réalisme de ses réactions et sa sincérité qui font d’Aria un personnage attachant, apte à susciter l’empathie du lecteur.

___S’il ne m’a fallu que quelques chapitres pour mettre à jour les intentions de l’auteur et deviner les tenants et aboutissants de toute l’intrigue, la prévisibilité n’est malheureusement pas le seul écueil de cette histoire qui pâtit en outre de certaines incohérences et d’éléments peu crédibles dans son déroulement.

___Pourtant, en dépit de ces multiples faiblesses, ce ne sont ni les faux pas de l’intrigue ni les maladresses dans sa construction que je retiens de ce premier tome, mais bel et bien le potentiel considérable de l’univers bâti par l’auteur et les multiples touches d’ingéniosité qui émaillent l’intrigue. L’univers ébauché par Theo Lawrence est séduisant et plein de potentiel et je regrette sincèrement que l’auteur n’ait pas davantage pris le temps de le développer, préférant consacrer le peu de description à la musculature des personnages masculins ou à la manière dont cette dernière est mise en valeur par leurs vêtements moulants. Autant de descriptions aussi inutiles que répétitives qui me firent lever les yeux au ciel à de multiples reprises.

___Ainsi, si l’ensemble manque pour l’heure de profondeur, le premier tome de cette nouvelle saga dystopique laisse néanmoins entrevoir les contours d’un univers fertile et d’une intrigue prometteuse. Reste à savoir si le second tome parviendra à combler mes attentes… quoi qu’il en soit, je serai au rendez-vous !

Merci à Babelio et aux éditions Pocket Jeunesse pour l’envoi de ce roman dans le cadre de l’opération Masse critique ! 🙂

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« Un monde idéal où c’est la fin » de J. Heska

 

 

 

 

 

 

Résumé

Bienvenue dans un monde idéal !

Un monde idéal où la civilisation telle que nous la connaissons n’existe plus. Dérèglement du temps ? Avènement de la magie ? Crise climatique irréversible ? Épidémie mondiale de mort subite ? Extra-terrestres maladroits ? Invasion de poireaux découpeurs de cervelles ? Crise de déprime globale ? Robots hors de contrôle ? Zombies entreprenants ?
Découvrez 100 histoires drôles, émouvantes, tragiques ou absurdes qui mènent à notre perte !

Mais c’est quoi Un monde idéal ? C’est une collection de livres reposant sur un concept tout simple qui a fait le succès du site Internet http://www.jheska.fr : des textes courts et percutants relatant des histoires basées sur des « et si » ?

Un livre parfait pour un petit moment de détente égoïste, dans le bus, à la pause déjeuner, le soir avant de se coucher ou à la plage !

Mon opinion

★★

___Depuis quelques temps déjà, je vois beaucoup tourner le nom de J. Heska sur la toile et les chroniques sur ses livres fleurir sur les blogs littéraires. Autant d’éléments qui n‘ont pas manqué de piquer ma curiosité ! Aussi, lorsque j’ai été contactée par sa responsable de communication afin de me proposer de recevoir « Un monde idéal où c’est la fin » en version numérique, je n’ai pas hésité une seconde !

Et le verdict est sans appel : dévoré en un rien de temps, voilà un livre qui aura véritablement égayé mes trajets en métro !

___Pourtant, de prime abord, le pari était loin d’être gagné ! car dans son livre, J. Heska fait se rencontrer deux genres que je n’affectionne pas particulièrement, à savoir la science-fiction et la nouvelle. C’était sans compter sur les qualités narratives de l’auteur qui parvient en quelques lignes seulement à planter le décor ainsi que les bases d’une véritable petite intrigue, entraînant à chaque fois le lecteur dans ses divagations les plus folles ! Quel que soit l’environnement choisi ou le scénario imaginé, et en dépit de la concision des textes qui s’enchaînent, le lecteur ne se sent jamais dépaysé, se laissant à coup sûr emporté à chaque fois par l’imagination fertile de l’auteur.

Il faut dire que d’une efficacité redoutable, la plume de J. Heska concilie avec brio concision et pertinence du propos. Succinct sur la forme, les textes sont en revanche riches sur le fond, que ce soit en terme de références (aussi bien cinématographiques, qu’historiques voire faisant écho à des faits d’actualité) qu’en matière d’originalité. L’auteur fait en effet preuve d’une imagination foisonnante qui force le respect.

J. Heska cultive en outre la diversité aussi bien dans les thématiques explorées que dans les registres employés. Tantôt drôles, fatalistes, sarcastiques… quel que soit le ton adopté, la mécanique fonctionne parfaitement et les chutes (souvent excellentes !) imaginées par l’auteur sont aussi inattendues que parfaitement amenées. Si certaines nouvelles se démarquent (immanquablement) davantage que d’autres, je dois avouer que sur l’ensemble des textes proposés, peu nombreux sont ceux à m’avoir laissée totalement indifférente.

___Par ailleurs, si certaines nouvelles ne semblent avoir d’autres prétentions que celle d’être simplement loufoques, d’autres en revanche paraissent nourrir des desseins plus profonds, poussant le lecteur dans ses retranchements. De manière volontaire ou non, certaines thématiques reviennent à plusieurs reprises. Et sans vouloir verser dans l’analyse de comptoir ni prétendre attribuer à Heska des ambitions qu’il n’avait peut-être pas lors de la rédaction de ce recueil, force est de constater qu’en plus de m’avoir offert un excellent moment de divertissement, certains textes m’ont parfois même interpellée.

Dans ces moments-là, le sourire laisserait presque place au malaise. Sous le vernis de l’humour (parfois grinçant) semble alors transparaître une réflexion plus profonde sur la nature humaine. Et le portrait qui en ressort est, disons-le, plutôt accablant.

___Ainsi, sous le prétexte de divertir son lecteur, on peut donc parfois se demander si l’auteur ne l’invite finalement pas à s’interroger. A travers le prisme de ces scénarii apocalyptiques, Heska nous positionne en tant qu’observateurs d’un monde qui, vu sous cet angle et avec ce recul, apparaît comme totalement détraqué, mais auquel les protagonistes principaux semblent s’être accoutumés…

___Finalement, le seul « reproche » que je pourrais éventuellement faire serait que si globalement, J. Heska nous propose des textes d’une grande diversité, à mesure qu’on progresse dans la lecture, des ressemblances commencent inévitablement à se faire sentir entre certains d’entre eux. On pourra donc regretter une impression de déjà-lu à certains moments, mais pas de quoi gâcher ostensiblement un très bon moment de lecture par ailleurs.

Avec « Un monde idéal ou c’est la fin », J. Heska signe un recueil de nouvelles (très) réussi sous le signe de l’humour (au 3ième degré) et de l’absurde. Faisant preuve d’une imagination foisonnante qui force l’admiration, doublée d’un cynisme exquis, l’auteur nous offre une multitude de nouvelles se déclinant dans une grande diversité de registres et de tonalités.

Mais au-delà de l’exercice de style parfaitement maîtrisé, « Un monde idéal où c’est la fin », à travers certaines des nouvelles proposées et des thématiques explorées, est surtout une véritable incitation à la réflexion sur le monde qui nous entoure. Armé de sa plume acéré ainsi que d’un cynisme grinçant, J. Heska pointe à diverses reprises certaines dérives de la société, nous invitant finalement, sous le voile de l’humour et avec intelligence à nous remettre en question.

Un petit bijou d’originalité et d’humour à dévorer n’importe où et surtout sans modération.

Je remercie chaleureusement l’auteur ainsi que les Editions Seconde Chance pour m’avoir envoyé ce livre en version numérique !

« Confessions d’un automate mangeur d’opium » de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit

 

 

 

 

 

 

Résumé

___Paris, 1889. Un monde en transition, où les fiacres côtoient les tours vertigineuses des usines. Une ville brumeuse envahie par les aéroscaphes, d’étranges machines volantes qui quadrillent le ciel, et des nuées d’automates cuivrés… C’est dans cet univers révolutionné par l’éther, la substance verte aux propriétés miraculeuses, que la comédienne Margaret Saunders doit résoudre le mystère de la mort de sa meilleure amie, tombée d’un aérocar en plein vol. Sur la piste d’un créateur de robots dément, Margo, secondée par Théo, médecin dans un asile d’aliénés, va découvrir au péril de sa vie les dangers cachés de l’envoûtante vapeur.

 

Mon opinion

★★★☆☆

J’étais très enthousiaste à l’idée de cette lecture et je dois dire que les premiers chapitres semblaient prometteurs. Si je mets de côté le prologue qui est, disons-le clairement, insipide tellement il est incompréhensible (en tout cas, avant d’avoir bien avancé dans l’intrigue), j’admets volontiers que les premières pages m’ont plutôt emballée. J’ai tout de suite accroché au style qui nous transporte sans peine dans un Paris à la sauce Steampunk où je me suis rapidement sentie comme un poisson dans l’eau ! Mais passé l’enthousiasme de découvrir cet univers et de faire connaissance avec les personnages, j’ai finis par me demander où voulaient vraiment en venir les auteurs.

___Car l’intérêt de « Confessions d’un automate mangeur d’opium » ne réside clairement pas dans la résolution du mystère entourant la mort d’Aurélie puisque le lecteur connaît assez vite le coupable et qu’il n’y a pas de véritable suspense autour de cette « révélation ». Faute d’éveiller l’intérêt du lecteur à ce niveau-là, je m’attendais donc à découvrir que ce meurtre, loin d’être le sujet central du roman, n’était finalement qu’un prétexte en vue de nous conduire au cœur d’une machination beaucoup plus complexe. Mais s’il est vrai que les auteurs lancent des pistes intéressantes tout au long du livre, ces dernières ne sont finalement jamais véritablement exploitées, aboutissant à terme à une intrigue qui manque globalement de profondeur.

___En effet, durant toute la lecture, j’ai attendu LA révélation qui ferait basculer l’histoire. Et lorsque les auteurs semblent donner à cette dernière une tournure intéressante en lui faisant notamment prendre une dimension politique, c’est pour finalement ne lui donner aucune suite !

[SPOILER !] Surlignez le texte pour lire ! On découvre ainsi au cours des derniers chapitres que les recherches concernant l’éther constitue un véritable enjeu politique, à tel point que les Etats se livrent une véritable bataille dans le domaine. Différentes nations de la planète voudraient ainsi tirer profit des possibilités offertes par cette substance pour en faire une arme et certaines des recherches entreprises visent notamment à utiliser ce fluide en vue de bâtir de véritables armées d’automates invincibles (rien de moins !). Autant dire que ces révélations font figure de bombe qui donnent une toute nouvelle dimension à l’intrigue et qui laisse entrevoir une suite captivante… ou pas. Car après cette scène, Théo et Margo repartent comme si de rien était à la chasse à l’automate jusqu’à la fin du récit et dès lors, il n’est plus jamais question d’enjeu mondial. Autant dire qu’il y a de quoi se sentir flouée… [SPOILER !]

___On ne peut pourtant pas dire que l’histoire manque réellement d’action. Les évènements s’enchaînent, les découvertes aussi, suscitant sans cesse l’émergence de nouvelles questions qui nous poussent à toujours vouloir en savoir plus. Et c’est bien là que le bât blesse. Car si les auteurs parviennent à piquer notre curiosité, on a le sentiment de ne jamais avoir de véritables réponses à nos interrogations. De quoi nous laisser frustrés !

___On n’a par exemple aucune explication concernant la nature de l’éther, ni de la façon dont le produit interagit avec le cerveau. Dans un univers et une intrigue où il tient pourtant un rôle capital, l’éther nous est simplement décrit comme une substance mystérieuse, dont on sait peu de choses mais au pouvoir apparemment incroyable. Un postulat dont le lecteur doit se contenter mais qui a mon goût est un peu trop léger (et trop facile) pour bâtir une intrigue solide. Et alors qu’on pourrait s’attendre à ce que le personnage de Théo (un aliéniste spécialisé dans les recherches sur l’éther) nous permettent de mieux appréhender cette substance si intrigante, on a l’impression qu’en dehors de constater certains phénomènes, il est incapable de les expliquer.

___Durant toute ma lecture j’ai ainsi attendu des réponses à mes questions, en vain. J’ai terminé le livre avec un tel sentiment de frustration que j’en suis venue à me demander si je n’étais pas passée à côté de certaines explications. Mais même après avoir relu certains passages, force est de constater que je reste avec un sentiment d’inachevé, l’impression que l’intrigue n’était finalement pas maîtrisée de bout en bout tellement il subsiste des zones d’ombre.

___Je reconnais pourtant que les auteurs ne manquent pas d’imagination et l’histoire avait un vrai potentiel. On peut même dire que le roman foisonne de bonnes idées mais qu’il n’y a pas de véritable fil conducteur qui parvienne à relier l’ensemble de façon cohérente pour former une intrigue vraiment percutante. J’ai trouvé les explications amenées de façon maladroite, confuses et surtout incomplètes. Et cette construction malhabile donne l’impression d’une intrigue un peu bancale.

___Au niveau des personnages, j’ai trouvé qu’il y avait de véritables caricatures, notamment celui de Lazare qui m’a fait lever les yeux au ciel à plusieurs reprises. En sa présence, certains passages censés pourtant constituer des moments forts de l’intrigue tournent véritablement au ridicule. Je pense par exemple au moment où, expliquant les raisons qui l’ont poussé à construire des automates, Lazare en vient à évoquer son enfance malheureuse au cours d’une scène qui tourne au pathétique ! Son monologue est alors digne d’un véritable cartoon où le « grand méchant de l’histoire » justifie ses plans machiavéliques par une enfance douloureuse. Et ce n’est pas la seule scène à être peu crédible. Dans le lot des situationsinvraisemblables, on peut également citer la scène finale que j’ai trouvée assez grotesque. Alors peut-être est-ce un parti-pris des auteurs mais j’avoue que ça me paraît plutôt en décalage avec le ton général du livre qui ne m’a pas paru si humoristique que ça.

___Car si certaines scènes ou certains personnages tombent dans la caricature, j’ai trouvé les deux protagonistes principaux fades en comparaison. Ainsi, si j’ai bien apprécié le couple formé par Margo et Théo, je regrette néanmoins que les auteurs n’aient pas davantage forcé le trait les concernant. Ces deux frère et soeur, enquêteurs improvisés, et aux caractères totalement à l’opposé l’un de l’autre, auraient pu facilement donner lieu à des dialogues plus drôles ou des scènes plus rocambolesque. Pourtant, en dépit de certaines répliques qui prêtent peut-être à sourire, leur relation n’apparaît pas si détonante que ça, ce qui confère au récit un réel décalage dans le style qui semble osciller entre humoristique et sérieux.

_Si j’ai globalement apprécié ma lecture, je regrette donc que les auteurs n’aient pas employé un ton suffisamment vif pour faire de « Confessions d’un automate mangeur d’opium » un roman drôle et décalé, ou qu’ils n’aient pas davantage approfondi leur intrigue pour en faire un « policier version Steampunk » de plus grande qualité. Au final, le récit se situe entre les deux sans vraiment parvenir à se démarquer dans un sens ou dans un autre et donc sans réellement me convaincre. J’ai l’impression d’avoir lu une histoire sympathique, agréable mais pas aboutie. Les personnages sont attachants mais assez fades (en dehors de ceux qui tombent dans la caricature) et l’intrigue manque de profondeur. De même, il est dommage que les auteurs n’aient pas plus poussé leur réflexion quant aux thèmes évoqués (progrès de la science, immortalité…), ce qui aurait alors pu relever le niveau d’une intrigue finalement pauvre en terme de suspense et de rebondissements.

En somme, un bon moment de lecture grâce à style agréable et un univers intéressant, mais qui ne me laissera pas non plus un souvenir impérissable. En dépit d’un résumé alléchant et de promesses tout au long du récit, « Confessions d’un automate mangeur d’opium » n’est pas parvenu à répondre totalement à mes attentes. Je ressors de ma lecture avec davantage de questions que de réponses et le sentiment que les auteurs ne sont finalement pas allés jusqu’au bout d’une intrigue pourtant très prometteuse.

En Bref

___On aime : Une idée de départ prometteuse et un style vraiment agréable qui nous transporte aisément dans un Paris version Steampunk plus vrai que nature. Les auteurs parviennent à piquer notre curiosité jusqu’au bout et l’intrigue comporte suffisamment d’action pour qu’on ait toujours envie de poursuivre notre lecture.

___On regrette : Trop de questions sans réponse et le sentiment que les auteurs ne sont pas allés jusqu’au bout de leur intrigue. Le récit oscille entre la caricature et le sérieux comme si les auteurs n’avaient pas réussi à faire un véritable choix dans le ton qu’ils voulaient lui donner.

« La Fille automate » de Paolo Bacigalupi

 

 

 

 

 

 

Mon résumé

Dans un monde post-apocalyptique, le réchauffement climatique a entraîné une élévation du niveau des océans, les réserves d’énergies fossiles sont presque épuisées et l’énergie est désormais stockée manuellement dans des ressorts. Les épidémies ont ravagé les cultures agricoles, et certains virus continuent à décimer les populations affamées.
__Désormais, les compagnies caloriques telles qu’AgriGen, PurCal ou SoyPro contrôlent les productions de nourriture à travers l’élaboration de semences transgéniques résistantes aux différentes maladies. Et afin d’accroître leurs profits, ils n’ont aucun scrupule, n’hésitant pas à créer des virus particulièrement virulent qui contaminent et détruisent les semences de leurs concurrents. De nombreux pays sont ainsi devenus directement dépendants de ces industriels, à une exception près… La Thaïlande, qui parvient tant bien que mal à garder un semblant d’indépendance grâce à une « arme » secrète : sa banque de semences résistantes aux différentes maladies ainsi qu’une politique hautement protectionniste avec un contrôle acharné de ses frontières. En effet, après l’ « expansion » qui fait référence à l’ère révolue de la mondialisation et du libre-échange, le monde a connu une phase de « contraction ». Les Etats se sont peu à peu repliés sur eux-mêmes dans l’espoir de protéger leurs dernières ressources et d’empêcher les pandémies de franchir leurs frontières, en vain.
__C’est donc dans ce contexte que la Thaïlande tire tant bien que mal son épingle du jeu et tente de résister à l’asservissement des compagnies caloriques. Le pays est gouverné par une espèce de Triumvirat composé du général Prachat (ministre de l’environnement), d’Akkarat, (ministre du commerce), et du protecteur de l’enfant reine. A travers l’affrontement de ces deux ministères (environnement et commerce), on comprend rapidement que ce sont en réalité deux conceptions du monde qui s’affrontent. Si le premier défend une politique protectionniste ayant pour objectif de contrôler autant que possible les frontières, le second argue qu’il est temps de s’ouvrir au monde, et de revenir vers une phase d’expansion.
__Sur ce fond de conflit politique et d’apocalypse, évoluent les différents protagonistes d’une intrigue riche. Parmi les principaux, il y a d’abord Anderson, officiellement dirigeant d’une entreprise créant des piles afin de stocker l’énergie ; officieusement, travaillant pour le compte d’AgriGen. Au tout début de l’intrigue, il découvre sur un marché un fruit qu’il n’avait jamais vu, le ngaw, un véritable trésor puisque ce dernier semble miraculeusement résister aux maladies circulantes, confortant ainsi Anderson dans l’idée qu’il y a quelque part en Thaïlande, une banque de semences sur laquelle il est bien décidé à mettre la main.
__Hock Seng quant à lui, est un réfugié chinois travaillant pour Anderson. Cet ancien homme d’affaire, complote dans l’espoir de renouer avec le succès tout en luttant pour survivre dans cette ville, hostile aux étrangers.
__On rencontre également Jaidee, surnommé le Tigre de Bangkok, un chemise blanc qui travaille pour le compte du ministère de l’environnement et exerce sa fonction avec un sens aigu de la justice. S’il jouit d’une très grande popularité auprès du peuple Thaï, ses méthodes lui valent en contrepartie de nombreux ennemis du côté du commerce. A ses côtés, le lieutenant Kanya, une femme d’apparence assez froide, souriant rarement et dont on découvre peu à peu les secrets et le passé.
__Il y a enfin, Emiko, l’automate. Si à première vue, elle ne tient pas vraiment le premier rôle dans cette intrigue, c’est son personnage qui fait bousculer l’histoire. Elle est le résultat de manipulations génétiques, et a été programmée pour obéirà un maître. Abandonnée en Thaïlande par son ancien propriétaire japonais, elle réside de façon illégale en Thaïlande et risque à tout moment d’être exécutée si elle se fait attraper. Raleigh, le dirigeant d’un sex club lui offre une certaine sécurité en corrompant les officiers de police pour qu’il lui laisse la vie sauve mais cette protection a une contrepartie : elle doit travailler dans son club où elle est de façon permanente abusée et humiliée. Son chemin va croiser celui d’Anderson qui lui parlera d’un endroit au Nord de la Thaïlande, où les automates comme elle vivent entre eux, libres. Dès lors, elle n’aura qu’une obsession : s’enfuir.

L’auteur

__Paolo Bacigalupi  est un auteur américain de science-fiction et fantasy.

___Ses nouvelles ont été publiées dans The Magazine of Fantasy & Science-Fiction, Asimov’s Science Fiction, et le journal environnemental High Country News.

___Ses fictions ont été sélectionnées pour les prix Nebula et Hugo et The Calorie Man a gagné le prix Théodore Sturgeon, récompensant la meilleure nouvelle SF de l’année, en 2006.

___Il écrit également des essais, publiés simultanément dans de nombreux journaux américains.

___En 2010, il est le lauréat du prestigieux prix Locus du premier roman pour « La Fille automate ».

Mon opinion

★★

__Je suis totalement novice dans le genre SF qui jusque-là ne m’avait jamais attirée. Mais face au résumé prometteur et aux premiers avis très élogieux sur « La fille automate », je me suis laissée facilement convaincre. Et je dois dire que si d’autres titres classés SF sont à la hauteur de ce roman, il est temps que je m’intéresse à ce genre de plus près !

__Avec « La fille automate », je me suis prise une claque comme rarement en littérature.  Paolo Bacigalupi nous dépeint un monde post-pétrole qui paraît à première vue à des années-lumière du monde que nous connaissons, mais qui se révèle au fil des pages d’un réalisme à faire froid dans le dos. L’écriture est efficace, immersive, et l’imagination de l’auteur foisonnante. Le monde qui prend forme devant nous est saisissant, tout aussi complexe que fascinant et débordant de véritables perles d’imagination. Je pense par exemple aux Cheshire dont le nom et l’aspect font référence au chat de « Alice au pays des merveilles » de Lewis Caroll. Ces chats, génétiquement modifiés ont été créés à l’origine en guise de cadeau d’anniversaire pour une petite fille. Mais leur aptitude à se fondre dans le paysage tels des caméléons, leur a permis de supplanter à terme la race féline « naturelle ». J’ai adoré le concept !

__Au niveau de l’intrigue, nous suivons tour à tour différents protagonistes, qui évoluent dans des couches distinctes de la société et nous permettent peu à peu de comprendre le monde dans lequel nous évoluons au grès des indices disséminés. Car comme indiqué plus haut, le monde de Paolo Bacigalupi est extrêmement dense et très difficile à appréhender pour le lecteur qui se retrouve dès les premières pages plongé dans un univers dont il ne maîtrise pas les codes. Ce n’est pas tant le nombre de protagonistes qui m’a dérangé (je n’ai eu aucun problème pour les différencier) mais plutôt le manque d’explications qui perdurent de nombreux chapitres et qui nous conduit à évoluer dans le brouillard sans pouvoir comprendre totalement les faits. Il faut attendre longtemps avant de comprendre que c’est à nous de rassembler les pièces du puzzle, de lire entre les lignes et de saisir au vol le moindre indice dissimulé au détour d’un dialogue ou d’une phrase.

__C’est un véritable effort de concentration, une lecture intense au cours de laquelle il faut donc s’accrocher mais dès lors que l’on a compris le fonctionnement de cet univers, on peut apprécier à sa juste valeur l’intrigue qui se dessine peu à peu et les chapitres précédents deviennent tout à coup beaucoup plus clair.

__J ai trouvé l’intrigue très bien menée, à la hauteur de l’univers mis en place par l’auteur et jusqu’au bout je ne savais pas quelle direction elle allait prendre. Au terme de ma lecture, je reste avec quelques questions sans réponses, mais loin de me frustrer, cette part de mystère donne à mon goût une valeur ajoutée au roman.

__Mais ce qui m’a probablement le plus séduite, c’est qu’au-delà d’une intrigue magistrale, ce livre est aussi un appel à la réflexion sur le monde dans lequel nous vivons et sur nos comportements. Ce n’est pas qu’un (très bon) livre de science-fiction, l’auteur à travers son intrigue envoie un message fort, sans pour autant adopter un ton moralisateur. C’est peut-être d’ailleurs cette distance, cette froideur dans l’énonciation qui rend l’avertissement aussi percutant. En effet, l’auteur ne prend aucun parti-pris. Point de discours écologiste ou moralisateur, pas de « je » dans le récit. Nous vivons l’histoire à travers les points de vue des différents protagonistes et c’est à nous de choisir de quel côté nous situer. Car les personnages et le monde dans lequel ils évoluent ne sont pas manichéens. Chacun a sa part d’ombre, une histoire personnelle qu’il porte derrière lui et qui conditionne ses actes parfois lourds de conséquence.

__Dans ce monde ravagé par l’Homme, hors de contrôle, ou l’équilibre de la nature a été bouleversé, et qui se retrouve aujourd’hui dans les mains de grandes firmes jouant les apprentis sorciers à coups de manipulations génétiques aux conséquences collatérales désastreuses, on ne peut que se désoler de s’apercevoir que l’Homme n’a en fin de compte pas tiré de leçons du passé. Alors que le monde continue de s’effondrer autour d’eux, la corruption, les conflits idéologiques et politiques font rage et gangrènent la société au détriment des populations qui vivent dans la terreur et luttent pour survivre. Une vision finalement pessimiste de la nature humaine, où le pouvoir et l’argent prévalent sur tout le reste y compris dans les périodes les plus critiques, quitte à précipiter l’humanité à sa perte.

__En conclusion, voilà donc un livre que je recommande chaudement donc mais à un public averti. On est en effet bien loin de l’univers simple et très édulcoré de « Cinder » en comparaison (attention, j’ai adoré « Cinder », mais je tiens à avertir les personnes qui espèrent retrouver une dystopie du même genre, « La fille automate », c’est clairement un niveau au-dessus de ce qu’on peu trouver en littérature jeunesse ou YA!). Préparez-vous donc à une lecture dense et complexe, loin des dystopies ou autres livres de science-fiction YA. Cependant, il serait très dommage de passer à côté !

__Avec « La fille automate », Paolo Bacigalupi nous offre un excellent roman d’anticipation sous la forme d’un portrait aussi inquiétant que troublant d’un monde post-pétrole. Si je ne le classe pas dans la catégorie des coups de cœur, en raison d’un début de lecture chaotique et déstabilisant, tout le reste est un sans-faute avec une mention toute particulière pour l’univers saisissant et la créativité dont fait preuve l’auteur. J’ai d’ores et déjà hâte de découvrir le dernier livre paru de l’auteur, un auteur que je vais d’ailleurs suivre de près !

En Bref

___On aime : L’univers, certes très complexe, mais incroyablement fouillé mêlant décor apocalyptique, biotechnologies avec un brin de steampunk. L’écriture de Paolo Bacigalupi est fluide, très agréable, et nous porte de bout en bout d’un récit sans temps mort grâce à une intrigue maîtrisée et passionnante. Et puis au-delà d’un excellent roman de science-fiction, un livre qui invite le lecteur à la réflexion.

___On regretteun début de lecture assez fastidieux. Il faut de longs chapitres pour appréhender le monde de l’auteur et apprécier pleinement la lecture… mais ça en vaut la peine !