« Anne et la maison aux pignons verts » de Lucy Maud Montgomery

 fillenavigua

Quatrième de couverture

Sur le quai de la gare, Matthew attend l’orphelin qui les aidera, sa sœur Marilla et lui, à la ferme. Mais c’est une petite rouquine aux yeux pétillants qui se présente… N’ayant pas le cœur de la renvoyer, Matthew la ramène à Avonlea. Extrêmement attachante, Anne va rapidement séduire son entourage par son courage, sa détermination et sa débrouillardise.

À travers le récit de la vie d’Anne Shirley, une jeune orpheline, l’auteur nous invite à partager la vie des habitants de l’ïle-du-Prince-Edouard, au début du siècle dernier.

S’amuser de la magie des mots, rire de ses propres défauts, s’émerveiller face à la nature…

Voici un roman feel-good inoubliable, plein de malice.

  • Mon opinion

★★★★★

___Premier tome d’une série jeunesse incontournable outre-Atlantique, « Anne et la maison aux pignons verts » est depuis longtemps considéré comme un classique de la littérature canadienne. Un succès sans précédent qui n’a cependant jamais réussi à franchir nos frontières pour véritablement s’imposer en France. Bien moins connues chez nous, les aventures d’Anne n’avaient pas été rééditées depuis plusieurs années et restent de fait assez difficiles à se procurer. Une injustice que les éditions Zethel semblent déterminées à réparer en publiant cette année une réédition du premier tome. Une formidable initiative et une occasion en or de découvrir une héroïne aussi malicieuse que terriblement attachante !

___Après la mort de ses parents, Anne Shirley, âgée de 11 ans, se retrouve un temps ballotée de foyer en foyer avant d’atterrir à l’orphelinat de Hopetown, en Nouvelle-Ecosse. De là, elle est finalement recueillie par Marilla et Matthew Cuthbert, dans une ferme à Avonlea. Le frère et la soeur, qui s’attendaient à accueillir un petit garçon pour venir les aider aux travaux de la ferme, se trouvent totalement désemparés en voyant ainsi débarquer cette frêle fillette à la crinière flamboyante !

D’abord propulsée là par erreur, l’irruption d’Anne au milieu de ces deux individus discrets et peu loquaces va pourtant faire des étincelles. De fait, la petite orpheline à l’imagination débordante et à la langue bien pendue introduit autant de vie que de bonne humeur au sein du foyer Cuthbert. Jour après jour, Anne va ainsi rétablir le dialogue et resserrer les liens entre Mathew et Marilla. Tel un ange tombé du ciel, sa personnalité solaire illumine la maison et apporte de la chaleur dans le foyer. S’il est souvent bien difficile pour Marilla et Matthew de suivre le fil décousu des pensées de la fillette qui se laisse parfois porter par les élans de son imagination, tous deux tombent rapidement sous le charme de la fraîcheur et de la spontanéité de l’enfant. Touchés par l’histoire d’Anne et séduits par son tempérament, les Cuthbert n’ont bientôt plus le coeur à renvoyer leur protégée à l’orphelinat, et décident finalement de prendre en main son éducation.

« Quelle existence sans amour et sans consolations cette enfant avait connue ! Une petite vie de misérable esclave, solitaire et négligée ; Marilla était assez fine pour lire entre les lignes de l’histoire d’Anne, et pour deviner la vérité. Il n’était guère surprenant qu’elle eût été si enchantée à l’idée d’avoir enfin un chez-soi. » p70

___Depuis sa chambre du pignon est, Anne laisse jour après jour vagabonder son imagination dans ce décor bucolique. Curieuse et vive, elle se satisfait des bonheurs simples et des petites joies du quotidien. Avec ses yeux d’enfant, elle n’a pas son pareil pour s’émerveiller des détails les plus anodins, faisant voir à son entourage le monde sous un jour nouveau et en révélant des beautés insoupçonnées.

« Les yeux d’Anne, épris de beauté, s’attardaient sur le moindre détail, dévorant tout avec une immense gourmandise ; elle avait vu, dans sa vie, tant de lieux parfaitement laids, la pauvre enfant, que cet endroit était aussi beau que ses rêves les plus fous. » p.55

___A Avonlea, les ailes de son imagination fertile ne semblent connaître aucun obstacle. A peine arrivée à Green Gables, Anne s’approprie les lieux, rebaptisant les routes et les cours d’eau afin de leur donner des connotations féériques. Eprise de liberté et amoureuse de la nature, la fillette parle aux arbres et aux fleurs et multiplie les expéditions enchanteresses avant d’assourdir ses parents adoptifs du récit éclatant de ses découvertes. A ses côtés, le quotidien terne et monotone des deux fermiers laisse place à une vie plus mouvementée et riche d’aventures.

Petit bout d’humanité abandonné qui ne manque pas d’audace, Anne conquiert avec succès les coeurs de tous ceux qui l’entourent. Avec son optimisme sans faille et son enthousiasme inébranlable, elle sera d’ailleurs la seule à parvenir à fendre peu à peu la carapace du taciturne Matthew : « […] Matthew et moi, nous sommes si proches que je peux lire dans ses pensées comme dans un livre. » « Ils étaient les deux meilleurs amis du monde, et Matthew remerciait chaque jour la Providence de ne pas avoir à réglementer l’éducation de la petite. C’était là une responsabilité qui incombait à Marilla, et à elle seule ; si elle lui avait échue, il se serait trouvé sans cesse déchiré entre son affection pour Anne et son sens du devoir. » p.297 Jour après jour, on assiste à l’éclosion de sentiments de plus en plus forts dans le coeur de Matthew et Marilla. Leur attitude, résolument protectrice et attentionnée à l’égard de la fillette, témoignent d’un instinct parental sincère et affirmé.

___Avec ce livre respirant de bons sentiments et d’humanité, Lucy Maud Montgomery parvient à nous faire passer du rire aux larmes en quelques pages. Au-delà du simple roman jeunesse, « Anne et la maison aux pignons verts » est aussi un formidable roman d’apprentissage, qui aborde avec justesse les thèmes de la résilience, de la famille, de l’amitié ou encore du passage à l’âge adulte. Naïve, maladroite, fière et susceptible, Anne porte en elle tous les défauts de l’enfance. Gilbert Blythe, un de ses camarades de classe, l’apprendra d’ailleurs à ses dépens. Suite à une boutade, le garçon s’attirera en effet les foudres d’Anne et fera les frais de sa rancune tenace de nombreuses années. Blessée dans son orgueil, la fillette entretiendra longtemps avec son ennemi fraternel une compétition féroce, dont elle saura cependant tirer une force qui la poussera à se dépasser.

« « Tout feu tout flamme » comme elle l’était, les plaisirs et les chagrins de l’existence l’atteignaient avec une intensité exacerbée. » p.275

Aussi facétieuse que désarmante de sincérité, Anne est une héroïne irrésistible dont on suit les tribulations avec bonheur ! Certaines des péripéties de cette gamine débordante d’imagination (à l’instar de l’épisode du sirop de framboise ou gâteau à la vanille) ne sont d’ailleurs pas sans rappeler celles du personnage de Sophie de la Comtesse de Ségur. De fait, l’insatiable curiosité et le sens de la répartie de cette fillette au caractère bien trempé lui vaudront bien quelques ennuis; mais sa détermination, sa noblesse d’âme et son coeur d’or auront finalement raison de toutes ses erreurs.

« Marilla en était presque venue à désespérer de pouvoir jamais transformer cette enfant abandonnée en petite fille modèle aux manières posées et au comportement distingué. Elle n’aurait pas accepté d’admettre, en fait, qu’elle préférait infiniment qu’Anne demeurât comme elle l’était. » p.275

___Vive, sensible et impétueuse, les excès de son caractère se nuancent pourtant peu à peu, au gré des expériences et des épreuves auxquelles elle se trouve confrontée. A mesure que les années passent, la jeune effrontée un brin sauvage se métamorphose en jeune fille plus douce et posée. Plus réfléchie, ses jugements se font moins définitifs et péremptoires.

Parvenir à composer avec son histoire (aussi douloureuse soit-elle), se nourrir de ses expériences et apprendre de ses erreurs, tels semblent être quelques uns des messages clés du roman de Lucy Maud Montgomery. Paru en 1908, son récit a par certains aspects des accents avant-gardistes, notamment quant à la place de la femme dans la société. Surtout, à travers le personnage d’Anne et son parcours, l’auteure insiste sur l’importance de ne pas brider l’imagination, de toujours croire en ses rêves et du rôle fondamental de l’instruction dans la réalisation de l’individu. Véritable électron libre, à la fois ambitieuse et déterminée, Anne témoigne d’une force de caractère remarquable pour son époque. Portée par l’amour inconditionnel de ses parents de coeur et leur soutien indéfectible, elle trouve la force de faire fi des convenances pour prendre son destin en main.

Fidèle et loyale envers tous ceux qu’elle aime, Anne est un personnage terriblement attachant dont on suit le cheminement vers l’âge adulte avec tendresse et bienveillance. Agée de seize ans à la fin de ce premier tome, c’est le coeur serré que l’on quitte notre jeune héroïne aux portes de l’âge adulte.

Je remercie infiniment les éditions Zethel pour cette merveilleuse lecture !

  • Extraits

« Qu’il est bon d’avoir des buts dans l’existence ! Je suis contente d’en avoir autant. Et l’ambition a cet avantage de vous pousser toujours plus loin, de vous forcer à faire toujours mieux ; dès qu’on atteint un de ses objectifs, en voilà un autre qui surgit, encore plus lumineux, encore plus attirant, et c’est le désir de l’atteindre qui donne tant de piquant à la vie ! » p.432
« Nous payons le prix, en effet, de tout ce que nous recevons et acquérons en ce bas monde ; il est fort utile de se fixer des buts, mais il nous faut payer le prix fort pour les réaliser, en travail, en renoncements, en angoisses, en découragements. » p.440

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