« Agatha Raisin enquête #2: Remède de cheval » de M. C. Beaton

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Quatrième de couverture

Agatha Raisin, s’intégrant peu à peu à son petit village, fait la connaissance de Paul, le vétérinaire, qui ne semble pas insensible à ses charmes. Mais celui-ci est retrouvé mort, victime d’une injection de tranquillisant destiné au cheval de Lord Pendlebury. Agatha ne croit pas à l’accident et prend l’enquête en main. Son nouveau voisin, le colonel Lacey, d’habitude distant, accepte de l’aider.
  • Mon opinion

★★★★☆

___Agatha a encore l’esprit absorbé par son séduisant voisin lorsque Jack Pomfret, un de ses anciens concurrents, lui propose de se relancer dans les affaires. Comprenant que l’élu de son coeur n’est pas vraiment disposé à répondre à ses avances (dans l’immédiat, le colonel Lacey semble au contraire la fuir avec toute l’énergie du désespoir), la retraitée décide de partir quelques jours pour Londres afin d’étudier la proposition de son ancien confrère. Une fois là-bas, Agatha ne tarde pas à déchanter lorsqu’elle découvre que sous-couvert de belles promesses, Jack Pomfrey espère en fait lui soutirer de l’argent. Grâce aux conseils avisés de son ami Bill et à sa clairvoyance, Agatha échappe finalement de peu à une odieuse tentative d’escroquerie. A peine a-t-elle digéré l’affront d’avoir ainsi été menée en bateau, qu’elle retourne s’enterrer dans son cottage à la campagne, avec en prime un nouveau compagnon dans ses bagages…

Dans le même temps, la petite ville de Carsely vient d’accueillir un cabinet vétérinaire dont la salle d’attente ne désemplit pas. Depuis l’ouverture, les habitantes se bousculent pour venir faire examiner leurs compagnons à quatre pattes par le charmant Paul Bladen, un quarantenaire divorcé. Rabrouée par son voisin, Agatha, désormais propriétaire de deux chats, se résout finalement à concentrer ses efforts sur le nouveau vétérinaire. Moins farouche, ce dernier semble d’ailleurs céder au charme de la quinquagénaire. Mais alors qu’elle est sur le point de conclure, Agatha prend les jambes à son cou…

Incroyable ironie du sort, le lendemain de ce tête-à-tête mouvementé, le vétérinaire est retrouvé mort, une seringue de tranquillisant enfoncée en plein coeur. Les premières constatations des enquêteurs concluent rapidement à un accident. Une hypothèse qui ne convainc cependant pas Agatha Raisin. Guettant fébrilement l’aventure qui viendra rompre la monotonie de sa vie à Carsely, elle voit là l’opportunité idéale de mettre un peu de piquant dans sa vie.

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___Après avoir lavé son honneur en démasquant le meurtrier de Mr Cummings-Browne, Agatha reprend du service pour élucider un nouveau mystère. Si cette fois-ci, la jeune retraitée est a priori exempte de tout soupçon, cela n’empêche pas notre excentrique quinquagénaire d’enfiler de nouveau ses habits de Miss Marple. Et c’est en charmante compagnie, épaulée par son séduisant voisin, qu’elle se lance donc dans une nouvelle enquête, sur les traces de l’assassin du vétérinaire de Carsely.

Alors que nos enquêteurs amateurs avancent dans leurs investigations, la thèse de l’accident, pourtant privilégiée par la police, semble bientôt se disloquer. Cette fois encore, la victime semblait être un coureur de jupons invétéré. De fait, les mobiles et les suspects ne manquent pas et tendent même à s’accumuler à mesure que l’enquête progresse. Si dans un premier temps, les deux voisins n’ont cependant pas de preuve tangible pour étayer leur intuition, chacun a ses raisons de vouloir se lancer dans cette enquête officieuse. Souffrant du fameux syndrome de la page blanche, le livre que tente d’écrire James est au point mort. Partir à la recherche de l’hypothétique meurtrier de Paul Bladen est donc le prétexte idéal pour le colonel de se détourner de son travail d’écriture. De son côté, Agatha voit dans cette enquête l’occasion rêvée de se rapprocher de son charmant voisin.

Depuis plusieurs semaines, James semble en effet résolu à fuir par tous les moyens sa voisine un peu trop entreprenante. Il faut dire que manquant cruellement de subtilité, toutes les tentatives de séduction d’Agatha se soldent invariablement par un échec. Pire, James commence à la croire réellement « dérangée ». Étonnamment, Agatha réalise que plus elle se montre désintéressée et distante avec James, plus ce dernier lui témoigne d’attention. Comprenant qu’elle semble tenir là une tactique potentiellement fructueuse, Agatha s’évertue donc, non sans quelques difficultés, à feindre l’indifférence.

Mais au grand désespoir de cette dernière, une nouvelle venue à Carsely, Freda Huntingdon, semble avoir elle aussi jeté son dévolu sur le colonel retraité. Agatha, qui voit rapidement clair dans le jeu de la nouvelle habitante, n’apprécie pas vraiment l’irruption de cette rivale sur son territoire. Il faut dire qu’aussi pugnace et déterminée qu’Agatha, Freda ne ménage pas ses efforts pour mettre le grappin sur James, multipliant les opérations séduction et les tentatives d’approche. Entre les deux voisines, les hostilités sont ouvertes et tous les coups sont permis pour tenter de ravir le coeur du célibataire endurci.

___Deuxième tome de la série « Agatha Raisin enquête », « Remède de cheval » reprend bon nombre des ingrédients à succès du premier opus. Au menu de cette deuxième enquête : un nouveau crime à élucider, des dialogues savoureux et toujours autant d’humour et de situations désopilantes, à l’instar de cette scène d’anthologie dans les toilettes d’un pub ou encore d’une confrontation explosive avec un châtelain irascible (qui prend Agatha pour une militante antichasse !)! Fidèle à elle-même, Agatha se laisse comme toujours davantage guider par son esprit de contradiction que sa conviction. On retrouve avec bonheur la personnalité sans filtre et les répliques exquises de l’excentrique retraitée. Toujours aussi spontanée et maladroite, elle multiplie les gaffes et possède le don de se mettre dans des situations aussi invraisemblables que truculentes !

___L’intrigue policière, bien que moins convaincante que celle de l’opus précédent, n’en reste pas moins plaisante à suivre. De fait, ce deuxième opus s’attarde davantage sur l’évolution des relations entre les différents protagonistes que sur l’enquête elle-même. Au fil des interrogatoires et de l’avancée de leurs investigations, la relation entre Agatha et James prend peu à peu une tournure conjugale. Entre chamailleries et quiproquos, leur duo fait des étincelles pour le plus grand plaisir du lecteur.

___A l’image de l’héroïne qui apprend progressivement à connaître ses voisins, le lecteur fait lui aussi plus ample connaissance avec les habitants de Carsely. On retrouve avec plaisir bon nombre de personnages et de lieux déjà croisés au cours du précédent tome, ainsi que quelques nouveaux venus. Cette deuxième enquête est également l’occasion pour Agatha de commencer à se remettre peu à peu en question. Totalement obnubilée par sa propre personne (et par son voisin), elle réalise bientôt, non sans amertume, que James s’est incontestablement beaucoup mieux intégré qu’elle dans le village… Un premier pas vers ce qui semble annoncer une évolution aussi intéressante à suivre que salutaire. Personnage antipathique pour certains, héroïne désopilants pour les autres, Agatha Raisin est dans tous les cas une personnalité haute en couleurs et pleine de caractère qui ne laisse pas indifférent.

Je remercie encore une fois les éditions Albin Michel pour cet excellent moment de lecture !

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« Agatha Raisin enquête #1: La quiche fatale » de M. C. Beaton

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Quatrième de couverture

Sur un coup de tête, Agatha Raisin décide de quitter Londres pour goûter aux délices d’une retraite anticipée dans un paisible village des Costwolds, où elle ne tarde pas à s’ennuyer ferme.
Afficher ses talents de cordon-bleu au concours de cuisine de la paroisse devrait forcément la rendre populaire. Mais à la première bouchée de sa superbe quiche, l’arbitre de la compétition s’effondre et Agatha doit révéler l’amère vérité : elle a acheté la quiche fatale chez un traiteur.
Pour se disculper, une seule solution : mettre la main à la pâte et démasquer elle-même l’assassin.
  • Mon opinion

★★★★★

___Une pincée de mystère, un soupçon d’originalité et une grosse dose d’humour, voilà en substance les principaux ingrédients de « La quiche fatale », premier roman de la série « Agatha Raisin enquête » initialement débutée en 1992 en Angleterre et enfin traduite en France par les éditions Albin Michel.

___A 53 ans et après avoir dévolu sa vie à sa carrière professionnelle, Agatha est en passe de réaliser un rêve d’enfance : quitter Londres afin de jouir d’une retraite anticipée au coeur d’un ravissant village des Costwolds où elle a fait l’acquisition d’un petit cottage. Dans cette petite bourgade au charme pittoresque, l’excentrique citadine détonne et semble en complet décalage avec le reste des habitants. De fait, après avoir essuyé quelques déconvenues (et débauché au passage la femme de ménage de sa voisine), Agatha réalise que l’intégration s’annonce plus difficile que prévu. Pleine de bonne volonté et gonflée de bonnes intentions, elle décide finalement de participer à un grand concours de quiches afin de chasser le sentiment de solitude qui l’assaille peu à peu.

Pour Agatha, ce concours est l’occasion rêvée de se faire remarquer et d’enfin briser la glace avec le voisinage. Soucieuse de briller lors de la compétition et d’ainsi faire bonne impression, notre experte des relations publiques ne s’embarrasse d’aucun scrupule, allant jusqu’à présenter au concours une quiche achetée auprès de son traiteur favori. Il faut dire à sa décharge que notre citadine londonienne est plus connue pour être la reine du micro-onde que celle des fourneaux.

Une petite tricherie qui aurait pu rester sans conséquence si Mr Cummings-Browne, l’arbitre de la compétition, n’avait pas été retrouvé mort, empoisonné, à son domicile le lendemain du concours. Très vite, tous les soupçons se tournent vers la nouvelle habitante. Il faut dire que les premières preuves semblent s’accumuler contre elle.

Interrogée par la police qui semble résolue à jouer avec ses nerfs, Agatha se trouve dans une situation des plus inconfortables. Si elle veut se disculper, elle sait qu’elle va devoir avouer sa tricherie au risque de se mettre tout le village à dos. Se sentant victime d’une terrible injustice, Agatha entend bien laver son honneur en démasquant le coupable. S’improvisant enquêtrice, elle espère ainsi faire éclater la vérité et gagner ainsi le respect des habitants.

 *_____*_____*

___On connaît depuis longtemps le talent des Britanniques pour écrire d’hilarantes comédies policières. Leur savoir-faire en la matière n’est plus à démontrer. Ils excellent dans l’art de mettre en scène des personnages truculents et leur inventivité en termes de péripéties et autres situations rocambolesques semble sans limite.

Avec cette série à mi-chemin entre la comédie loufoque et le récit policier, M. C. Beaton fait donc à son tour le choix de s’affranchir des codes traditionnels du roman policier classique pour embrasser le parti-pris de la comédie policière. Un exercice souvent périlleux et qui requiert autant d’audace que de talent pour se révéler pleinement réussi. Le mélange des genres tendant trop souvent à nuire à la qualité de l’intrigue qui perd dès lors inévitablement en efficacité.

___Initialement paru au début des années 90 en Angleterre, Agatha Raisin, n’a rien perdu de son charme et conserve aujourd’hui encore tout le sel a l’origine du succès de la saga (plus de 15 millions d’exemplaires vendus dans le monde).

Premier titre d’une série qui en compte vingt-sept à ce jour, « La quiche fatale » donne le ton de la saga. Surtout, avec ce premier volet d’une rare maîtrise, M.C. Beaton montre qu’elle a su avec brio éviter tous les écueils propres à l’exercice de la comédie policière. Sans jamais privilégier un registre au détriment de l’autre, l’auteure réussit en effet magistralement à mêler humour et suspense policier.

Après avoir renoncé à son agence de relations publiques (bâtie au prix de longues années de labeur) et troqué sa vie londonienne dans l’espoir de goûter au calme et à une vie de loisirs, Agatha Raisin, se retrouve donc télescopée au coeur d’une paisible petite bourgade anglaise. Dans ce microcosme au charme pittoresque, l’excentrique citadine apparaît totalement inadaptée et ne tarde pas à regretter l’air pollué de Londres qui la faisait se sentir si vivante. Impertinente, maladroite, pétrie de contradictions et ne mâchant pas ses mots, Agatha Raisin est un parangon d’anticonformisme et incarne l’archétype de l’anti-héroïne. Mais c’est justement parce qu’elle multiplie les gaffes et n’a pas sa langue dans sa poche qu’elle nous est aussi attachante. Ses excentricités et son langage fleuri font tout le charme de cette enquêtrice du dimanche aux méthodes d’investigation frisant l’amateurisme. On se régale des péripéties en chaîne de cette Mrs Marple aussi impertinente et exaspérante qu’attachante.

Il faut dire que M. C. Beaton n’y va pas avec le dos de la cuillère et ne lésine pas sur les situations cocasses et les dialogues relevés. Une surenchère d’ironie et de sarcasmes qui ne parvient cependant jamais à doucher l’enthousiasme du lecteur. Usant d’une écriture efficace qui imite celle des sitcoms dont elle reprend ici les procédés, l’auteure parvient à maintenir un rythme enlevé tout au long du récit. De surcroît, on se prend littéralement au jeu de cette enquête riche en surprises et en rebondissements, et menée avec entrain par une héroïne irrésistible et pleine de caractère. Sous ses allures de carte postale, le village de Carsely dissimule bien des secrets : corruption, affaires de moeurs… de nombreux habitants semblent avoir plus d’un cadavre au fond de leurs placards.

___Véritable hommage à Agatha Christie, les aventures d’Agatha Raisin regorgent de références aux romans policiers de la légendaire « reine du crime », Mais le récit recèle aussi de véritables bijoux d’ironie ! Au détour d’un chapitre, M. C. Beaton égratigne ainsi tour à tour avec malice journalistes, touristes, citadins… A travers sa galerie de personnages, elle exacerbe et tourne en dérision les petits travers de la nature humaine.

Avec cette saga pleine de charme et d’originalité, M. C. Beaton se démarque de la production littéraire habituelle, affirmant son propre style et revendiquant une vraie personnalité. Sans jamais perdre de vue les enjeux initiaux de son récit, la romancière construit surtout habilement une intrigue convaincante, portée par une galerie de personnages truculents et hauts en couleurs.

Ce premier tome est aussi l’occasion pour l’auteure d’introduire quelques uns des protagonistes qui constitueront la clé de voûte de la saga. L’univers de la série s’étoffera au fil des aventures, s’enrichissant de nouveaux personnages tandis que certains, récurrents, devraient voir leurs rôles renforcés. On devrait ainsi notamment retrouver le sympathique jeune constable Bill Wong, Doris Simpson, la femme de ménage, Roy Silver, l’ex-assistant, ou encore James Lacey, le séduisant nouveau voisin.

Une lecture revigorante et savoureuse, à déguster sans modération ! Pour ma part, j’ai déjà entamé le prochain tome de la série dont j’attends la suite de la traduction avec grande impatience !

Je remercie infiniment les éditions Albin Michel pour cette formidable découverte !

  • Extraits

« Une guerre faisait rage quelque part, comme d’habitude, et recevait le même traitement journalistique que d’habitude ; autrement dit, le présentateur et le reporter faisaient un brin de causette. « John, vous m’entendez ? Comment la situation a-t-elle évolué ? – Eh bien, Peter… » Quand ils passèrent enfin la parole à l’inévitable « expert », Agatha en était arrivée à se demander pourquoi diable les médias se donnaient la peine d’envoyer quelqu’un sur place. Tout recommençait comme pendant la guerre du Golfe, où la plupart des images qu’on avait pu voir montraient un reporter planté devant un palmier à côté d’un quelconque hôtel du Riyad. Que de dépenses inutiles ! L’envoyé spécial n’avait jamais grand-chose à apporter, et ce serait revenu bien moins cher de le filmer devant un palmier dans un studio londonien. » (p.23)

« Tout ce qu’on ne s’est jamais dit » de Celeste Ng

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Quatrième de couverture

Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore… Élève modèle, ses parents ont placé en elle tous leurs espoirs. Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus. Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac. Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés.

Des secrets si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées. Bien sûr, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit distille un suspense d’une rare efficacité. Mais ce livre qu’on garde en soi très longtemps est bien plus que cela. Celeste Ng aborde la violence de la dynamique familiale, les difficultés de communication, le malaise adolescent, avec une intensité exceptionnelle qui évoque l’univers de Laura Kasischke.

  • Mon opinion

★★★★☆

___A vingt ans, Marilyn a déjà l’ambition chevillée au corps et aspire à des idéaux plus grands que ceux de sa mère. Nous sommes alors en plein coeur des années 50 et la jeune femme, élevée dans le respect des valeurs traditionnelles de la société américaine, entend bien contrarier les projets que sa mère nourrissait à son égard. Il faut dire que sa conception de l’épanouissement personnel est aux antipodes des siennes. Et l’image de la femme d’intérieur modèle doublée de l’épouse dévouée n’est définitivement pas à la hauteur des aspirations de l’étudiante. Ses plans de carrière sont déjà minutieusement échafaudés : attraper au vol l’ascenseur social et faire exploser le plafond de verre afin de devenir médecin – une profession qui reste à cette époque l’apanage des hommes. C’était sans compter sur sa rencontre avec James Lee, son jeune professeur, à peine plus âgé qu’elle et fraîchement diplômé. Quelques mois après le début de leur liaison, l’arrivée inopinée d’un premier bébé mettra en effet un brutal coup d’arrêt aux ambitions professionnelles de la jeune femme. Un deuxième enfant plus tard, celle qui a toujours refusé d’incarner l’image d’Épinal de la parfaite épouse et mère au foyer réalise peu à peu – non sans effroi – qu’elle est bel et bien devenue ce a quoi elle avait toujours voulu échappé…

Alors que Marilyn lutte contre ses regrets, James, de son côté, tente désespérément de trouver sa place dans la société. Se fondre dans le moule, mener une existence sans remous ni orage… telles sont les modestes aspirations de ce fils d’immigré chinois si désireux de correspondre au stéréotype américain, au risque parfois d’en frôler la caricature.

___Hantés par des désillusions personnelles et des opportunités manquées dont ils ne parviennent pas à faire le deuil, les parents de Lydia ont donc finalement reporté leurs espoirs sur les frêles épaules de leur fille. A seize ans, celle qui cristallise tous les rêves déçus de ses parents, se voit ainsi confier la lourde mission de réussir là où tous deux ont échoué. Fruit d’un mariage mixte entre une américaine et un père d’origine chinoise issu de l’immigration, l’adolescente a la délicate tâche de réparer les frustrations et les rêves brisés de ses parents. Dépositaire malgré elle de leurs rêves inassouvis et de leurs ambitions avortées, la jeune fille peine à assumer son statut d’enfant prodige. Véritable centre de gravité de la maisonnée, elle est celle qui concentre malgré elle toutes les attentions, pendant que son frère et sa soeur essaient eux aussi de vivre – à défaut d’exister – dans son ombre.

« Et Hannah ? Ils avaient installé sa chambre dans le grenier, où l’on conservait les choses dont on ne voulait pas, et même à mesure qu’elle grandissait, chacun d’entre eux oubliait, de façon fugace, qu’elle existait. »

Tandis que Marilyn imagine déjà sa fille prix Nobel de médecine, James, qui toute sa vie a subi les moqueries du fait de ses origines, rêve quant à lui de voir Lydia briller en société. Tiraillée entre les aspirations d’émancipation de sa mère et le désir d’intégration de son père, la jeune fille lutte pour ne pas sombrer. Dans ce combat permanent contre la pression sociale et familiale, Lydia pourra néanmoins longtemps compter sur le soutien admirable de son frère. Allié précieux, il est aussi avec Hannah (la benjamine) la victime collatérale de cette famille dysfonctionnelle qui achèvera de se disloquer avec la disparition de Lydia dans des circonstances troubles.

___Davantage qu’un thriller, c’est donc avant tout un remarquable roman psychologique que nous livre Celeste Ng. Un portrait au vitriol au cours duquel la romancière déterre soigneusement les secrets de chacun de ses personnages, décortique des rapports familiaux complexes, explore les consciences et lève progressivement le voile sur les non-dits. Sous le vernis des apparences, elle nous montre sans détour les rancoeurs qui gangrènent l’unité familiale, ainsi que les souffrances et les petites frustrations qui empoisonnent le quotidien. Décrivant avec une exceptionnelle justesse le malaise adolescent, elle en analyse les causes et démontre comment l’héritage familial peut parfois lourdement peser sur nos vies et les choix que nous faisons.

___Prise dans les rouages incontrôlables de cette machine à broyer les enfants et lentement phagocytée par les espoirs immenses que ses parents fondent en elle, Lydia devient sous nos yeux la victime d’une tragédie annoncée. Méticuleusement, Celeste Ng retrace le parcours de cette cellule familiale au bord de l’implosion, jusqu’à l’issue fatale et inéluctable. En filigrane de ce drame dont elle déroule le fil, c’est également un portrait féroce de l’Amérique qui se dessine : le racisme ordinaire, l’échec du modèle du melting-pot, le culte de l’individualisme, les revers du mythe de l’american way of life... Durant quelques 270 pages, le lecteur évolue dans ce microscome étouffant qui concentre toutes les obsessions et les angoisses de la société américaine. Un drame familial puissant et d’une grande subtilité, à découvrir absolument !

Merci à Babelio et aux éditions Sonatine pour cette belle révélation !

  • Extrait
« Marilyn ne serait pas comme sa mère, à pousser sa fille vers un foyer et un mari, vers une vie bien rangée entre quatre murs. Elle aiderait Lydia à faire tout ce dont elle serait capable. Elle consacrerait le restant de ses jours à la guider, à la protéger, comme on s’occupait d’un rosier de concours : l’aidant à grandir, le soutenant avec des tuteurs, courbant chaque tige pour qu’il soit parfait. »

« Le cercle des plumes assassines » de J. J. Murphy

Quatrième de couverture

Dorothy Parker fut l’une des femmes les plus drôles de l’Amérique. Critique, poète, scénariste, elle fut un pilier de la célèbre Table Ronde de l’hôtel Algonquin, où déjeunaient ensemble les plus fins esprits de New York. Dans ce roman qui nous fait revivre les folles années 20, elle devient malgré elle l’héroïne intrépide d’une enquête criminelle. Un matin, Dorothy découvre sous leur table habituelle un inconnu poignardé en plein coeur. Pour compliquer l’affaire, un jeune outsider, venu du Sud, un certain William («Billy») Faulkner, qui rêve de devenir écrivain, va se trouver mêlé à l’histoire. Il est le seul à avoir eu un furtif aperçu du tueur… Mené à un rythme endiablé, ce roman qui allie suspense et humour nous plonge dans l’ambiance de Manhattan à l’époque de la Prohibition. On y croise gangsters notoires, stars de cinéma, légendes littéraires, des personnes réelles côtoyant des êtres de fiction. Jeux de mots, propos acidulés, insultes à peine voilées : les répliques fusent comme des tirs de mitraillette, le tout dans une joyeuse anarchie. J.J. Murphy, admirateur de longue date de Dorothy Parker, a lancé avec ce premier roman une série autour du «cercle vicieux» de l’hôtel Algonquin. Ce roman et le troisième de la série ont été nominés pour le prestigieux prix du polar «Agatha».
  • Mon opinion

★★★★★

Dorothy Parker

Dans ce premier volet d’une série mettant en scène la critique, poétesse et scénariste Dorothy Parker, J. J. Murphy plante le décor de son roman au coeur de l’Hôtel Algonquin (point de ralliement emblématique du « cercle vicieux ») devenu brutalement le théâtre d’un crime impliquant dès lors inéluctablement ses membres. A partir de cette idée originale, l’auteur signe un roman plein de verve et gonflé d’humour qui inaugure avec brio une série pleine de promesse !

___Après avoir fait ses premières armes à Vogue, la jeune journaliste Dorothy Parker se voit confier, à l’âge de 25 ans, la chronique théâtrale de Vanity Fair, Dans les années 20, l’écrivain et chroniqueuse est au centre d’un groupe littéraire new-yorkais qui règne alors sur la vie intellectuelle et mondaine new-yorkaise. Composé d’auteurs, critiques et/ou journalistes, cette sorte d’institution intellectuelle et mondaine rassemble les esprits et plumes les plus acérées de l’époque. C’est à l’Hôtel Algonquin sur la 44e rue que la petite troupe a élu domicile. Six après-midi par semaine, ses membres ont ainsi l’habitude de se réunir autour de la Table Ronde. Célèbre pour l’humour corrosif des conversations qui s’y menaient, l’officieux « Cercle vicieux » (aussi appelé « la Table ronde de l’Algonquin ») exerce une certaine influence sur la société New-Yorkaise. Lors de ces réunions, Dottie peut ainsi éprouver son sens de l’humour caustique et venimeux qui constitue rapidement sa griffe et imprègne nombre de ses oeuvres.

Le jeune William Faulkner

___Mais un jour, alors qu’elle s’apprête à rejoindre ses camarades pour assister à l’une de leurs réunions quotidiennes, la journaliste fait une macabre découverte. Sous la Table Ronde, gît en effet le corps sans vie d’un homme poignardé en plein coeur. La victime n’est autre que Leland Mayflower, un critique de théâtre pour le Knickerbocker News. L’inspecteur Orang-outang O’Rannigan, chargé de l’affaire, ne tarde pas à passer en revue les hypothétiques mobiles (plus ou moins plausibles) ayant pu pousser chacun des membres à commettre le crime. Fraîchement débarqué du Mississippi, William Faulkner est rapidement suspecté du meurtre. Dorothy, qui vient tout juste de faire sa connaissance, ne tarde pas à le prendre le jeune auteur sous son aile et est déterminée à prouver son innocence. Epaulé par son vieil ami et collègue Benchley, Dorothy s’improvise donc enquêtrice, et les trois acolytes se lancent rapidement sur la piste du meurtrier (ou de son commanditaire). 

___S’appuyant sur une figure irrévérencieuse et emblématique du milieu littéraire des années folles, J. J. Murphy met ainsi en scène une galerie de personnages truculents et pleins de mordant, à la hauteur de leur réputation. Gravitant aux côtés de Dottie, on retrouve ainsi les autres piliers du cénacle de l’Algonquin parmi lesquels Robert Benchley, Robert Sherwood ou encore Alexander Woollcott. On se délecte des joutes verbales de ces esprits persifleurs et charismatiques qui portent efficacement cette intrigue désopilante de bout en bout ! Se montrant drôles et spirituels (même dans les circonstances les plus tendues ou les situations les plus ridicules), Dottie et Benchley forment un tandem irrésistible et attachant dont on suit les péripéties avec délectation et que l’on quitte à regrets.

___Mais que les lecteurs qui ne connaissent ni Dorothy Parker ni son “cercle vicieux” se rassurent : nul besoin d’avoir lu un de ses ouvrages pour apprécier cette enquête pleine de mordant ! J. J. Murphy s’attache en effet à rappeler les éléments contextuels indispensables permettant à tout un chacun de pleinement savourer ce condensé d’humour et d’esprit !

Le groupe du « cercle vicieux » (tirée du film « Mrs. Parker and the Vicious Circle » (1994))

___Le ton est d’ailleurs donné dès les premières pages où s’enchaînent très vite dialogues au cordeau, comique de répétition, réparties hilarantes et fignolées… L’auteur impulse ainsi rapidement une dynamique impeccable à cette enquête aussi haletante que rocambolesque. Le rythme très théâtral et les enchaînements d’atmosphères quasi cinématographiques ne laissent aucun répit au lecteur.

___La remarquable finesse des dialogues et la parfaite orchestration du récit témoignent en outre de l’irréprochable maîtrise de son sujet par l’auteur. Mâtiné d’anecdotes et dans une atmosphère parfaitement restituée, J. J. Murphy fait se croiser personnages réels et fictifs avec une incroyable aisance et enracine son enquête à une époque encore marquée par la guerre, au cours de laquelle s’esquisse un début de libération des mœurs.

___Avec ce premier volet, J. J. Murphy embrasse pleinement le parti-pris de la comédie à l’humour grinçant. Multipliant les réparties qui font mouche et grâce à un renouvellement permanent des ressorts comiques employés, l’auteur, toujours remarquablement inspiré, fait surgir des effets comiques d’une incroyable efficacité, y compris là où on ne les attend pas ! Entre véritable exercice de style et parodie littéraire, il se dégage de ce récit plein d’allant une énergie et une bonne humeur communicative !

___Dans le pur esprit des screwball comedy, le dénouement de ce polar décalé et réjouissant n’est donc pas le plus important, c’est davantage le chemin plein de détours imprévisibles et riche en surprises qui nous y conduit qui compte. L’intrigue policière sert donc ici davantage de prétexte pour épingler cette société du paraître et des faux-semblants dans laquelle gravite Dottie et où l’intérêt personnel prime sur le souci des autres. J. J. Murphy n’y va pas avec le dos de la plume pour égratigner non sans humour le microcosme mondain dans lequel évoluent ces personnages. Il se moque joyeusement de cette ambiance saturée d’hypocrisie et tourne en dérision un milieu aussi fermé que superficiel où le nombrilisme exacerbé côtoie la malhonnêteté intellectuelle. Sous le vernis des bonnes manières et de la comédie, il brosse ainsi des portraits au vitriol. On n’aurait définitivement pu imaginer plus bel hommage à une femme émancipée qui souhaita toute sa vie bousculer les mentalités de son temps.

___Il convient, pour conclure, de souligner le remarquable travail effectué par la traductrice Hélène Collon qui, au-delà du texte, s’est évertuée à restituer le plus fidèlement possible et avec une incroyable réussite les nombreux jeux de mots, subtilités grammaticales et orthographiques de l’oeuvre d’origine! Espérons maintenant que les éditions Baker Street traduisent rapidement la suite de cette série déjà pleine de charme et d’esprit !

Créatif, décapant et porté par des personnages croustillants, « Le cercle des plumes assassines » est un roman jubilatoire, s’inscrivant dans la pure tradition des screwball comedy dont il reprend avec brio les codes. J. J. Murphy enchaîne ainsi les dialogues au cordeau et les joutes verbales hilarantes avec une exceptionnelle maîtrise ! Mené selon un rythme quasi théâtral qui ne laisse aucun répit au lecteur, ce récit plein de verve oscillant entre roman policier et parodie littéraire se révèle aussi brillant que jubilatoire !

Multipliant les situations désopilantes et les traits d’esprit, ce premier opus trouve ainsi sa réussite non seulement dans les ressorts comiques à la fois inspirés et sans cesse renouvelés que dans sa galerie de personnages truculents et hauts en couleurs. C’est en outre une immersion saisissante dans le New York de l‘entre-deux guerres, marqué par la Prohibition, les Bootlegger et les speakeasies.

Egratignant au passage avec humour le microcosme mondain dans lequel gravitent ces personnages, J. J. Murphy signe un roman drôle et corrosif, à l’image de la femme sulfureuse et irrévérencieuse à laquelle il rend un très bel hommage.

Je remercie infiniment les éditions Baker Street pour ce savoureux moment de lecture ! 🙂

« Scarlett mène l’enquête » de Fleur Hitchcock

Quatrième de couverture

Mon père était-il vraiment un voleur ? Pourquoi me disait-il toujours de « regarder en haut »?
Quand Scarlett reçoit une boite ayant appartenu à son père, célèbre voleur de bijoux, elle découvre qu’elle est pleine d’indices. Si elle parvient à les comprendre, peut-être pourra-t-elle trouver la clé du mystère qui entoure la vie de son père disparu. Avec l’aide d’Ellie, sa nouvelle amie, Scarlett mère une enquête parfois effrayante mais le plus souvent très amusante.

Mon opinion

★★★★★

___Laissant voir avec ce premier roman un esprit créatif inépuisable et un penchant à aborder des thématiques universelles, Fleur Hitchcock semble en passe de s’inscrire dans la lignée des auteurs fédérateurs de la littérature jeunesse, capables de toucher toutes les générations de lecteurs. Déployant un univers original à souhait dont elle s’attache à nous livrer rapidement les codes nécessaires à son appréhension, la romancière dévoile en outre une plume à l’image de sa jeune héroïne, à la fois alerte et pleine d’esprit, qui nous emporte dès les premières pages.

___Le lecteur plonge avec délice dans cet univers légèrement décalé et cette ambiance acidulée d’une redoutable efficacité. Enchaînant les chapitres courts et les péripéties les plus inattendues, l’auteure déroule en effet une histoire parfaitement rythmée et riche en surprises qui ne laisse aucun répit au lecteur. Il faut dire que Fleur Hitchcock redouble d’inventivité pour imaginer les situations les plus rocambolesques et inattendues. Si certaines d’entre elles mettent parfois notre bon sens à rude épreuve (confer l’épisode (absolument hilarant!) des manchots), la romancière ne perd jamais pour autant de vue le fil conducteur de son récit qui conserve cohérence et logique en toute circonstance. Le caractère loufoque et improbable de certaines situations colle ainsi parfaitement à l’esprit décalé instauré par l’auteure, et n’enlève de fait rien au charme de cette intrigue menée tambour battant et portée par des personnages truculents. Grâce à des ressorts comiques variés, inspirés et souvent inattendus, Fleur Hitchcock insuffle à son intrigue des relents de bonne humeur à travers un florilège de gags particulièrement réussis et une galerie de personnages tous plus savoureux les uns que les autres !

___Irrésistible et attachante, Scarlett incarne une héroïne pleine de malice et d’énergie qui s’attire d’emblée la sympathie du lecteur. Sa spontanéité et son innocence donnent lieu à des réparties et des observations particulièrement drôles, et ses déductions, aussi logiques qu’ingénues sont à chaque fois de véritables perles. Volontaire et pleine de ressources, la jeune fille n’a pas froid aux yeux et semble avoir le chic pour se mettre dans les situations les plus improbables, pour le plus grand plaisir du lecteur.

___Dans cet imbroglio de personnages délicieusement caricaturaux et de situations loufoques, « Oncle Derek » et la mère de Scarlett semblent incarner des points de repère essentiels à la jeune fille. Car alors qu’elle amorce lentement sa métamorphose vers l’âge adulte, l’innocence de Scarlett se heurte à la réalité sournoise d’un monde moins bienveillant qu’elle ne l’aurait cru. Victime des préjugés que son institutrice et ses camarades de classe nourrissent à l’égard de son père à la réputation houleuse, Scarlett découvre par ailleurs que les adultes (y compris ses propres parents) peuvent parfois mentir et ne se comportent pas toujours de façon exemplaire.

___Face à des adultes pas toujours bien intentionnées, et investie par son statut de grande sœur d’un sens du devoir et des responsabilités affirmé, Scarlett va être amenée à prendre des décisions importantes et faire des choix décisifs. Epaulée dans son enquête par Ellie, « l’insupportable » fille d’ « Oncle Derek », elle devra également apprendre à regarder au-delà des apparences et mettre ses préjugés de côté afin de trouver des réponses à ses questions. Car plus qu’une aide précieuse dans l’avancée de ses recherches, Ellie deviendra une véritable amie pour Scarlett qui prendra peu à peu conscience de l’influence positive que certaines personnes (aussi différentes soient-elles) peuvent exercer sur sa vie.

___Avec humour et sensibilité, l’auteure a su saisir tous les tourments et les questionnements de cet âge charnière, entre enfance et adolescence, le tout dans un esprit résolument positif et en véhiculant des valeurs essentielles. La notion de bien et de mal, la moralité, l’amitié, le deuil, la vérité, les préjugés… autant de questions clés abordées avec beaucoup d’intelligence et d’ingéniosité par l’auteure dans ce récit aussi court que foisonnant. Au-delà du simple jeu de piste drôle et divertissant, « Scarlett mène l’enquête » offre en effet un double niveau de lecture à la fois structuré et pertinent. Car comme le dit la jeune héroïne elle-même, au terme de cette chasse au trésor, c’est avant tout son père que Scarlett espère retrouver. Et en partant sur ses traces dans l’espoir de percer ses secrets et de comprendre qui il était, c’est finalement la question de sa propre identité que se pose la jeune fille. Dès lors, les nombreuses péripéties rencontrées, les choix auxquels elle va être confrontée et les décisions qu’elle devra prendre au cours de cette aventure sont autant de mises à l’épreuve déterminantes et d’indices révélateurs de sa véritable nature et de sa personnalité. Ainsi, plus qu’un simple récit d’aventure aux relents de mystère, c’est donc avant tout celui d’une quête d’identité que nous livre Fleur Hitchcock.

Avec « Scarlett mène l’enquête », Fleur Hitchcock s’inscrit dans la lignée des auteurs fédérateurs de la littérature jeunesse, capables de faire jaillir de leur imaginaire un univers original à souhait, et de créer des atmosphères uniques qui enchantent les lecteurs de tous âges.

Irrésistible et attachante, Scarlett incarne une héroïne pleine de malice et d’énergie. Avec ses aventures plus rocambolesques les unes que les autres et ses commentaires hilarants, elle s’attire d’emblée la sympathie du lecteur qui se régale de ses tribulations et de ses bons mots.

Malgré certains personnages stéréotypés et des situations ubuesques au point de pouvoir parfois sembler tirées par les cheveux, ce trait volontairement grossi colle parfaitement à l’esprit décalé et l’univers acidulé du roman. Le lecteur se laisse ainsi volontiers porter par la bonne humeur de cette intrigue menée tambour battant et portée par des personnages truculents. Les ressorts comiques, sans cesse renouvelés, fonctionnent à tous les coups et ne manqueront pas de tirer sourires et éclats de rire aux lecteurs même les plus âgés.

Mais sous couvert de cet univers léger et mâtiné d’humour, l’auteure aborde également des thèmes plus sérieux et profonds (la famille recomposée, le deuil, la loyauté,…) ainsi que des questions essentielles (la notion de bien et de mal, la vérité, la différence…). Offrant un double niveau de lecture bien pensé, la romancière parvient ainsi à combiner avec brio divertissement et réflexion, conférant à son ouvrage une indiscutable et appréciable plus-value.

A l’image de son héroïne, oscillant entre enfance et adolescence, le roman de Fleur Hitchcock ne semble se revendiquer d’aucun genre particulier. Compilant et entremêlant différents registres, « Scarlett mène l’enquête » est en effet à la fois un récit d’aventure bourré d’humour, un jeu de piste captivant et un vrai roman d’apprentissage.

Porté par une héroïne aussi pétillante qu’intrépide, « Scarlett mène l’enquête » est une lecture rafraichissante et pleine d’humour, qui séduira assurément aussi bien les jeunes lecteurs que les plus âgés ! Un roman que je vous recommande chaudement !

Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour leur confiance !