« Olivia » de Dorothy Bussy [Coup de coeur]

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Quatrième de couverture

Venue parachever son éducation en France, Olivia, une jeune Anglaise de seize ans à peine, va être subjuguée par la directrice de son école, la très belle Mlle Julie qui lui fait découvrir la poésie, le théâtre, la peinture… Rien de plus vrai, de plus frais que ce premier amour d’une adolescente entraînée sans défense dans une aventure qui la dépasse. Mais si elle sait très bien jouer avec les sentiments exaltés de sa jeune élève, Mlle Julie vit en même temps une autre passion. Avec pour seules armes sa candeur et sa pureté, Olivia va se retrouver au cœur d’un drame. «Lyrisme passionné, spontanéité qui jamais n’échappe au contrôle, goût parfait, tels sont les caractères distinctifs de l’art de l’auteur», a écrit Rosamond Lehmann, qui ajoutait : «C’est pourquoi Olivia est une des rares œuvres que je relirai avec la certitude de n’en avoir jamais épuisé le suc.»
Quand Olivia parut en Angleterre en 1949, simplement signé «par Olivia», ce fut un succès immédiat. On sait aujourd’hui que l’auteur se nommait Dorothy Bussy, qu’elle était la sœur de Lytton Strachey, et une grande amie de Virginia Woolf et d’André Gide qu’elle traduisait en anglais. Née en 1865 et décédée en 1960, elle n’a écrit que ce mince roman devenu un classique.
  • Mon opinion

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Dans ce court récit à l’ambiance faussement feutrée, la narratrice, Olivia, se remémore sa jeunesse et revient sur l’année qu’elle a passée en France, dans un pensionnat de jeunes filles. Un mince roman à tiroirs traitant de l’adolescence et des premiers émois amoureux et où s’égrènent les joies, les douleurs et toute la complexité de la passion amoureuse.

___Olivia grandit au sein d’une famille intellectuelle mais qui manque d’un certain sens de l’humain. Dans cette famille « victorienne » bien qu’agnostique et qui compte dix enfants, les marques d’affection et les témoignages d’amour ne sont pas légion. Son père est un homme de sciences tandis que sa mère, quoique très éprise de littérature, se révèle dépourvue de sens psychologique. Farouchement attachés à l’idéal de leur époque, ses parents ont « foi en la vertu du devoir, du travail, de l’abnégation ». Entourée d’objets sans beauté, Olivia est déjà fascinée par le raffinement de sa tante, artiste jusqu’au bout des doigts.

Après avoir connu à treize ans l’ambiance religieuse étouffante d’un pensionnat de jeunes filles d’excellente qualité, Olivia est envoyée en France afin de parfaire son éducation, au sein d’une institution dirigée par deux dames françaises. Là-bas, elle dispose d’une agréable petite chambre pour elle seule et goûte à une atmosphère de joyeuse liberté. La nature environnante, l’absence de discipline et les moeurs plus libres offrent un contraste saisissant avec l’ambiance intimidante et solennelle de son ancienne pension anglaise.

« La douceur et l’affabilité de Cara contrebalançaient les manières un peu brusques de son amie, et émoussaient la pointe de ses épigrammes […] Les deux directrices composaient alors un couple modèle et tendrement uni, où chacune, par ses dons personnels, ajoutait à leur commune séduction et composait les imperfections de l’autre. On les admirait, on les aimait ; elles étaient parfaitement heureuses. »

Passé l’émerveillement, Olivia réalise que sous une harmonie de façade, l’école est en réalité en proie à de vives tensions. Les élèves se répartissent en deux castes, au gré des affinités qu’elles nourrissent à l’égard de leurs professeurs.

« J’en ignorais la raison, mais il était évident que Frau Riesener et Signorina ne pouvaient se sentir. Elles dirigeaient, en quelque sorte, deux factions rivales : les Caristes et les Julistes. Cela ne faisait aucun doute : toutes les Julistes subissaient l’attraction de Signorina, et apprenaient l’italien ; toutes les Caristes gravitaient autour de Frau Riesener, et suivaient le cours d’allemand. »

Très vite, Olivia tombe sous le charme de Melle Julie, l’une des deux directrices de la pension. Insouciante et ingénue, l’adolescente est loin d’imaginer les conséquences désastreuses qui vont découler de cette relation ambiguë…

___Si le caractère délicieusement sulfureux de cette plongée dans l’intimité d’une pension de filles évoque immanquablement Claudine à l’école de Colette, publié plus de trente ans plus tôt, la tournure dramatique des évènements confère progressivement au récit des airs de tragédie. Insidieusement, Dorothy Bussy nous prend peu à peu dans les filets d’une intrigue oscillant dangereusement entre amour et tragédie, beauté et horreur. L’expérience bouleversante provoquée un soir par la lecture de Racine par Melle Julie sera de fait l’élément déclencheur d’une série d’évènements en chaîne à l’issue fatale.

« Dans quelle proportion faut-il imputer à Racine, ou à la proximité de ce voisinage, la flamme qui, ce soir-là, s’est allumée dans mon coeur ? Je me suis souvent posé la question. Si le choix de Melle Julie ne s’était pas justement porté sur Andromaque, ou bien si le hasard ne l’avait pas incitée à me faire asseoir aussi près, en aussi étroit contact avec elle, qui sait ? peut-être que cette substance inflammable, que je portais en moi sans en avoir le soupçon, serait demeurée à jamais hors d’atteinte de l’étincelle ? A vrai dire, j’en doute : tôt ou tard, infailliblement, ce feu-là devait prendre… »

Lecture d’un texte qui se révèlera malheureusement prémonitoire de la tragédie sur le point de se jouer entre les murs de la pension cette année-là. L’évocation d’Andromaque annonce déjà les prémices du drame en germination. Dans ce microcosme féminin vivant en vase clos, l’auteure éprouve la confrontation des sentiments jusqu’au point de rupture.

Dans une ambiance intimiste et sur le ton de la confidence, la narratrice nous livre ainsi sa version des évènements. Pièce après pièce, elle introduit les acteurs et reconstitue le fil des évènements. Théâtre d’un drame en devenir, l’institution révèle bientôt des personnalités plus troubles et complexes qu’il n’y paraît, un air plus vicié et plus pesant. L’atmosphère se charge peu à peu d’électricité. Des relations tortueuses apparaissent et des rivalités amoureuses se dessinent.

___Dans ce roman d’apprentissage, Dorothy Bussy décrit merveilleusement l’éveil de la sensualité et les premiers émois amoureux à cet âge charnière où la sensibilité est à fleur de peau. L’auteur a su saisir avec brio l’intensité de la passion amoureuse, la violence de l’amour qui consume l’individu et les réactions épidermiques engendrées par la surcharge émotionnelle qui le dévore. Véritable parangon d’innocence et de pureté, Olivia est un personnage fascinant, qui voit pour la première fois sa sensibilité s’éveiller à la beauté physique et ses sentiments s’exalter. A seize ans, l’adolescente se découvre un appétit de connaissance et de beauté nouveau et insoupçonné.

« […] je m’éveillai dans un monde nouveau : un monde où tout était d’une intensité poignante, chargé d’émotions bouleversantes, de mystères insoupçonnés : un monde, au centre duquel je n’étais moi-même qu’un coeur brûlant et palpitant. »

___Par l’entremise des liens qu’entretiennent les différents protagonistes, Dorothy Bussy dissèque toutes les variations de la relation amoureuse : celle chaste et non consommée, l’amour passionnel et absolu, celui tût et vécu en secret ou encore la passion désespérée et destructrice… L’amour est aussi exploré dans ses recoins les plus intimes et ses travestissements les plus sombres. L’auteure décrit ainsi tous les pendants et les dérives du sentiment amoureux : jalousie, rivalité, vengeance, soumission… si tous les personnages ont pour point commun de connaître le sentiment amoureux, chacun en fait une expérience personnelle et individuelle.

« J’enviais aussi la petite Signorina, mais pour d’autres motifs. Je devinais en elle une passion totale et absolue, dont je me savais incapable. Elle s’était tout entière et sans réserve consacrée à son idole : tout le reste avait été éliminé. Son adoration était si brûlante que la jalousie elle-même s’y était consumée : ni scrupules, ni devoirs, ni intérêts, ni affections n’existaient plus pour elle, si ce n’est en fonction de son amour. Aussi jouissait-elle d’une sérénité incomparable : aucun conflit jamais ne troublait sa paix intérieure. Elle était à l’abri de ces accès de désespoir ou de ressentiment qui me secouaient comme une houle, et me laissaient ensuite accablée par le mépris et la honte que je ressentais pour moi-même. Signorina ne désirait rien pour elle, rien d’autre que la permission de servir, de servir n’importe comment, de servir de toutes les façons possibles. »

Tour à tour lyrique et précieuse, l’écriture de Dorothy Bussy est d’un raffinement inouï. Avec des phrases soyeuses, elle évoque magistralement le déferlement d’émotions qui accompagne la passion naissante. On se délecte de chaque mot, de chaque formulation de ce texte d’une poésie infinie où l’éveil des sentiments amoureux et la violence des passions adolescentes nous sont décrits avec une justesse remarquable. Il y a dans cette opposition lancinante entre une forme de retenue pudique et le bouillonnement des sens et des sentiments, des réminiscences des romans de Forster. On retrouve d’ailleurs également en filigrane d’autres thèmes chers à l’écrivain anglais : l’homosexualité, l’évocation de l’Italie, les références à la nature, ou encore les réflexions sur la Beauté, la religion ainsi que sur le poids des valeurs traditionnelles qui conditionne notre construction.

Publié anonymement en 1949, il semble à peine croyable que ce véritable bijou littéraire (qui fut pourtant un succès immédiat en Angleterre lors de sa parution), ait ainsi sombré dans l’oubli. A la fois récit semi-autobiographique, roman d’apprentissage et véritable tragédie, Olivia est une oeuvre bouleversante et intense qui continue de nous hanter une fois la dernière page tournée. Un drame parfaitement ciselé et absolument magistral !

Je remercie infiniment les éditions Mercure de France de m’avoir permis de découvrir cette véritable pépite !

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« Le lys de Brooklyn » de Betty Smith

Quatrième de couverture

Dans le quartier de Williamsburg, Brooklyn, entre 1912 et 1920. Francie Nolan a 9 ans, des rêves plein la tête, un optimisme à toute épreuve et une envie un peu folle : écrire. Écrire sur sa mère, Katie, qui sait insuffler de la poésie dans leur quotidien ; sur Johnny, son père, son héros, la plus belle voix de Brooklyn ; sur Neeley, son petit frère, un débrouillard qui court les rues avec ses copains ; sur ses tantes, la douce Evy qui a marié le laitier et la pétulante Sissy, qui collectionne les « John », des fiancés si éphémères qu’elle ne prend plus la peine de retenir leur véritable prénom ; sur l’arbre dans la cour, dans lequel elle s’abrite du soleil en été ; sur Williamsburg, son quartier, où tout le monde se connaît et s’entraide. Mais Francie voudrait aussi pouvoir écrire la vérité : sur sa mère qui s’use les mains à faire des ménages ; sur son père qui dépense le peu d’argent qu’il gagne au café du coin ; sur Neeley et les petits de Williamsburg qui fouinent, fouillent, volent ferrailles et haillons pour les revendre aux chiffonniers ; sur la faim qui les tenaille jour après jour ; sur ces hivers où il fait si froid ; sur Williamsburg, le quartier le plus misérable de New York, celui où échouent tous les immigrants venus chercher fortune en Amérique. Alors Francie va lire tous les livres de la bibliothèque, écouter toutes les histoires de sa grand-mère, observer toute la vie de Williamsburg, avant de réussir à trouver sa voix…
  • Mon opinion

★★★★★

___Considéré comme un classique de la littérature américaine, « Le lys de Brooklyn », publié pour la première fois en France en 1946, n’avait pas été réédité depuis, sombrant peu à peu dans l’oubli pour le lectorat français. Un impair aussi surprenant que regrettable qu’est heureusement venu corriger début 2014 la merveilleuse collection Vintage des éditions Belfond permettant ainsi au plus grand nombre de découvrir enfin l’oeuvre de Betty Smith.

___Immigrés d’origine irlandaise, les Nolan vivent dans le dénuement le plus total, au coeur de Williamsburg, un quartier pauvre et déshérité de Brooklyn. Betty Smith nous fait pénétrer dans l’intimité et le quotidien de cette famille désargentée qui, malgré la misère, respire l’amour et la tendresse. Scindé en plusieurs parties, le récit retrace également la rencontre de Katie et de Johnny (alors respectivement âgés de 17 et 19 ans), leur mariage six mois plus tard et l’arrivée successive de leurs deux enfants, Francie et Neeley.

Véritable mère-courage, Katie ne compte pas ses heures pour assurer un revenu minimum au foyer, ayant rapidement compris qu’elle ne pouvait s’appuyer sur son mari, incapable d’assumer ses responsabilités et noyant son chagrin et ses désillusions dans l’alcool. Garçon-chanteur, les rentrées d’argent de Johnny sont en effet inconstantes et aussitôt dilapidées dans l’alcool. Pour autant, son imagination fertile et ses fantaisies lui valent l’amour inconditionnel de ses enfants. Père attentif et aimant, Johnny tente ainsi de pallier aux défaillances d’une mère peu démonstrative et parfois maladroite qui a toujours préféré à Francie son petit frère, Neeley.

___ Le contexte a priori peu réjouissant et le réalisme parfois abrupt du récit n’écornent pourtant en rien le formidable message d’espoir que porte le roman. Car les Nolan savent aussi considérer leur sort avec philosophie,allant parfois même jusqu’à faire preuve d’un véritable sens de l’autodérision afin de rendre l’insoutenable plus supportable. Katie déploie ainsi des trésors d’imagination pour adoucir la faim et calmer les estomacs vides. Surtout, elle s’accroche à l’espoir d’une vie meilleure pour ses enfants qu’elle rêve de voir s’élever dans la société. Consciente que l’ascension sociale se réalise par le biais de l’instruction, elle impose tous les soirs à Francie et son frère la lecture d’une page de la Bible et des oeuvres de Shakespeare, et place l’école au coeur de ses préoccupations. Au-delà des connaissances, Katie s’efforce également d’inculquer à ses enfants des valeurs essentielles et fondamentales.

___Tandis que son père, sentimental invétéré et romantique désenchanté, se réfugie dans l’alcool, c’est dans la lecture que Francie trouve sa planche de salut. La littérature lui ouvre de nouveaux horizons, aussi insoupçonnés que porteurs de fabuleux espoirs pour cette jeune femme en devenir.

« Francie lut rapidement quelques pages de son livre et faillit tomber malade d’émotion. Elle avait envie de le crier : elle savait lire. Elle savait lire !

A partir de ce jour, le monde lui appartint, grâce à la lecture. Plus jamais elle ne serait seule : plus jamais elle ne sentirait le grand besoin d’une amie intime. Les livres devinrent ses amis. Il y en avait un pour toutes les humeurs : les poèmes étaient de doux camarades ; l’aventure venait à point quand on était lasse de silence. Puis, quand Francie fut adolescente, ce furent les histoires d’amour. Désirait-elle connaître quelqu’un ? Elle lisait une biographie. Ce jour où elle sut qu’elle savait lire, elle fit le vœu de lire un livre chaque jour, aussi longtemps qu’elle vivrait. » (p.240)

Au-delà de lui offrir une porte d’évasion, la lecture lui permet ainsi de réaliser que le monde ne se limite pas à la misère de Brooklyn et qu’une autre vie est possible dès lors que l’on s’en donne les moyens. Francie va ainsi découvrir qu’aucune barrière, aussi bien géographique que sociale n’est insurmontable. Bien décidée à déjouer la fatalité, et à prendre son destin en main, la jeune fille mettra toute son énergie au service de ses ambitions.

« La fréquentation de la nouvelle école fut encore pour elle une bonne chose en ce qu’elle lui apprit qu’il y avait d’autres mondes à côté de celui où elle était née, et que ces mondes n’étaient nullement inaccessibles. » (p.255)

___Véritable récit initiatique, « Le lys de Brooklyn » nous fait partager avec une sincérité désarmante les doutes, les angoisses et les questionnements existentiels (sur la religion, l’amour…) de cette fillette en quête de sens, qui fait l’apprentissage de la vie et des vicissitudes de sa condition. Au gré des épreuves, la personnalité de Francie se dessine et s’affirme. Intelligente, avide de culture et de connaissances et pleine de ressources, la jeune fille, qui aspire à s’extraire de sa condition et à s’élever dans la société, reste malgré tout viscéralement attachée à ses origines et à ses racines.

___Autour du quatuor formé par les Nolan gravitent d’autres personnages, non moins charismatiques, qui vont influer plus ou moins directement sur la vie de Francie et contribuer à son long apprentissage. Un long chemin, au cours duquel la jeune fille devra traverser bien des épreuves ; son innocence se heurtant tour à tour à l’humiliation, la condescendance, le mépris ainsi qu’aux instincts les plus sombres de la nature humaine. Mais à côté des individus sans scrupules profitant de la détresse et de l’ignorance des plus démunis, Betty Smith fait également surgir de l’ombre des personnages plein d’une bienveillance insoupçonnée.

___Petits tracas et grands déboires du quotidien se mêlent aux problématiques sociales et aux évènements marquants de la grande Histoire. Pourtant, au coeur de toute cette souffrance et de la misère environnante, il y a aussi des instants de bonheur qui donnent à la vie tout son sel. Loin de s’apitoyer sur leur sort, les Nolan surmontent en effet les épreuves et les coups durs avec un courage qui force le respect et une dignité exemplaire. Et au sein de ce foyer où l’on compte chaque sou, on sait apprécier et chérir les plaisirs les plus simples. De fait, les bonheurs les plus élémentaires deviennent de véritables parenthèses enchantées que l’on célèbre et que l’on prend le temps de savourer.

___Malgré la saveur âpre de l’environnement dans lequel il prend racine, le récit de Betty Smith ne sombre ainsi jamais dans le misérabilisme. La vie s’écoule au rythme des chansons de Johnny et des incursions des deux tantes maternelles et hautes en couleurs, la raffinée Evy et la généreuse Sissi, laquelle dissimule sous ses airs pétillants et dévergondés des cicatrices indélébiles. Autant de personnages émouvants et criants de réalisme qui portent le récit à bout de bras… et que l’on quitte à regret et le coeur serré.

___Fort de l’amour indéfectible qui unit cette famille respirant la tendresse, il se dégage du quotidien de petits instants magiques qui prennent dans ce contexte de morosité ambiante tout leur sens. Une harmonie et une unité familiale qui permettent à chacun de supporter la misère et les sacrifices quotidiens. Oscillant entre lucidité implacable et vision magnifié d’une réalité cruelle et parfois sinistre, ce récit à hauteur d’enfant offre un regard sensible et précieux sur la vie et les épreuves qui jalonnent notre existence.

___Betty Smith a certainement puisé dans son vécu personnel pour nourrir son roman. Il en résulte une oeuvre criante de réalisme et de sincérité. A l’image de ses personnages, façonnés avec une infinie tendresse, son écriture, qui cultive l’essentiel, se révèle sans fioriture et d’une grande sobriété.

___Riche idée que celle qu’ont eu les éditions Belfond de faire sortir de l’oubli ce roman culte prônant de belles valeurs et porteur d’un magnifique message d’espoir. Un roman lumineux et une redécouverte salutaire. Car malgré un contexte morose, ce sont bien la tendresse et l’espérance qui triomphent au terme ce récit intense et riche en émotions. Un formidable message d’espoir joliment symbolisé par l’arbre qui pousse dans la cour de leur immeuble et qui donne son titre au roman. Prenant racine au milieu du béton et en dépit de l’environnement hostile, le lys s’épanouit, résistant envers et contre tout, à l’image de notre jeune héroïne…

« Il y a un arbre qui pousse à Brooklyn et que certaines gens appellent « monte-au-ciel ». Où que tombe sa graine, un petit arbre sort de terre, qui se met à lutter pour vivre, comme s’il s’efforçait vraiment d’atteindre le ciel. Il pousse partout : dans les terrains vagues, derrière des palissades sordides, sur les tas d’ordures abandonnés; il sort des soupiraux des caves: c’est le seul arbre au monde qui puisse pousser dans du ciment. Il grandit, regorgeant de force et de sève, survivant à tout : au manque de soleil, à l’absence d’eau, et peut-être même au manque de terre, et l’on dirait de lui que c’est « un très bel arbre », s’il y en avait moins. Mais il y en a trop… »

___En creux de ce récit relatant le quotidien d’une famille indigente en plein coeur de Brooklyn, c’est aussi l’histoire du rêve américain qui se dessine. Véritable photographie d’un quartier déshérité et cosmopolite à l’aube du XXème siècle, le roman de Betty Smith est à la fois le portrait d’une époque charnière et trouble ainsi que le témoignage vibrant d’une communauté laissée-pour-compte dont l’auteure se fait avec brio la porte-parole.

___D’une histoire relatant le combat ordinaire d’une poignée d’individus, Betty Smith fait éclore un véritable conte moderne aux allures de fable universelle. Véritable éloge de la culture, de la transmission et de l’imagination, « Le lys de Brooklyn » est un roman bouleversant d’humanité, entre fresque familiale et sociale, qui, soixante-dix ans après sa première parution, n’a pas pris une seule ride, tout comme le message qu’il porte…

  • Extraits

___La mère de Katie, comparant les Etats-Unis, ce « pays libre » à son pays d’origine, l’Autriche :

« Tout de même, il y a ici ce qu’il n’y avait pas chez nous. En dépit de choses cruelles et bizarres, il y a ici l’espérance. Chez nous, un homme ne peut être rien de plus que ce que fut son père ; et encore, à condition qu’il travaille dur. Si son père était charpentier, il ne peut être ni instituteur, ni prêtre. Il peut s’élever, mais pas plus haut que l’état de son père. Chez nous, un homme appartient à son passé ; ici, à l’avenir ; il peut être tout ce qu’il veut ici, pourvu qu’il ait le coeur bien placé et les moyens de travailler honnêtement dans sa partie. »

« Il faut développer chez l’enfant cette chose si précieuse qui s’appelle l’imagination. L’enfant doit avoir son monde secret où vivent et se meuvent des choses qui n’ont pas existé. Il est nécessaire que l’enfant croie, qu’il commence par croire à des choses qui ne sont point d’ici-bas. Il faut que, lorsque ce monde lui paraîtra trop laid pour y vivre, il puisse remonter en arrière et vivre par l’imagination. Moi-même aujourd’hui, à mon âge, j’ai grand besoin de me remémorer les vies miraculeuses des saints, les grands miracles qui sont passés sur la terre. C’est seulement en ayant ces choses présentes à l’esprit que je puis trouver la force de vivre au-delà de celles pour lesquelles il faut que je vive. »

« Bien que Katie eût la même tendance à colorer l’évènement et que Johnny lui-même vécut dans un monde qui participait un peu du rêve, ils ne s’efforçaient pas moins d’étouffer cela chez leur enfant. Peut-être avaient-ils de bonnes raisons ; peut-être savaient-ils que, chez eux, l’imagination déguisait la réalité de leur pauvreté, la dureté, l’âpreté de leur vie, les aidait à la supporter. Peut-être Katie se disait-elle que, s’ils n’avaient pas disposé de cette faculté, ils auraient vu plus clair ; les choses leur seraient apparues telles qu’elles étaient réellement ; et que, les voyant ainsi dans leur réalité, ils les auraient prises en aversion, eussent cherché – et qui sait ? – trouvé le moyen de les améliorer. »

« Angel » de Elizabeth Taylor (1957) / « Angel » réalisé par François Ozon (2007)

Quatrième de couverture

Angel n’a rien d’un ange. Elle ne désire qu’une chose : échapper à sa famille modeste pour se forger un destin à sa mesure. Sa rage se transforme en énergie. A seize ans, la mythomane excentrique devient une icône de la littérature à l’eau de rose. Elle mène alors l’existence qu’elle a toujours cru mériter : elle se marie, dépense sans compter, est entourée, célébrée. Mais les contes de fées n’existent que dans les livres, même pour celles qui les écrivent….

Mon opinion

★★★★☆

___Quelques mois à peine après ma lecture enthousiasmante de « Mrs Palfrey, hôtel Claremont », je poursuis ma découverte de l’oeuvre d’Elizabeth Taylor avec son roman le plus connu en France. Publié en 1957, « Angel » occupe une place à part dans l’oeuvre de la romancière britannique. Suspecté de receler une probable part autobiographique, c’est aussi un récit sombre et perturbant dont on ne sort définitivement pas indemne…

Marie Corelli

___Edité pour la première fois en 1991 en France, le roman est préfacé par Diane de Margerie, qui signe une fois encore une introduction passionnante et riche en enseignements dans laquelle elle livre son analyse d’ « Angel », apportant un éclairage intéressant sur la genèse et le sens de ce roman. On apprend ainsi que pour créer son héroïne, Elizabeth Taylor s’est inspirée de Marie Corelli (dont le nom est d’ailleurs évoqué à plusieurs reprises par l’auteure), une écrivain anglaise contemporaine d’Oscar Wilde, qui connut un succès populaire sans précédent avec ses romans à l’eau-de-rose, avant de tomber subitement en désuétude. Si la postérité n’a pas retenu son nom, elle fut en son temps une auteure prolifique, célèbre pour ses excentricités et comptant parmi ses lecteurs les plus fervents, la Reine Victoria en personne.

Extrait du film « Angel » de François Ozon (2007)

___A quinze ans à peine, Angel Deverell a la volonté chevillée au corps et aspire elle aussi devenir une écrivain célèbre. Rien ne semble pouvoir arrêter cette jeune fille obstinée dans son ascension vers la renommée. Ni son sexe, ni la modestie de sa condition. Vivant seule avec sa mère au-dessus de l’épicerie familiale, les ailes de son imagination fertile se cognent aux barreaux de cette cage qui n’a rien de doré. Nourrie des histoires que lui raconte sa tante Lottie, employée à Paradise House comme domestique, Angel se projette dans les murs de cette résidence luxueuse qu’elle rêve un jour d’habiter. S’enfonçant chaque jour un peu plus dans ses mensonges, rêves et réalités ne tardent pas à se confondre pour la jeune fille qui préfère forger le monde à son imaginaire plutôt que de vivre dans la réalité.

Recluse dans sa chambre exiguë, l’adolescente noircit à longueur de journées des pages entières à l’encre de ses rêves, convaincue d’avoir au bout de sa plume un futur chef-d’œuvre littéraire. Persuadée de son génie, Angel envoie son manuscrit à différentes maisons d’édition. Après avoir essuyé quelques refus, un éditeur londonien semble disposé à publier l’ouvrage, davantage intéressé par son potentiel commercial que par la fulgurance stylistique de l’écrivain en herbe. S’imaginant avoir affaire à une vieille dame excentrique, il ne cache d’ailleurs pas sa stupéfaction lorsqu’il découvre le visage juvénile de l’auteure de Lady Irania.

Raillée par la critique qui réserve à son ouvrage un accueil sarcastique, Angel connaît pourtant rapidement un succès fulgurant auprès des lecteurs. Au sommet de sa gloire, elle parvient à concrétiser un de ses rêves d’enfant capricieuse en s’offrant le domaine de Paradise House (ce château de princesse dont elle rêvait tant, une demeure trop vaste pour elle et dont la réalité ne parviendra d’ailleurs pas à se hisser à la hauteur des attentes vertigineuses qu’elle en avait), et épouse Esmé, le frère de sa fidèle secrétaire et dame de compagnie, Nora (qui sacrifiera vie personnelle et carrière de poétesse sur l’hôtel de son idole). Artiste désargenté aux moeurs dissolues et joueur compulsif, Esmé porte un regard lucide et désabusé sur le monde. A tel point que les réelles motivations ayant poussé ce peintre sans talent dans les bras d’Angel demeurent pour le moins troubles…

___Portrait saisissant et glaçant d’une écrivain de pacotille à l’idéalisme exacerbé et sans limites, le roman d’Elizabeth Taylor éveille en nous un tourbillon d’émotions contradictoires, entre curiosité, fascination et révulsion.

Angel entreprend très tôt une lutte de chaque instant pour nier son identité et se dégager du carcan insupportable de la vérité. La jeune femme fascine par sa détermination sans borne qui lui permettra, en dépit de son sexe et de la modestie de ses origines, de se hisser aux sommets de la gloire par la seule force de sa volonté, faisant voler en éclats tous les plafonds de verre. Elle intrigue aussi, par son refus viscéral d’affronter le réel et son entêtement à traverser l’existence avec des œillères.

A travers cette héroïne capricieuse et indomptable, le narcissisme se voit élevé à des hauteurs inouïes. Excessive et enflammée, Angel est littéralement aveuglée par ses visions grandioses qui éclipsent tout ce qui l’entoure. Sa réussite insolente, conjuguant gloire artistique, vie de château et passion amoureuse suscite curiosité et fascination.

___Comme le fait remarquer Diane de Margerie, Angel « possède toutes les ficelles qui exaspèrent les critiques littéraires mais qui libèrent les fantasmes des lecteurs, eux aussi révulsés par le quotidien. ». Les fadaises de la romancière et ses histoires sirupeuses connaissent le succès parce qu’elles répondent au désir d’évasion de ses lecteurs, leur permettant de fuir le réel. A l’image du voile d’illusions dont elle se drape, sa notoriété n’est pourtant qu’un écran de fumée éphémère, voué à disparaître aussi vite qu’il est apparu.

Face à un monde en perpétuel mouvement, Angel demeure ainsi prisonnière des filets de ses illusions merveilleusement entretenues et de ses numéros de prestidigitation… Un aveuglement qui causera sa chute. Pour son amour Esmé en revanche, la violence et la barbarie de la guerre achèveront de rompre le charme de cette mascarade ridicule. De retour à Paradise House, le jeune homme devenu infirme mesure plus que jamais l’artificialité et l’inconsistance de toute cette mise en scène. A ses yeux, l’univers d’Angel ressemble de plus en plus à une vaste imposture et les ailes de son imaginaire se révèlent impuissantes à les y soutenir tous les deux. Il en va de même pour la mère d’Angel qui, dans ce monde d’apparats et d’artifices, ne tarde pas à étouffer. Brutalement arrachée à sa vie de petite commerçante, elle commence peu à peu à dépérir dans cette vie d’oisiveté forcée.

___L’ascension fulgurante d’Angel vers les sommets de la gloire « littéraire » et la déchéance tout aussi brutale qui s’ensuit d’une femme-enfant prisonnière de ses rêves est une expérience incroyablement troublante et bouleversante. On ne sort pas indemne d’un roman tel qu’ « Angel ». Les lectures de cette destinée tragique sont innombrables, et porteuses d’autant d’interrogations et de remises en questions pour le lecteur.

___Car au-delà de simplement dénoncer la supercherie qu’incarne son héroïne, Elizabeth Taylor nous pousse à nous interroger sur le sens des aspirations qui nous animent, le danger des illusions qui nous bercent, ainsi que sur la fonction même de la littérature et le rôle de l’écrivain. Ainsi, « Ce qu’Elizabeth Taylor a montré à travers ce récit haletant mieux qu’à travers toute prose moralisante, ce sont les dangers, les pièges de la littérature-miroir, qui s’enferme en sa propre ignorance et flatte chez le lecteur ses instincts de fuite égotiste. Angel raconte la grandeur et décadence d’une adolescente mythomane, qui deviendra l’un des auteurs les plus connus de son temps. A travers cette fresque où revit la belle campagne anglaise, un mariage avorté, deux guerres, l’existence de deux femmes recluses, ce qui est visé avec une lucide poésie, c’est aussi cela : la littérature qui endort et abêtit, la médiocrité des aspirations, la sottise des illusions jamais perdues, l’entêtement des natures tyranniques qui se croient invulnérables – l’aveuglement, en un mot, de ceux qui ne veulent pas savoir. » (Diane de Margerie extrait de la préface)

  • Le film

★★★★★

___Enthousiasmé par la lecture de « Angel », François Ozon s’empare en 2007 du roman d’Elizabeth Taylor afin de la porter à l’écran. C’est la première fois que le réalisateur s’essaie alors à un film d’époque et entièrement en anglais.

___Les thèmes du livre d’Elizabeth Taylor se prêtaient assurément à merveille à une adaptation cinématographique. Au récit dramatique de la grandeur et décadence d’une jeune fille qui, rêvant de toucher les étoiles finira par se brûler les ailes, il offre un écrin de premier choix, dans la lignée des flamboyants mélodrames hollywoodiens des années 40 et 50.

___Ange aux deux visages, la « Angel » de Ozon est fidèle à celle du roman d’Elizabeth Taylor : un personnage à la fois antipathique et attendrissant, une idéaliste fuyant un réel incapable de satisfaire son imagination fertile.

___Une des premières scènes du film montre Angel observant depuis l’autre côté de la grille la grande demeure de « Paradise House ». Dès lors, ce tableau idyllique deviendra l’image fondatrice et le moteur de l’ascension vertigineuse de l’adolescente. Rêvant de se faire une place dans cette image d’Epinal, Angel s’évertue méthodiquement à en reproduire les moindres détails, produisant des clichés à l’infini.

Extrait du film « Angel » de François Ozon (2007)

___ Fille d’une modeste épicière, son ascension fulgurante n’en finira pas de fasciner. Ozon insiste d’ailleurs sur le caractère tout à fait exceptionnel de la trajectoire d’Angel au regard de l’époque dans laquelle évolue la jeune femme. En ce sens, le personnage d’Hermione, la femme de l’éditeur, offre un contraste intéressant au destin d’Angel. Epouse dévouée et mère modèle, elle incarne l’archétype parfait de la femme « accomplie » à la fin du XIXème siècle. Une fois dépassé son ressentiment envers l’étrange créature, Hermione ira d’ailleurs jusqu’à admettre que si elle n’a jamais éprouvé la moindre admiration pour l’écrivain, elle envie en revanche la femme. Parvenue à échapper à l’avenir tout tracé que lui réservaient son sexe et la modestie de ses origines, l’éblouissante ascension sociale d’Angel, par la seule force de sa volonté, force l’admiration.

___Au diapason de son héroïne, le cinéaste nous montre la vie telle qu’Angel se la représente, incapable de distinguer le réel de la fiction. A contrepied d’un cinéma très épuré et réaliste, le film d’Ozon assume une grande théâtralité dans sa mise en scène qu’il pare d’artifices en tous genres. Ne reculant devant aucun effet de style, le réalisateur enfile ainsi les clichés comme des perles et multiplie délibérément les mises en scène tapageuses (comme lors de la scène du baiser, filmée en contre-plongée sous une pluie diluvienne et avec un arc-en-ciel en arrière-plan).

Extrait du film « Angel » de François Ozon (2007)

Intérieurs rococo, décors surchargés, tenues extravagantes, débauches de couleurs et de soies chatoyantes… la mise en scène se permet toutes les excentricités, y compris le recours à des trucages grossiers (à l’image des déplacements en automobiles tournés en studio en utilisant le procédé de la transparence), comme pour mieux souligner la fausseté et l’équilibre précaire d’une illusion soigneusement bâtie. Mais devant tant d’opulence et de démesure, le spectateur est lui aussi tenté de se laisser engloutir par les fantasmes d’Angel et le charme sans pareil de Paradise House.

___Dans cette confrontation à un univers romanesque, le réalisateur entend pourtant conserver jusqu’au coeur du mélodrame une rigueur formelle, trouvant à chaque instant le juste équilibre entre distanciation ironique et émotion authentique. Ainsi, même lorsque le mauvais goût atteint son paroxysme, Angel parvient à nous serrer le coeur, ravivant la flamme du bovarysme qui sommeille en chacun de nous. A l’instar de cette déclaration d’amour enflammée dans laquelle elle supplie l’élu de son coeur « d’y croire ». En dépit de l’artificialité de la mise en scène, Angel émeut par sa sincérité désarmante, son engagement total et l’énergie qu’elle déploie pour maintenir l’illusion en toute circonstance. Refusant de se confronter au réel, la jeune femme embellit le passé et se leurre sur son présent pour pouvoir le supporter.

Extrait du film « Angel » de François Ozon (2007)

___Volontairement aveugle au réel, Angel se retranche dans la tour d’ivoire de son imaginaire, tournant définitivement le dos au monde qui l’entoure pour s’enfermer dans sa propre création. Cette confrontation entre le réel et ses fantasmes est d’ailleurs parfaitement illustrée à travers l’opposition du pessimisme d’Esmé à l’idéalisme permanent de la romancière.

Extrait du film « Angel » de François Ozon (2007)

___Artiste désargenté et joueur compulsif, ses toiles, jugées sombres et sordides, ne convainquent ni les critiques d’art, ni le public qui rejette virulemment toute forme d’expressivité ne répondant pas à la fonction communément dévolue à l’art, tel qu’il se le représente. Pour le public, la fonction première d’une oeuvre est en effet de plaire. L’art se doit de produire de la beauté et sa visée est nécessairement esthétique. Si dans le roman d’Elizabeth Taylor, Esmé ne dépasse jamais le statut d’artiste mineur, Ozon en fait pour sa part un peintre avant-gardiste dont le génie ne sera reconnu qu’à titre posthume. Considéré par ses contemporains comme un artiste sans talent, ses tableaux et son nom passeront ainsi à la postérité après sa mort, tandis que les oeuvres et le nom d’Angel sombreront dans l’oubli.

Extrait du film « Angel » de François Ozon (2007)

___Cruelle destinée que celle de cet artiste maudit qui ne connaîtra jamais la gloire de son vivant. Il est des gens qui passent ainsi à côté de leur rêve, comme d’autres passent à côté de leur vie. Tel semble être un des messages forts du film d’Ozon qui, dans la lignée des nombreuses questions soulevées par le roman d’origine, s’interroge sur la condition d’artiste, la qualité relative d’une oeuvre ainsi que les circonstances hasardeuses qui déterminent ou non son succès.

Extrait du film « Angel » de François Ozon (2007)

___Romola Garai crève littéralement l’écran dans le rôle d’Angel. Assumant pleinement le côté grotesque et centré sur elle-même du personnage, elle livre une prestation sans fausse note, remarquable de justesse, y compris dans ses excès.

___A l’instar du livre, le film d’Ozon cristallise de nombreuses thématiques et en fait émerger de nouvelles. Si le cinéaste prend bien quelques libertés avec le roman d’origine, les modifications opérées restent relativement mineures et se révèlent souvent judicieuses, venant porter et appuyer avec brio le sens profond du message sous-tendu par l’oeuvre d’Elizabeth Taylor.

« Mrs Palfrey, Hôtel Claremont » de Elizabeth Taylor

Quatrième de couverture

Veuve, Mrs Palfrey s’installe dans un hôtel qui est en fait une résidence pour personnes âgées. Chaque pensionnaire, afin de distraire la monotonie des menus et des conversations, applique la stratégie du temps qui reste, et la drôlerie le dispute sans cesse à l’émotion. Un jour, Mrs Palfrey rencontre Ludo, un jeune écrivain qu’elle fait passer pour son petit-fils, et cette « aventure » qui bouleverse sa vie fera d’elle une « vieille dame indigne » délicieusement britannique.

Mon opinion

★★★★★

___« La vieillesse est un naufrage » écrivit Chateaubriand. On ne saurait trouver des mots qui traduisent d’une façon plus juste ce que l’on ressent à la lecture des premiers chapitres du roman de Elizabeth Taylor. Publié peu avant sa mort, « Mrs Palfrey Hôtel Claremont » explore en effet le thème de la vieillesse et du temps qui passe, posant un regard franc et sans concession sur cette période de la vie qui nous guette autant qu’elle nous effraie.

Photo extraite du film « Mrs. Palfrey at the Claremont » de Dan Ireland (2005)

___Début des années 70, Mrs. Palfrey, une veuve respectable, pose ses valises à l’hôtel à Claremont, une résidence pour personnes âgées. Entre les murs de cet hôtel figé dans le temps et le silence, les pensionnaires mènent une existence réglée comme du papier à musique. Les jours se succèdent, chacun identique au précédent, au rythme des activités répétitives et minutieusement planifiés. Pourtant, ne vous y trompez-pas. Car dans cette ambiance faussement feutré, la course aux apparences fait rage, et la poignée de retraités se livrent en catimini une compétition sans merci. Au sein de ce petit monde cloisonné (qui n’est pas sans rappeler l’univers hiérarchisé et parfois impitoyable de l’école), on s’observe et se jauge à longueur de journée. Ici, la popularité des individus se mesure au nombre de visites qu’ils reçoivent et tous les moyens sont bons pour sauver coûte que coûte les apparences. Tandis que Mrs Palfrey, délaissée par sa fille et son petit-fils, prend chaque jour davantage conscience de l’abîme de solitude dans lequel elle se trouve, le destin va mettre sur sa route un jeune écrivain, dénommé Ludovic Myers qui, après avoir abandonné le théâtre pour se lancer dans l’écriture, travaille activement à la rédaction de son premier roman. Suite à une chute, il vole héroïquement au secours de la vieille dame en détresse. Mais c’est sur la base d’une espèce d’échange de bons procédés que s’établit réellement la relation qui va définitivement lier leurs destins. Dans cet arrangement implicite, chacun voit en effet dans l’autre un moyen de servir ses propres intérêts : lui est à la recherche d’un sujet d’étude pour son roman, elle a besoin d’un fils de substitution lui permettant de sauver les apparences. Ensemble, ils mettent sur pieds une véritable mise en scène afin d’éviter à la vieille dame d’essuyer ce qui s’apparenterait pour elle à une humiliation publique. Faisant passer le jeune homme pour son petit-fils, Mrs Palfrey tente ainsi de dissimuler aux yeux du monde l’étendue de sa solitude, et s’enfonce peu à peu dans ses mensonges.

Photo extraite du film « Mrs. Palfrey at the Claremont » de Dan Ireland (2005)

Ce choc des générations entre une vieille femme drapée dans sa dignité et un jeune homme désargenté et insouciant, se mue pourtant peu à peu en la rencontre émouvante de deux solitudes. Subtilement et avec une grande habileté, Elizabeth Taylor démontre ainsi que la solitude ne revêt pas toujours le visage que l’on croit et se cache souvent là où on ne l’attend pas. « Il n’y avait jamais eu de femme de ce genre dans la vie de Ludo – pas de tante gâteau, ni de nurse réconfortante ou de grandes soeurs qui ‘adoraient. Rien que sa mère et lui, vivant dans un espace trop étroit et se querellant. Il ne connaissait personne témoignant de ce respect intimidé pour les écrivains. »

___Avec un sens aiguisé de l’observation et une remarquable finesse psychologique, la romancière britannique dissèque les sentiments et sonde l’âme de ses personnages, tout en posant un regard d’une implacable lucidité sur la nature humaine. A travers les destins croisés de ces antihéros, elle explore et met ainsi à l’épreuve la sincérité des sentiments qui guident nos actes, et nous démontre en définitive que les liens du sang ne sont pas toujours les plus forts. « On avait emmené Mrs Arbuthnot faire une petite promenade en voiture et à présent, en cette fin de journée, elle était assise dans le salon, pâle et angoissée. Ses soeurs avaient réussi, non sans mal, à la déplacer un peu et quelque chose avait été accompli. Elle avait pris l’air, avait changé d’horizon et, pour elles deux, elle était censée aller mieux. Ses soeurs, en tout cas, allaient incontestablement mieux. Elles étaient, pour l’heure, agréablement occupées à boire un verre, les joues embrasées de soulagement, toutes à la satisfaction du devoir accompli. » p.66

La romancière Elizabeth Taylor

_ Elizabeth Taylor décrit également avec brio notre besoin de repères, notre attachement viscéral aux petits gestes qui régissent notre quotidien, le réconfort des habitudes, ces rituels qui nous rassurent… et nous rappelle que ce sont finalement le temps et les épreuves qui forgent nos vies et nos caractères. Comme pour mieux illustrer le changement d’état d’esprit qui s’opère chez ses personnages, la romancière rattache ainsi leur prise de conscience et leur lente évolution au mouvement des saisons. Et tandis que la grisaille hivernale cède peu à peu la place à l’air revigorant d’un printemps symbole de renouveau, elle nous rappelle que la vie n’est finalement qu’un éternel recommencement. Forte de toutes ces rencontres et d’une nouvelle vie à laquelle elle prend finalement goût, le Clarement et ses résidents s’imposent progressivement comme un nouveau foyer pour Mrs Palfrey. Bientôt, une nouvelle pensionnaire débarque à l’hôtel, renvoyant la vieille dame au souvenir de sa propre arrivée quelques mois auparavant. Et l’histoire peut ainsi se répéter…

___Dans ce roman qui joue sans cesse avec nos émotions, Elizabeth Taylor ne nous épargne aucun détail des affres de la vieillesse. Sans prendre de gants, elle évoque la lente décrépitude du corps et de l’esprit, la progressive perte d’autonomie et le spectre de la dépendance qui menace. Poussant le lecteur jusque dans ses derniers retranchements, elle le confronte, à travers le prisme de ses personnages, à ses angoisses les plus intimes et les plus refoulées. Une des principales forces de ce récit repose ainsi sur ce don rare et précieux qu’a Elizabeth Taylor de trouver à chaque instant les mots justes pour capter une émotion, un sentiment, un silence afin de lui donner une résonance particulière et une portée universelle.

« Une tâche épuisante, vieillir. C’est comme être un bébé, mais à l’envers. Dans la vie d’un nourrisson, chaque jour représente une nouvelle petite acquisition ; et pour les vieux, chaque jour représente une nouvelle petite perte. On oublie les noms, les dates ne signifient plus rien, les événements se confondent, les visages s’estompent. La petite enfance et la vieillesse sont des périodes harassantes. » p.226

___Si notre coeur se serre à de nombreuses reprises, ce n’est pourtant jamais sous l’impulsion de la pitié. D’un réalisme parfois cruel et dérangeant, ce portrait sans fard de la vieillesse ne sombre en effet jamais dans un pathétisme déplacé ou le misérabilisme. Car ce qui fait toute la singularité de cette oeuvre, c’est justement la capacité de son auteure à surmonter le caractère par essence tragique et immuable du temps qui passe afin d’en adoucir l’âpreté. Elizabeth Taylor est ainsi parvenue à extraire de cette description peu réjouissante de véritables moments de grâce, nourrissant son récit de ces petits bonheurs qui égaient le quotidien et de ces rencontres magiques qui donnent à l’existence tout son sel.

___De cette course désespérée contre le temps, le lecteur en connaît dès le départ l’inévitable issue. Si la conclusion se révèle donc sans surprise, la romancière parvient néanmoins à en adoucir la saveur. A partir de l’histoire, a priori convenue, d’une femme qui, se trouvant au crépuscule de sa vie, tente de trouver un sens ultime à son existence, Elizabeth Taylor en a ainsi tiré une fable à la portée universelle et une oeuvre magistrale, véhiculant un formidable message d’espoir.

Subtil mélange de réalisme, d’humour grinçant et de tendresse, Elizabeth Taylor signe avec « Mrs Palfrey, hôtel Claremont », un roman époustouflant qui nous fait passer du rire aux larmes en un instant et réveille les peurs et les angoisses tapies au fond de chacun de nous.

De cette description peu réjouissante du temps qui passe et nous use, Elizabeth Taylor parvient néanmoins à extraire de véritables moments de grâce, nourrissant son récit de ces petits bonheurs qui égaient le quotidien et de ces rencontres magiques qui donnent à l’existence tout son sel. Au fil des pages, on s’entiche de cette petite clique de retraités dont on suit les tribulations quotidiennes avec une infinie tendresse tout en étant subjugué par le réalisme parfois cruel de ce portrait de la vieillesse et du temps qui passe.

Porté par une narration à hauteur humaine, il y a, au coeur du roman d’Elizabeth Taylor, des thématiques universelles qui trouvent un écho en chacun d’entre nous: l’inexorable et angoissante fuite du temps, la peur de la vieillesse et de la solitude, les rencontres décisives qui changent nos vies, notre besoin viscéral d’être aimé et de donner un sens à notre existence… De cette fatalité que nous inspire la vieillesse, Elizabeth Taylor a su ainsi tirer une fable à la portée universelle et une oeuvre véhiculant un formidable message d’espoir.

« Mrs Palfrey, Hôtel Claremont », qui signe ma première rencontre avec la romancière Elizabeth Taylor, est donc une véritable révélation pour moi! Un de ces romans qui vous marquent et qui vous changent, vous faisant voir le monde avec un oeil nouveau. Après une première lecture aussi concluante, il va sans dire que je suis impatiente de renouer avec la plume de cette auteure! Angel sera ainsi une de mes toutes prochaines lectures. Un roman que je voulais déjà lire depuis plusieurs années et que je me réjouis donc de bientôt découvrir, tout comme son adaptation cinématographique !

Je remercie une fois encore chaleureusement les éditions Rivages pour cette magnifique révélation! 🙂

« Pas facile d’être une lady! » de E. M. Delafield

Quatrième de couverture

Au fin fond du Devonshire, notre  » provincial lady « , quadragénaire gaffeuse, nous régale avec les mésaventures de son quotidien sur une année, tiraillée qu’elle est entre ses rôles d’aristocrate, d’épouse, de mère, de femme libérée, d’intellectuelle ; et si elle s’accorde des escapades à Londres, c’est moins pour briller en société que pour dépenser l’argent qu’elle n’a pas.

Mon opinion

★★★★★

___S’inspirant largement de la vie de son auteure, « Pas facile d’être une lady ! » relate, sous la forme d’un journal intime, les tribulations d’une quadragénaire vivant au coeur d’un petit village du Devonshire au début des années 30. A la fois épouse, mère au foyer et femme de lettres, la narratrice, qui accumule les responsabilités et les obligations de toutes parts, tente de concilier tant bien que mal impératifs professionnels et vie de famille.

___Devant ainsi mener de front vie personnelle et professionnelle, cette femme aux multiples facettes doit en outre composer avec un époux taciturne (mais aux silences néanmoins ô combien évocateurs !) consacrant ses journées à la lecture du Times, deux enfants débordant d’énergie, des domestiques constamment au bord de l’insurrection et une gouvernante française, aussi indispensable et compétente que démesurément susceptible. Aux petits tracas du quotidien ne tardent pas à s’ajouter les déboires financiers et le défilé incessant des nombreux voisins et connaissances dont l’arrivée semble systématiquement coïncider avec celle de nouveaux ennuis !

___Incapable, dès lors qu’elle se trouve en société, d’aller au-delà de ce que la bienséance autorise et toujours contrainte de se soumettre aux règles de conduite qu’exige son rang, c’est dans son journal que notre lady laisse libre cours à ses sentiments les plus profonds et les plus inavouables. Alors que sur le papier, la narratrice fait ainsi preuve d’une vivacité d’esprit remarquable et d’un incroyable sens de la répartie, ce dernier semble au contraire lui faire cruellement défaut aux moments où elle en aurait pourtant le plus besoin. Relatant ses diverses péripéties tout en agrémentant son récit de nombreux commentaires désopilants afin de livrer le fond de sa pensée, elle donne aux évènements un relief inédit et une dimension rocambolesque à souhait. Les marques d’ironie et les réparties au cordeau fusent à chaque phrase pour le plus grand plaisir du lecteur qui se délecte de ses traits d’esprit et des digressions répétées faisant prendre subitement au récit une trajectoire inattendue. Durant ces monologues intérieurs, on se laisse ainsi porter avec bonheur par le cours imprévisible des réflexions de la narratrice, au gré des associations d’idées improbables nous faisant brusquement passer d’un sujet à l’autre. Ses raisonnements font toujours mouche et le ton, résolument décalé et plein d’entrain, emporte le lecteur dans cette succession de péripéties et de situations plus cocasses et hilarantes les unes que les autres.

___Dans un style dépouillé et sans fioritures, la narration se révèle d’une redoutable efficacité, enchaînant les mésaventures et les traits d’esprit de l’héroïne. Faisant l’économie de descriptions superflues ou d’effets de style inutiles, l’auteure adopte un ton sans filtre et décomplexé, mélange parfaitement dosé de dérision et d’impertinence.

___Alimentant son journal d’anecdotes variées, E. M. Delafield a su brillamment capter et retranscrire les situations du quotidien afin de les faire apparaître sous leur jour le plus comique. Avec sa plume, acérée et sans concession, elle se rit de toutes ces petites misères de l’existence et tourne en ridicule les travers et les petites imperfections de la nature humaine.

___De la très snob et donneuse de leçons Lady B. à Miss Pankerton, féministe zélée aux aspirations tyranniques, en passant par la gouvernante française et « sa tendance latine à dramatiser les choses » ou encore la morose Mrs Blenkinsop, convaincue de voir tous les jours sa dernière heure arriver, E. M. Delafield nous régale ainsi d’une galerie de personnages truculents et savoureusement décalés.

___Au-delà de la vocation purement cathartique de l’exercice, c’est avant tout l’occasion pour l’auteure de brosser un portrait caustique des moeurs de son époque et de la société dans laquelle elle gravite. Avec une ironie aussi naturelle qu’instinctive, E. M. Delafield croque ses contemporains avec beaucoup d’humour et nous renvoie tel un miroir l’image de nos propres travers et de nos contradictions les plus profondes.

___Parce qu’en grande partie autobiographique, E. M. Delafield maîtrise son sujet sur le bout des doigts et nous livre un texte aux accents étonnamment modernes et désopilant à souhait. Sa plume, acérée et délicieusement caustique, égratigne et se rit de tout et de tout le monde, à commencer de sa propre personne. Ainsi, bien que ses portraits puissent parfois paraître quelque peu caricaturaux, leur exécution est toujours réalisée avec beaucoup de tendresse et dans un ton dénué de toute trace de ressentiment ou de méchanceté.

___Avec tendresse et humour, E. M. Delafield pointe ainsi du doigt les turpitudes du monde, la fausseté des sentiments et brocarde une société faite de faux-semblants et d’apparences au sein de laquelle l’hypocrisie est reine et où le ressentiment resserre les liens entre les gens. Si le thème peut paraître éculé et le message maintes fois rabâché, l’angle d’attaque adopté et la démonstration, sans détour se révèlent des plus efficaces. Les ressorts comiques, bien que souvent répétitifs, fonctionnent à tous les coups arrachant au lecteur de nombreux et francs éclats de rire. Aussi hilarant que revigorant, « Pas facile d’être une lady ! » est un roman jubilatoire et une parenthèse d’humour que l’on voudrait ne jamais voir se refermer !

A mi-chemin entre la fiction et l’autobiographie, E. M. Delafield signe un récit désopilant mettant en scène les tribulations d’une quadragénaire gaffeuse et pétillante qui tente désespérément de mener de front vie personnelle et professionnelle. Véritable Bridget Jones des années 30, la narratrice, pleine de ressources et d’esprit, acquiert rapidement un fort capital sympathie auprès du lecteur qui suit avec jubilation ses mésaventures et se délecte de ses péripéties en chaîne.

Malgré l’apparente simplicité du style, E. M. Delafield livre un récit parfaitement rythmé et d’une redoutable efficacité mettant en scène des personnages truculents à souhait et aux ressorts comiques parfaitement huilés.

Riant ainsi de toutes ces petites misères qui peuplent nos existences, E. M. Delafield signe un roman aux accents étonnamment modernes qui aborde avec humour des thématiques universelles et intemporelles. Avec un sens de l’autodérision affirmé, elle pose un regard tendre et railleur sur ses contemporains tout en évitant les postures moralisatrices et sans jamais sombrer dans l’écueil du ressentiment. Au-delà du simple aspect humoristique de ce court récit, c’est donc avant tout le portrait caustique de tout un pan de la société qu’ébauche peu à peu l’auteure. Sa plume, alerte, écorche avec malice et humour les travers de la nature humaine et nous renvoie tel un miroir l’image de nos propres imperfections.

Aussi hilarant que revigorant, « Pas facile d’être une lady ! » est un roman jubilatoire et une parenthèse d’humour que l’on voudrait ne jamais voir se refermer ! Un petit bijou d’ironie à découvrir absolument !

Je salue la belle initiative des éditions Payot de nous offrir (enfin) l’opportunité de découvrir en français la plume de E. M. Delafield et espère de tout coeur que ses autres romans seront à leurs tours traduits dans un avenir proche! Je remercie chaleureusement la maison d’édition pour cette formidable découverte!