« Le cercle des confidentes, tome 1: Lady Megan » de Jennifer McGowan

 

 

 

 

 

 

Résumé

Lorsque Meg Fellowes, 17 ans, voleuse et comédienne de la troupe de la Rose d’Or, est arrêtée, elle sait que la sentence va être la mort. C’est ce à quoi les voleurs sous le règne d’Élisabeth 1re d’Angleterre doivent s’attendre. Pourtant, on lui propose une alternative : accepter de faire partie d’un groupe de demoiselles d’honneur très spéciales : des espionnes. Avec ses nouvelles compagnes, Jane, Anna, Béatrice et Sophia, Meg doit protéger la couronne des intrigues de la cour. En ces temps troublés, mille complots guettent la jeune reine protestante. Grâce à son sens inné de la comédie et à sa mémoire extraordinaire, Meg doit espionner la délégation espagnole, composée de fervents catholiques, opposés à Élisabeth, dont le séduisant Rafe, comte de Martine, qui vient d’arriver à la cour. Mais dans le paysage complexe de ce début de règne, la jeune fille comprend vite que les frontières entre ennemis et alliés sont mouvantes et qu’elle ne peut se fier à personne. Si elle entend sauver la vie de sa reine et retrouver sa propre liberté, elle devra aussi démasquer le meurtrier d’une autre demoiselle d’honneur, mystérieusement assassinée quelques mois avant son arrivée…

Mon opinion

★★

___Mêlant habilement récit d’espionnage et roman historique, Jennifer McGowan nous propose une intrigue innovante dans le paysage de la littérature YA. A contre-courant des tendances actuelles, « Le cercle des confidentes » m’a donc rapidement interpellée (d’autant plus que j’avais déjà repéré ce livre avant sa traduction française) et c’est avec de grandes attentes que j’ai abordé cette lecture.

___Dès les premières lignes, le lecteur se retrouve propulsé en plein coeur de l’Angleterre au temps des Tudors. Rapidement, l’auteure donne le ton de son récit, ouvrant son roman par une scène empreinte d’une tension notable, qui va être à l’origine du basculement de l’existence de Meg, la jeune héroïne au centre de ce premier opus.

___Evoluant au sein d’une troupe de saltimbanques itinérante, Meg passe ses journées à vider les poches des spectateurs qui croisent son chemin.

« Comme toutes les femmes, il m’était interdit de monter sur les planches. Aussi avais-je aiguisé mes talents de comédienne dans le public. Je pouvais arborer la gaieté d’une jeune demoiselle bien née, l’innocence d’une fille de marchand, ou la mine aigrie d’une poissonnière revêche. J’imitais mes semblables, qu’ils fussent rustres, nobles ou complaisants. Il suffisait que l’un d’entre-eux croise mon chemin, que j’esquisse un sourire, un signe de tête… pour que j’allège ses poches. Je volais – au sens propre – la vedette aux acteurs. » (p.15)

___Mais sa vie de chapardeuse bascule le jour où en tentant de secourir un jeune pickpocket de la troupe, elle se retrouve par un malheureux concours de circonstances emprisonnée. Après un court séjour dans les cachots de la reine, la jeune voleuse se voit imposer un ultimatum : ou bien elle intègre le cercle des confidentes, devenant espionne au service de la jeune souveraine Elizabeth, ou alors elle est emprisonnée pour le restant de ses jours. Face à ce dilemme (qui n’en est pas vraiment un, soyons honnête), Meg n’a donc d’autre choix que d’accepter d’intégrer le cercle des confidentes.

___Constituée de cinq jeunes filles choisies en raison d’un talent particulier, ce cercle réunit cinq espionnes aux aptitudes et aux personnalités bien différentes qui vont devoir mettre de côté leurs préjugés pour travailler ensemble. Mais difficile d’accorder sa confiance dans une Cour rongée par les complots et où prime l’individualisme et les intérêts personnels.

Meg va rapidement cerner les personnalités et les aptitudes de ces coéquipières…

  • Béatrice, la Belle :

« Entre ses cheveux blonds comme les blés, ses yeux bleus, ses toilettes somptueuses et son teint de porcelaine, la tentation de la haïr sur-le-champ avait été forte. Il avait suffi qu’elle ouvre la bouche pour que j’y cède sans remords. Fière, vaniteuse et cruelle, cette peste n’avait d’autres préoccupations que les intrigues de cour. Béatrice aurait fait un personnage de tragédie idéal… que j’aurais adoré voir périr au troisième acte… ou tout du moins mariée à un vieil aristocrate ronflant.

Mais ce n’était pas pour sa douceur que la belle Béatrice avait été recrutée au sein de notre groupe. On l’avait choisie car elle possédait le don singulier de plier n’importe quel individu du sexe opposé à ses volontés. Des jeunes garçons d’étable aux lords les plus puissants, aucun homme ne lui résistait. Elle roucoulait, minaudait, paradait et se pavanait, séduisant à tour de bras. » (p.35)

« Avec une savante discrétion, Béatrice regardait les jeunes femmes autour de leur souveraine. […] Elle connaissait jusque dans les moindres détails les liens et alliances complexes de la noblesse, que ceux-ci fussent temporaires ou tenaces. Une étrange carte qu’elle mettait à jour au gré des faveurs ou des revers de fortune. Qu’elles doivent leur position à leur naissance ou au fragile équilibre des pouvoirs, Béatrice savait mieux que personne la place de ces dames à la Cour. »

  • Anna, l’Erudite

« Tout dans son apparence trahissait son sérieux : l’étoffe raide de sa robe de laine jaune, le col sage de sa blouse blanche, l’épaisseur des manches qui recouvraient jusqu’à ses poignets ou encore ses longues tresses rousses soigneusement nouées au sommet de sa tête. Anna l’érudite, derrière ses douces prunelles émeraude, ne tolérait guère les cancres. » (p.36)

« La tâche d’Anna, pour sa part, se bornait à de simples observations et calculs. Du noble seigneur à la modeste servante, elle mémorisait les noms des personnes présentes ou absentes, ainsi que leur signalement. Elle se passionnait davantage pour le déchiffrement des textes cryptés, le maniement des astrolabes ou ses versions de grec, mais se prêtait volontiers à ces jeux de mémoire. »

  • Sophia, l’Augure

« Très tôt orpheline, Sophia était la nièce et pupille de John Dee, l’astrologue de Sa Majesté. On suspectait cette enfant brune au regard presque violet de posséder le don de voyance. L’ironie de la situation ne m’avait pas échappé : encore cent ans auparavant, peut-être même moins, cette étonnante capacité l’aurait conduite droit au bûcher. Mais aujourd’hui, à la cour de la reine Elisabeth, l’idée que la nièce puisse se rendre aussi utile que l’oncle avait fait d’elle un atout extrêmement précieux. A en croire les rumeurs, son pouvoir devait se manifester d’un jour à l’autre. » (p.50)

« Assise docilement près de la reine, même le bleu discret et les dentelles sages de sa robe ne parvenaient pas à estomper sa beauté éthérée. Elle avait pour tâche de sonder l’espace autour des dames présentes, en quete d’un message des esprits ou d’un signe indiquant leurs actions futures. » (p.51)

  • Jane, la Fine Lame

« Restait la dernière des espionnes en herbe : Jane Morgan, la Fine Lame.

La plus insaisissable du groupe se cachait probablement à quelques mètres de là, à nous observer à tour de rôle. C’était – j’avais eu tôt fait de l’apprendre – sa spécialité. Quel que fut l’environnement, son rôle ne variait jamais : elle devait se tenir sur le qui-vive, prête à neutraliser la menace à tout instant et par n’importe quel moyen. Elle savait interpréter les tensions du corps, la furtivité d’un pas, le changement des regards. » (p.52)

  • Et bien sûr, Meg

« Au sein de ce vaste théâtre qu’était la Cour, mon rôle consistait à percer les mystères de ces acteurs d’après leur comportement : ceux qui se penchaient pour échanger des messes basses ; ceux qui s’écartaient en essuyant une rebuffade. Lesquels de ces visages exprimaient la curiosité, la colère ou le plaisir. Qui observait qui… Après trois mois de cet exercice constant, je ne pouvais croiser un groupe de personnes sans décrypter ces secrètes didascalies, qui trahissaient les personnages bien mieux que leurs répliques. »

« Naturellement, j’avais moi aussi mon surnom. Mon rôle étant de soustraire les secrets d’autrui, j’avais écopé d’un sobriquet le jour même de mon arrivée. […] Mes distinguées collègues au service de la reine m’appelaient… la Fouine. » (p.57)

___Après la mort sans héritier de sa demi-soeur, Marie Tudor, qui vouait un attachement invincible pour le catholicisme, la couronne d’Angleterre est revenue à Elisabeth alors âgée de 25 ans et qui établit l’autorité de l’église protestante anglaise. La jeune souveraine rejeta la demande en mariage de Philippe d’Espagne et semble bien décidée à ne partager le trône avec aucun homme.

___C’est dans ce contexte que Wiliam Cecil, le conseiller de la reine, demande rapidement à Meg de surveiller Elisabeth, tant il craint que son goût pour la liberté ne la conduise à faire des choses susceptibles de mettre en péril la couronne. De son côté, la souveraine charge la jeune fille de surveiller attentivement la Cour. Les incidents suspects tels que des vols s’y multiplient et la crainte d’un complot visant à mettre à mal l’autorité de la reine émerge peu à peu.

___Des suspicions qui vont progressivement s’avérées fondées. Meg va rapidement intercepter des conversations suspectes entre l’ambassadeur Feria et un nouveau membre de la délégation espagnole, le mystérieux comte de Martine (alias Rafe Luis Medina). Dans ce contexte de réforme religieuse, des lettres émanant du Pape circulent secrètement au sein de la Cour mais leurs destinataires restent inconnus. A ces comportements étranges s’ajoutent une nouvelle révélation. Meg apprend bientôt qu’avant d’entrer au service de la reine, le cercle des confidentes comptait une autre recrue : une jeune fille nommée Marie qui connut un destin tragique. La menace semble donc planer aussi bien sur la couronne que sur les cinq espionnes de la reine…

*__________*__________*

___Roman haletant sur fond d’époque élisabéthaine, ce premier tome d’une saga s’annonçant d’ores et déjà comme prometteuse, est une véritable réussite. Situant son récit au coeur d’une époque fascinante, l’auteur s’est appliqué à exploiter intelligemment le contexte historique afin de servir son intrigue. Ses connaissances de l’époque ne font aucun doute et la qualité des descriptions et de la trame scénaristique témoignent d’une documentation rigoureuse et approfondie.

___Si l’idée d’intégrer au cercle des demoiselles d’honneur de la reine un groupe d’élite constituée d’espionnes peut en laisser certains perplexes, en ce qui me concerne, elle m’a totalement séduite. Dans une interview, l’auteure explique d’ailleurs que l’idée du cercle des confidentes lui est venue au décours de ses recherches sur l’époque. Dans un document, elle apprit que les conseillers d’Elizabeth étaient parfois surpris que la souveraine ait connaissance de davantage d’évènements ayant lieu au château que ce qu’elle était supposée savoir. De là naquit l’idée des cinq espionnes au service de la reine. De même, le choix de situer son action durant la période élisabéthaine, loin d’être le fruit du hasard, est au contraire parfaitement délibéré. Couronnée à 25 ans, Elisabeth I régna plus de quarante ans et ne se maria jamais. Pour un livre mettant les femmes de pouvoir à l’honneur, on pouvait difficilement faire mieux !

___Outre le contexte historique captivant que l’auteure s’est parfaitement appropriée, Jennifer M joue habilement sur les différents tableaux, mêlant intrigues amoureuses et politiques avec dextérité.

___C’est dans ce contexte que la jeune et intrépide Meg va (malgré elle) tomber sous le charme du séduisant Rafe. Entre eux, un jeu de séduction (et de manipulation) va rapidement voir le jour donnant naissance à des scènes d’anthologie. Si au commencement, l’attitude de Meg à l’égard du bel espagnol me donnait parfois envie de lever les yeux au ciel, l’auteure a finalement réussi à m’emporter dans leur histoire. Cette relation naissante entre les deux protagonistes, bien qu’occupant une place importante dans le récit, n’éclipse pas pour autant les véritables enjeux de l’intrigue et s’avère habilement menée.

___Bien qu’au coeur de ce premier opus, Meg n’est pas la seule à vivre de grandes aventures. Les autres confidentes occupent également une place importante dans le récit et chacune connaît son lot de révélations et sa part d’intrigue. Si Meg est indubitablement l’espionne que l’on découvre le plus, ce premier tome est aussi l’occasion de faire connaissance avec les autres membres du cercle.

___Difficile de ne pas se prendre d’affection pour ces espionnes aux caractères si différents tant elles se révèlent complémentaires. Si leurs personnalités aussi tranchées qu’éclectiques peuvent sembler caricaturales de prime abord, la qualité de l’intrigue et la hauteur des enjeux rattrape aisément le tout.

___Le récit ne souffre d’aucun temps mort et le lecteur est tenu en haleine du début à la fin. Si l’on se perd quelquefois dans les méandres de cette intrigue parfois tortueuse et alambiquée, pas de quoi décourager le lecteur qui finit toujours par s’y retrouver. Le dernier chapitre reprend notamment les différents temps forts du récit offrant ainsi une synthèse des évènements parfaitement claire et balayant par la même occasion les hypothétiques dernières interrogations du lecteur.

___Porté par une écriture de qualité et un style parfaitement en adéquation avec l’époque, on succombe rapidement au charme de l’atmosphère étourdissante de la Cour. Complots, incertitudes et révélations auréolent le récit d’un voile d’ombre contribuant à en renforcer l’intensité.

Que vous soyez amoureux des romans historiques aux intrigues recherchées et teintées de mystères, d’espionnage et de complots ou que vous soyez simplement passionné par l’époque des Tudors, vous ne pourrez que tomber sous le charme de cette saga exceptionnelle mettant à l’honneur des femmes fortes, déterminées et indépendantes. Une réussite !

Premier tome d’une saga s’annonçant d’ores et déjà comme prometteuse, « Le cercle des confidentes » fait figure d’exception dans le paysage actuel de la littérature young adult. Mêlant habilement roman historique et récit d’espionnage, Jennifer McGowan met en scène une intrigue percutante aux enjeux s’inscrivant intelligemment dans le contexte de l’époque. Le récit porté par une écriture travaillée et des héroïnes hautes en couleurs ne pâtit d’aucun temps mort et tient le lecteur en haleine du début à la fin.

La qualité de la restitution de l’époque élisabéthaine combinée à celle de l’intrigue témoignent d’un travail de documentation rigoureux de la part de l’auteure. Malgré une intrigue alambiquée au point d’en devenir parfois opaque pour le lecteur, on se laisse sans difficulté emporté par ce récit étourdissant à l’atmosphère saisissante.

En Bref

___On aime: Une intrigue travaillée s’inscrivant intelligemment dans le contexte de l’époque. La période élisabéthaine est très bien restituée et la qualité de l’intrigue témoignent d’un travail de documentation de la part de l’auteure aussi rigoureux que considérable. Le récit mêlant habilement intrigues amoureuses, complots et manipulations ne pâtit d’aucun temps mort. L’ensemble est porté par une écriture travaillée, dans le ton de l’époque et par de jeunes héroïnes aussi fortes qu’attachantes qu’on quitte avec regret.

___On regrette: Une intrigue parfois alambiquée au point d’en devenir opaque à certains moments pour le lecteur. Les jeunes espionnes peuvent sembler assez caricaturales au début du roman mais les personnages gagnent en profondeur au fil du récit.

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