« La Splendeur de Cavendon Hall » de Barbara Taylor Bradford

 

 

 

 

 

 

Résumé

Au château de Cavendon, si l’été 1913 s’annonce merveilleux pour les familles Ingham et Swann, tout est sur le point de changer.

La magnifique propriété du Yorkshire abrite depuis des générations la famille de Charles Ingham, comte de Mowbray, et celle de leurs fidèles serviteurs depuis près de deux cents ans, les Swann. Entre elles règnent une entière confiance et une parfaite entente. Parmi les six enfants du comte et de la comtesse, Daphné, à tout juste dix-sept ans, est une véritable beauté. Promise à un beau mariage, elle sera bientôt présentée à la Cour et tous les espoirs de son père reposent sur elle.

Mais un évènement tragique va bouleverser sa vie et menacer de salir le nom des Ingham. Plus grave encore, la menace de la Première Guerre Mondiale pèse sur les deux familles. Trahisons, crime, disputes : les heures paisibles sont comptées à Cavendon Hall.

Mon opinion

★★☆☆☆

Les préjugés que je nourrissais face à la bibliographie impressionnante de Barbara Taylor Bradford ajoutés à certains avis plutôt acerbes sur quelques-uns de ses titres n’ont finalement pas eu raison de mon enthousiasme. En dépit des réserves que je viens d’évoquer, je fondais ainsi beaucoup d’espoir sur cette écrivain mondialement connue dont je n’avais encore rien lu.

La parution de son dernier roman en France, intitulé « La splendeur de Cavendon Hall » et dont le résumé laissait présager une saga familiale dans l’esprit de Downton Abbey, me semblait être l’occasion parfaite de découvrir l’auteure.

_Bien que Barbara Taylor Bradford se défende de s’être inspirée de la série à succès Downton Abbey pour écrire son histoire, difficile de ne pas relever les nombreux points communs entre les deux oeuvres. Outre le contexte historique parfaitement identique, certains personnages du roman de Barbara Taylor Bradford partagent de troublantes similitudes avec ceux de la série de Julian Fellowes. Parmi les exemples les plus frappants, notons une matriarche charismatique « qui aime tout régenter », une cuisinière passant son temps à aboyer sur la fille de cuisine tout en sachant faire preuve, sous ses airs bourrus, d’une tendresse maternelle ou encore une membre de la famille dévouée à la cause des suffragettes.

___Si on retrouve donc bien les ingrédients de la série, force est de constater que le roman de Barbara Taylor Bradford ne tient définitivement pas la comparaison. Car malgré la tentative louable de l’auteure d’inscrire son oeuvre dans la lignée de Downton Abbey, le résultat tient incontestablement davantage de la caricature que d’un tour de force littéraire.

___Alors que la quatrième de couverture laissait présager un récit historique plein de potentiel, « La splendeur de Cavendon Hall » s’apparente en réalité plus à une succession de clichés servie par des personnages sans profondeur et des dialogues parfois affligeants qu’à une intrigue historique un minimum plausible à défaut d’être de qualité.

___D’entrée de jeu, il est ainsi clair que le souci de rigueur et de cohérence historique ne constitue pas la préoccupation principale de l’auteure qui, afin de servir son histoire, n’hésite pas à bafouer les codes de la hiérarchie sociale à travers les relations qu’entretiennent ses personnages. Si je ne mets pas en doute l’esprit de dévouement et le sincère attachement des Swann pour leurs maîtres, une telle proximité et familiarité entre les nobles et leurs domestiques semble en revanche peu crédible pour l’époque où est censée se dérouler l’histoire.

___Par ailleurs, l’auteure qui ne s’embarrasse d’aucune description, occulte en conséquence presque totalement le contexte historique de son récit. La menace et les bouleversements engendrés par la première guerre mondiale ne sont que furtivement évoqués et souvent à travers des considérations sans réelle profondeur. La dimension historique ne constituant finalement rien de plus qu’un prétexte permettant d’offrir un bel écrin à son histoire sans jamais être un tant soit peu réellement exploitée.

___Outre ces incohérences et ces maladresses sur les fondements même de l’intrigue, Barbara Taylor Bradford, en choisissant de privilégier l’action au détriment de la profondeur, peine également à convaincre quant à la solidité de son histoire et la justesse du ton employé.

___Le destin semble clairement s’acharner sur les personnages qui enchaînent les drames et les déconvenues à un rythme effréné. A défaut d’être crédible, une telle succession de catastrophes a au moins le mérite de tenir le lecteur en haleine, se demandant sans cesse quel nouveau drame l’auteure réserve encore à ses personnages.

___Mais si Barbara Taylor Bradford maîtrise incontestablement l’art des rebondissements et redouble d’inventivité dans le registre de la tragédie, elle manque en revanche de finesse dans l’appréhension de la psychologie de ses personnages.

___La crédibilité de l’intrigue pâtit ainsi lourdement d’une écriture plus scénaristique que littéraire qui privilégie les rebondissements et les coups de théâtre au détriment de la justesse des émotions et de la qualité des dialogues.

___A mesure que les évènements tragiques se succèdent, les réactions des protagonistes deviennent de moins en moins crédibles et totalement inadaptés aux situations auxquelles ils sont confrontés. Chaque épreuve est ainsi surmontée avec une facilité déconcertante quand elle ne connaît pas une issue relevant du « heureux hasard » (pour ne pas parler de miracle !).

___Face à ce défilé sans fin de protagonistes et ces rebondissements à répétition, l’auteure ne prend finalement le temps de développer que très peu de ses personnages qui apparaissent, pour la grande majorité, stéréotypés et manichéens. La petite Dulcie, benjamine de la famille, étant finalement la seule qui aura réussi à me tirer un sourire de temps en temps et à réellement égayer ma lecture. Dès lors, le lecteur a toutes les difficultés à éprouver à l’égard de ces personnages de l’empathie et à s’investir dans une intrigue qui flirte hélas souvent avec les limites du ridicule.

___L’ensemble contribue, au final, à donner au lecteur l’impression de lire le script d’une série télévisée à l’eau-de-rose ringarde reposant sur un scénario d’un dramatisme grotesque, servi par un mauvais jeu d’acteurs ainsi que des dialogues affectés. D’ailleurs, la liste figurant au début du roman et présentant les différents protagonistes de l’histoire ainsi que les relations les liant les uns aux autres, à l’image de ce que l’on peut voir dans les pièces de théâtre, renforce grandement cette impression.

___Un sentiment de gâchis, compte tenu de l’idée de départ pour le moins prometteuse, que la fin ne parvient malheureusement pas à atténuer. On assiste au contraire à un florilège de rebondissements surréalistes et une surenchère de sentimentalisme niais dans les répliques. Le roman s’achève sur une fin ouverte laissant présager une suite à l’histoire sans cependant réussir à instaurer une tension dramatique susceptible de donner envie au lecteur de lire la suite.

Un « Tome 2 » serait ainsi en cours d’écriture avec une publication prévue pour 2015 aux Etats-Unis… il va sans dire que ce sera sans moi.

Tentant de s’inscrire dans la lignée de Downton Abbey en réutilisant les ingrédients de la série à succès, « La splendeur de Cavendon Hall » tient au final malheureusement plus de la caricature que de la prouesse littéraire.

Le contexte historique, qui constitue pourtant un des principaux attraits de l’intrigue, se révèle ici purement anecdotique et ses rares tentatives d’exploitation peu convaincantes.

Dans un style relevant davantage du scénario d’un soap TV à l’eau de rose que d’un récit littéraire, Barbara Taylor Bradford peine à convaincre avec son intrigue enchaînant les clichés et sombrant constamment dans un sentimentalisme excessif.

Malgré le potentiel de l’histoire et un rythme soutenu, celle-ci est ainsi rapidement plombée par des personnages stéréotypés, aux réactions inappropriées et manquant de finesse psychologique ainsi que des dialogues aussi affectés que creux.

En dépit des nombreux rebondissements de l’intrigue, ces derniers ne parviennent malheureusement pas à faire oublier un style artificiel et peu naturel qui privilégie l’action au détriment de la justesse des émotions, empêchant le lecteur d’apprécier pleinement la tension dramatique des évènements ainsi que leurs enjeux.

Ma rencontre avec la plume de Barbara Taylor Bradford se solde donc malheureusement par une terrible déception. Néanmoins, je ne renonce pas à découvrir l’auteure avec un autre de ses romans (Ingrid avait ainsi beaucoup apprécié « Lettre d’une Etrangère ») et je remercie une nouvelle fois les éditions Presses de la Cité pour leur confiance.

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14 réflexions sur “« La Splendeur de Cavendon Hall » de Barbara Taylor Bradford

    • Et je pense que tu ne louperas pas grand chose pour le coup ^^. Vu ta déception avec « Les Images du Passé » l’année dernière, j’ai l’impression que « La splendeur de Cavendon Hall » est du même acabit… l’auteure semble traverser une mauvaise passe avec ses derniers romans =/

  1. nous avons eu le même ressenti ….. mais je ne peux m’empêcher de me demander comment j’aurais accueilli le bouquin si l’éditeur de l’avait pas défendu comme étant fait pour les fans de la série 🙂

  2. Oh putaing! « s’apparente en réalité plus à une succession de clichés servie par des personnages sans profondeur et des dialogues parfois affligeants qu’à une intrigue historique un minimum plausible à défaut d’être de qualité. » AOUTCH! Ca me donne pas envie de me lancer ça, du coup.

    • J’avoue, j’ai vraiment été très déçue de cette première lecture d’un roman de Barbara Taylor Bradford! J’ai vraiment le sentiment que l’auteure a voulu surfer sur le succès de « Downton abbey » (tout en profitant de sa notoriété) avec une intrigue pas aboutie et très vite expédiée. Je suis d’autant plus déçue que l’idée de départ était pourtant tellement prometteuse! Il y avait vraiment matière à faire un super roman!
      Et puis, qui sait, peut-être que tu seras plus convaincue que moi par ce roman ;)! Et au final il se passe tellement de choses, que même si l’intrigue sonne faux et multiplie les clichés, ça se lit quand même très vite ^^.

  3. C’est vrai que ça m’a fait pensé à Downton Abbey mais il y aura peut-être du nouveau dans le prochain tome

    • Ce n’est pas tant le fait de présenter des similitudes avec Downton abbey que je reproche au roman de Barbara Taylor Bradford mais plutôt de s’être clairement inspirée de la série pour écrire une histoire que je trouve personnellement peu aboutie et surtout dans un style qui dénote franchement avec l’époque où se situe l’action =/. Je me suis lancée dans ma lecture plutôt enthousiaste vu l’idée de départ que je trouve excellente 🙂 mais je ne peux pas cacher ma déception quant au résultat (surtout venant d’une auteure aussi populaire et qui a connu tant de succès! je suis sûre qu’elle aurait pu faire bien mieux!).
      Peut-être effectivement que le prochain tome sera « meilleur » mais je ne pense pas le lire tant celui-ci m’a déçue. En tout cas, je suis ravie de voir que certains lecteurs ont aimé et si tu lis la suite, n’hésite pas à venir me donner ton avis (peut-être me convaincras-tu de me lancer malgré tout ;).

  4. Il y a quelques années, j’avais beaucoup aimé la série des « Emma Harte » de Barbara Taylor Bradford. Recherchant un livre et aimant les romans en plusieurs tomes, j’ai choisi la série « Ravenscar » du même auteur, pensant y trouver autant de plaisir. Quelle déception ! Les critiques que je ferais rejoignent tout à fait celles que je viens de lire concernant « Cavendon Hall ». Pensant avoir un souvenir embelli des  » Emma Harte », j’ai décidé de les relire. Et bien, on a l’impression que ce n’est pas la même personne qui a écrit les deux romans ! Les « Emma Harte » sont construits, structurés tandis que dans  » Ravenscar » on a une successions d’événements, spectaculaires il est vrai, mais dont on a pas toujours l’explication, et des personnages pas très bien cernés. on reste totalement sur sa faim. Je ne lirai donc pas « Cavendon Hall » et j’en resterai au plaisir que j’ai eu et que j’ai encore avec les nombreux tomes de la saga d’Emma Harte.

    • Merci pour ce commentaire particulièrement intéressant 🙂 et de me faire ainsi part de ces réflexions sur Barbara Taylor Bradford! Ce n’est pas la première fois que j’entends dire que cette auteure est capable du meilleur… comme du pire. Je ne renonce donc pas à lire un autre de ses romans (en essayant cette fois de me tourner vers une « valeur sûre »). J’ai d’ailleurs « L’Espace d’une vie » dans ma bibliothèque (que j’avais acheté d’occasion) et je dois avouer que la lecture de ton commentaire et de ton ressenti sur la saga « Emma Harte » me rassure et me conforte dans l’idée de donner une nouvelle chance à l’auteure 🙂

      • J’arrive sur les derniers tomes de la série des « Emma Harte » et je nuancerai ce que j’ai dit précédemment. Comme je l’ai écrit, j’ai bien aimé les deux premiers, mais au fur et à mesure des livres, cela se détériore. Il y a beaucoup de « bla-bla », des redites et on tourne un peu en rond. Toujours les mêmes descriptions des pièces, des vêtements et des personnages qui ne sont que splendides et extraordinaires ! C’est un peu pour cela qu’on lit ces livres, pour le rêve qu’ils apportent, mais trop c’est trop !

      • Aïe! Me voilà donc avertie =/ ! Décidément, il semblerait que Barbara Taylor Bradford ne fasse pas partie des écrivains qui se « bonifient » avec le temps. J’aime lire, de temps en temps, ce genre de romans qui n’ont d’autres prétentions que celle d’apporter un peu de rêve, comme tu le dis si bien, et où l’histoire, sans être d’une originalité éblouissante, se révèle suffisamment rythmée et prenante pour me tenir en haleine. Par contre, dès que ça devient un peu trop « Amour, gloire et beauté » (kitsch à souhait avec une succession de clichés faisant perdre tout son crédit au récit et une histoire dégoulinante de mièvrerie), je jette l’éponge! En tout cas, merci de m’avoir prévenue! 😉

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