« Belle Epoque » de Elizabeth Ross

 

 

 

 

 

 

Résumé

___« Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d’emblée plus attirante. »

Lorsque Maude Pichon s’enfuit de sa Bretagne natale pour échapper à un mariage dont elle ne veut pas, elle monte à Paris, ville-lumière en ébullition à la veille de l’exposition universelle de 1889. Hélas, ses illusions romantiques s’y évanouissent aussi rapidement que ses maigres économies. Elle est désespérément à la recherche d’un emploi quand elle tombe sur une petite annonce inhabituelle : « On demande de jeunes filles laides pour faire un ouvrage facile. » L’Agence Durandeau propose en effet à ses clients un service unique en son genre : le repoussoir. Son slogan ? « Louez un faire-valoir, vous en deviendrez d’emblée plus attirante. » Étranglée par la misère, Maude postule…

Mon opinion

★★

« A Paris, tout se vend : les vierges folles et les vierges sages, les mensonges et les vérités, les larmes et les sourires. »

___Tels sont les premiers mots de la courte nouvelle « Les Repoussoirs » d’Emile Zola qui nous relate comment un industriel, nommé Monsieur Durandeau, a fondé une agence de location de femmes laides qui vont servir de faire-valoir à des clientes issues de la bonne société. Ainsi naissent donc les Repoussoirs, ces filles sans attrait « que l’on prend au bras et que l’on promène sur les trottoirs pour rehausser sa beauté et se faire regarder tendrement par les jolis messieurs ! ».

___Nous sommes en 1888, à Paris. C’est la Belle Epoque : une ère de décadence, de changements et surtout, de beauté. Fraichement débarquée à Paris pour échapper à un mariage arrangé par son père, Maude âgée de 17 ans, rêve de troquer son destin déjà scellé contre une nouvelle vie dans la capitale. Mais la jeune fille va rapidement déchanter. La vie à Paris est loin d’être aussi romantique et exaltante qu’elle l’avait imaginée ; et sans argent ni projets, Maude cherche désespérément un travail.

___Un jour, elle tombe par hasard sur une annonce affichée dans la rue et émanant de l’Agence Durandeau qui promet un ouvrage facile à de jeunes femmes. Dans sa précipitation, Maude ne la lit qu’en diagonale et ne saisit pas que l’offre d’emploi s’adresse en réalité à des jeunes femmes laides dont le travail consiste à tenir le rôle de faire-valoir. A peine a-t-elle mis les pieds à l’Agence que M. Durandeau la présente à une riche cliente, la Comtesse Dubern, qui cherche une « compagne » pour sa fille, Isabelle.

___Lorsque Maude prend finalement conscience de sa méprise et du véritable rôle qu’on lui demande de tenir, la jeune fille, d’abord scandalisée par le procédé, réalise pourtant bientôt qu’elle n’a pas les moyens de refuser cet emploi, aussi dégradant et humiliant qu’il puisse être. La garantie d’un salaire confortable aura raison de ses dernières réticences et la poussera à accepter la proposition de monsieur Durandeau.

___Outre l’humiliation infligée par sa position de repoussoir, la nouvelle recrue doit également faire face à d’autres difficultés. En effet, Isabelle ignore que Maude a été engagée par la Comtesse afin de l’espionner et de la manipuler pour qu’elle contracte une union avantageuse. A mesure que Maude se rapproche d’Isabelle, le secret de sa réelle identité devient plus lourd à garder. Et bientôt, la jeune repoussoir comprend qu’elle va devoir faire un choix irrévocable et lourd de conséquence : continuer à jouer la comédie afin de protéger ses intérêts tout en ruinant le bonheur et les espoirs d’Isabelle, ou bien dire toute la vérité et sacrifier son propre avenir.

___S’inspirant de la nouvelle de Zola, « Belle Epoque » reprend et exploite le thème central des Repoussoirs, ces jeunes filles sans attrait engagées par des aristocrates afin de mettre en valeur leur beauté. Afin de mieux servir son intrigue, Elizabeth Ross a légèrement modernisé le cadre historique de la nouvelle, situant l’action de son récit environ 30 ans après la publication du texte d’Emile Zola.

___Le Paris à la Belle Epoque constitue donc la toile de fond de ce roman. Période de paix et de grand optimisme, riche en découvertes scientifiques et technologiques, elle incarne un tournant décisif vers la modernité.

___Si l’on est loin des descriptions d’une précision clinique de Zola, Elizabeth Ross parvient cependant à retranscrire de manière tout à fait acceptable l’atmosphère de l’époque en s’appuyant sur des détails astucieusement choisis et à grande portée symbolique.

___Ainsi, la construction de la Tour Eiffel en vue de l’exposition universelle de 1889, sert de véritable fil rouge à l’intrigue principale. Un choix particulièrement judicieux de la part de l’auteure compte tenu du thème central de son roman. Car la tour de Gustave Eiffel incarne parfaitement une des questions au coeur du récit, à savoir la nature de la beauté.

___Monstre de fer défigurant Paris pour certains, la Tour Eiffel était pour d’autres une merveille d’élégance et de modernité, témoignant des progrès industriels et de l’innovation de l’époque. Aussi décriée qu’adulée, elle témoigne du caractère complexe et relatif de la beauté et incarne une époque au tournant du siècle, déchirée entre modernité et traditions. A travers « Belle Epoque », Elizabeth Ross nous démontre à quel point les standards de beauté évoluent avec le temps et changent d’une société à l’autre.

« Eiffel a mis la dernière main à sa tour. À la fois gracieuse et forte, altière et imposante, elle me fait penser le jour à une girafe de fer, la nuit à un phare. J’espère qu’elle restera longtemps en place, même quand l’effet de nouveauté se sera estompé. J’ai envie que cette beauté qui sort des conventions traverse les siècles. […]Il y a d’innombrables merveilles à voir à l’Exposition universelle : le phonographe d’Edison, la Galerie des machines et même la reproduction grandeur nature d’un village égyptien. Mais c’est la tour d’Eiffel qui attire les foules et déchaîne les passions. »

___Mais au-delà du questionnement sur la nature de la beauté, « Belle Epoque » relate aussi la merveilleuse histoire d’amitié qui va progressivement unir deux jeunes filles issues de catégories sociales opposées. D’un côté, il y a Maude, petite provinciale à la vision fantasmée de la capitale, qui rêve de brader la précarité de son quotidien contre le train de vie dispendieux d’Isabelle. De bals en réceptions, la jeune fille va ainsi se laisser peu à peu enivrer par le monde d’opulence et de décadence qui s’ouvre devant elle… au risque de s’y perdre. A l’inverse, Isabelle n’aspire qu’à s’extraire de sa cage dorée pour réaliser son rêve : entrer à l’université afin d’y étudier les sciences.

___En dépit de leurs différences, Maude et Isabelle aspirent donc toutes deux à se libérer des carcans de leurs conditions sociales. Au contact l’une de l’autre et au gré de leurs échanges, les deux jeunes filles vont progressivement prendre confiance en elles pour finalement prendre en main leurs destins.

___D’un point de vue historique, on peut donc louer les efforts de l’auteure pour exploiter ainsi le contexte de la Belle Epoque afin de mettre en valeur son intrigue. Loin de n’en faire qu’un simple écrin pour son récit, Elizabeth Ross multiplient les images symboliques afin de donner davantage de profondeur à l’histoire et d’appuyer son propos.

___Si j’ai apprécié les questionnements soulevés par l’auteure tout au long de son roman, sur le fond, l’intrigue de « Belle Epoque » est malheureusement sans surprisepour le lecteur qui assiste, impuissant, aux mauvais choix de Maude et à leurs conséquences aussi prévisibles qu’inéluctables. On devine rapidement que la vérité éclatera tôt ou tard et que les répercussions de ces révélations seront lourdes de conséquence pour nos deux héroïnes.

___Pourtant, malgré une intrigue convenue et sans surprise, je n’ai pas boudé mon plaisir de lire un roman young adult proposant une intrigue se basant sur une idée originale et exploitant plutôt judicieusement le contexte historique abordé. J’ai été séduite par les nombreux thèmes évoqués, allant de la critique des standards de beauté à la place des femmes dans la société. Même si la démonstration manque certes d’un peu d’envergure pour pleinement convaincre, l’intention n’en est pas moins louable.

Un roman qui sort des sentiers battus, et un très bon moment de lecture.

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