« La curée » de Emile Zola

 

 

 

 

 

 

Résumé

___A la fin d’une chasse, pendant la curée, les chiens dévorent les entrailles de la bête tuée. Pour le jeune Zola qui déteste son époque, c’est le cœur de Paris, entaillé par les larges avenues de Napoléon III, que des spéculateurs véreux s’arrachent. Ce deuxième volume des Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire, est l’un des plus violents. Zola ne pardonne pas ces fortunes rapides qui inondent les allées du Bois d’attelages élégants, de toilettes de Worms et de bijoux éclatants. Aristide Saccard a réussi. Mais tout s’est dénaturé autour de lui : son épouse, Renée, la femme qui se conduit en homme, si belle et désoeuvrée, son fils, Maxime, l’amant efféminé de sa belle-mère. On accusa Zola d’obscénité. Il répliqua : « Une société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil ».

L’auteur

__Emile Zola (1840 – 1902) est un écrivain et journaliste français, né à Paris le 2 avril 1840 et mort dans la même ville le 29 septembre 1902. Considéré comme le chef de file du naturalisme, c’est l’un des romanciers français les plus populaires, les plus publiés, traduits et commentés au monde. Ses romans ont connu de très nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision.

__ Sur le plan littéraire, il est principalement connu pour Les Rougon-Macquart, fresque romanesque en vingt volumes dépeignant la société française sous le Second Empire et qui met en scène la trajectoire de la famille des Rougon-Macquart, à travers ses différentes générations et dont chacun des représentants d’une époque et d’une génération particulière fait l’objet d’un roman.

___Les dernières années de sa vie sont marquées par son engagement dans l’affaire Dreyfus avec la publication en janvier 1898, dans le quotidien L’Aurore, de l’article intitulé « J’accuse » qui lui a valu un procès pour diffamation et un exil à Londres dans la même année.

Mon opinion

★★

___Deuxième roman de la série des Rougon-Macquart, « La Curée », met en scène le destin d’Aristide Rougon, personnage déjà rencontré dans le premier volet de la saga (« La Fortune des Rougon ») où il apparaissait comme un homme cupide et opportuniste, qui après avoir misé à tort sur l’échec du coup d’état de Napoléon, n’avait pas hésité à retourner sa veste pour finalement rejoindre le clan des bonapartiste au dernier moment.

___Dans la continuité du premier tome, l’action de « La Curée » se déroule donc sous le Second Empire, au coeur d’un Paris alors en pleine transformation. C’est le temps des grands travaux haussmanniens. De nombreux immeubles sont détruits afin de construire de grandes voies de communication et d’ériger de nouveaux bâtiments à la place. La mise en oeuvre de ces travaux entraîne l’expropriation de nombreux parisiens qui se voient dédommagés par l’État. Un chantier pharaonique qui va donner lieu à une activité économique florissante ainsi qu’à d’abondantes spéculations dont va profiter Aristide pour faire fortune.

___Car après le coup d’Etat du 2 décembre 1851, Aristide Rougon, taraudé à la fois par l’ambition et le désir de conquête, décide de quitter Plassans pour Paris. La capitale en pleine effervescence va rapidement attiser ses appétits. Prêt à tout pour faire fortune, il va ainsi prendre part à la curée qui se joue alors dans la ville. Et pour l’aider dans cette entreprise, il compte sur le soutien de son frère, Eugène, désormais ministre. A la recherche d’une place lui permettant de faire fortune rapidement, Aristide ne cache pas sa déception face au modeste poste que lui propose finalement son frère. Eugène lui fait pourtant vite comprendre qu’il va devoir faire preuve de patience s’il veut gravir les échelons et devenir riche. Un conseil qu’Aristide, (qui se fait désormais appelé Saccard) se résout à suivre, d’autant plus que ce dernier prend peu à peu conscience des avantages que cet emploi de commissaire voyer peut lui procurer. Ayant accès aux plans des futurs grands travaux de la ville, Saccard compte en effet profiter de sa connaissance anticipée de la destruction des vieux quartiers pour acquérir à bas prix des bâtiments qui seront plus tard rachetés à prix d’or par l’Etat. Si Aristide semble ainsi avoir mis en place un plan ingénieux lui assurant de faire fortune, reste à en déterminer les moyens. Pour lancer sa « petite affaire », Saccard a en effet besoin d’argent et est prêt à tout pour ne laisser aucun obstacle entraver ses plans.

___C’est ainsi que tandis que sa première épouse, Angèle, n’est pas encore morte, il manigance déjà autour de son remariage avec une riche héritière, Renée qu’il n’a à ce-moment-là jamais rencontrée. La jeune femme alors âgée de 19 ans se trouve dans une situation délicate. Enceinte sans être mariée, son père ne veut plus la voir. Renée ne peut alors compter que sur le soutien de sa tante qui, culpabilisant de lui avoir toujours préféré sa soeur, se sent responsable du malheur de sa nièce. Renée étant nantie d’une belle dot, Aristide voit dans cette union une opportunité unique lui permettant de réunir les premiers fonds indispensables pour qu’il puisse se lancer dans les affaires. Grâce à l’intermédiaire de sa soeur Sidonie, le mariage est arrangé.

___Quelques années après, tandis que les affaires de Saccard portent leur fruit, permettant au couple de mener une existence des plus confortables, ce dernier est rejointpar Maxime, le fils de Saccard qui était resté jusque là étudier à Plassans afin de ne pas interférer avec les projets de son père. L’adolescent de 13 ans va rapidement devenir très complice avec sa belle-mère et s’imposer comme son plus proche confident. Alors que Saccard poursuit ses magouilles et dilapide son argent à mesure qu’il l’engrange à travers des dépenses ostentatoires, Renée prise au piège dans ce mariage de connivence sans amour, se languit dans leur luxueux hôtel particulier…

*___*___*___*___*

___ Vous l’aurez aisément compris, « La Curée » dresse un portrait accablant et sans concession des moeurs de l’époque. Alors que le baron Haussmann engage des travaux pharaoniques en vue de remodeler la capitale, la ville se retrouve livrée à une curée impitoyable orchestrée par les appétits avides de la bourgeoisie parisienne qui entend bien profiter de la jungle immobilière pour s’enrichir.

___A travers ses personnages, Zola dénonce ainsi une société vénale où prime l’intérêt particulier. La quête de l’enrichissement personnel et la satisfaction de ses ambitions sont les seules aspirations de ces prédateurs financiers, prêts à tout pour atteindre leurs objectifs, et animés d’une volonté qu’aucun sens moral ne semble pouvoir contrecarrer. Dans cette chasse à l’argent et à la réussite, la fin justifie les moyens et tous les coups sont permis. Mariages arrangés, corruption, prostitution,… tout se vend et se négocie et la spéculation bat son plein. Aristide illustre parfaitement l’affairisme qui gangrène le Second Empire.

___Dans ce contexte de dissolution morale, sa jeune épouse, Renée, devient au travers de ses tenues et de ses toilettes onéreuses, une vitrine, véritable étalage de la réussite financière de son époux. Les grands dîners, les bals, sont alors autant d’occasions d’exhiber sa réussite dans ce monde d’apparences où se montrer et être vu est devenu essentiel.

___Mais la fièvre spéculative qui agite le régime n’est pas le seul mal qui gangrène la société. A côté de l’appétit de l’argent, il y a également le vice et la débauche qui s’immiscent peu à peu dans tous les recoins de la ville et participent à la perversion des moeurs. C’est ainsi que, prise au piège dans un mariage sans amour et enivrée par son train de vie luxueux, Renée finit par se perdre dans les bras de son beau-fils, dans une relation incestueuse illustrant parfaitement l’absence de morale et la perversité du milieu dans lequel elle évolue.

___Parmi les autres symboles de cette déchéance morale, il y a enfin le jeune Maxime. Issu de la jeunesse dorée, il est l’archétype du fils de parvenu. Jeune homme au physique androgyne, oisif, paresseux et dénué de sens moral, grandissant dans un milieu décadent aux côtés d’une belle-mère frivole, il a goût au plaisir et à la débauche et incarne la dégénérescence morale du Second Empire.

___Comme toujours, Zola excelle dans l’exercice de la satire sociale. Usant de la plume comme d’une arme de dénonciation, il critique la société pourrissante du Second Empire, à travers des personnages allégoriques incarnant les vices et les travers d’une partie de la société. La démonstration est maîtrisée à la perfection de bout en bout, appuyée par des descriptions symboliques, des métaphores pertinentes et portée par une intrigue parfaitement structurée. Si on peut parfois regretter les descriptions d’une précision cliniques quelque peu étourdissantes, elles n’ont cependant jamais gâché mon plaisir et contribuent au contraire à servir le propos.

___Sur le fond enfin, il est intéressant de voir que les thèmes abordés dans le roman font écho au monde actuel. Spéculation, appât du gain, débauche, excès,… autant de sujets toujours d’actualité qui font de « La curée » une oeuvre plus moderne que jamais.

…Un constat aussi consternant que peu réjouissant.

En Bref

___On aime : Au moyen d’une démonstration méthodique et maîtrisée de bout en bout, Zola nous livre une critique percutante et sans concession des moeurs bourgeoises du Second Empire qui profitèrent du remodelage de la capitale pour s’enrichir. « La Curée », à travers ses personnages allégoriques, dénonce la perversion des moeurs par l’argent et la débauche ainsi que la dégénérescence morale qui en suivirent. Un récit réaliste à portée symbolique, parfaitement construit, captivant de la première à la dernière page, le tout servi par un style recherché et d’une incroyable efficacité. Un excellent moment de lecture!

___On regretteDes descriptions d’une précision clinique parfois étourdissantes qui pourront rebuter certains lecteurs.

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7 réflexions sur “« La curée » de Emile Zola

  1. Merci pour ton petit mot sur mon blog Edith 🙂 J’aime beaucoup ton blog, surtout j’adore son look !
    La Curée est un des romans de Zola qui m’intrigue le plus. C’est apparemment une réecriture de Phèdre, et comme j’adore livre, je n’ai qu’une hâte c’est de découvrir ce roman de Zola. Je n’ai pas trop lu ton avis de peur d’être spoiler lol, mais je vois que tu l’as beaucoup apprécié :))

    • Merci pour ta visite! Je suis ravie de te trouver par ici et de savoir que tu apprécies mon blog! J’ai en effet beaucoup aimé ce roman de Zola bien que ce ne soit pas mon préféré de l’auteur (même si je dois avouer que jusqu’à présent, je suis loin d’avoir parcouru toute sa bibliographie! ^^). N’ayant pas lu la tragédie de Racine, j’avoue que j’étais passée à côté de cette comparaison mais Zola semble s’être effectivement inspiré du mythe de Phèdre pour son roman. Merci beaucoup pour cet éclairage! 🙂

    • Je risque de te décevoir sur le sujet ^^ parce que j’en ai vraiment lu très peu! De mémoire, j’ai seulement lu « Le fortune des Rougon », « La curée », « Une page d’amour », « Nana » et « La terre ». J’ai vraiment beaucoup aimé « Une page d’amour » et « Nana ». J’ai moins accroché avec « La terre » mais je l’ai lu étant plus jeune et c’est pas vraiment le roman de la saga des Rougon-Macquart le plus joyeux (très sombre et vraiment très très violent dans mes souvenirs). Je participe justement à un challenge Rougon-Macquart pour lire toute la saga :), il faut d’ailleurs que je m’y remette! Et toi, qu’as-tu déjà lu de l’auteur? Qu’en as-tu pensé? 🙂

  2. Merci de ta réponse Edith 🙂 Et je ne suis pas déçue non lol. Alors j’ai lu beaucoup moins que toi vu que j’ai commencé ma découverte de Zola début février. J’ai enchaîné « Thérèse Raquin », « Une Page d’amour » et je viens à l’instant de terminer mon troisième « Pot-Bouille ». J’ai eu un énorme coup de coeur pour les 2 premiers. 2 chef d’oeuvres à mes yeux <3. Par contre j'ai été très déçu par le dernier, qui a été une lecture très très laborieuse … Je compte prochainement m'attaquer à "Au Bonheur des Dames" et m'acheter d'autres Zola pour continuer ma découverte de ce grand auteur 😀 Après ma lecture de "Au Bonheur des Dames" je compte réaliser un "Dossier" Zola sur mon blog 🙂 Il existe un Challenge de la saga Rougon-Macquart qui est d'actualité Edith ? Si c'est le cas, je serai également intéressée 🙂

    • « Thérèse Raquin » semble être un roman très apprécié de l’auteur, je n’ai lu que des avis dithyrambiques à son sujet (auquel s’ajoute donc le tien)! Super ton idée de faire un dossier sur Zola! 🙂 Je le lirai avec grand plaisir! Je voulais aussi proposer des dossiers sur mon blog (consacrés à des auteurs qui me tiennent à coeur (classiques ou contemporains (comme Sarah Waters, Geraldine Brooks…) ou à certaines thématiques que j’affectionne particulièrement (comme la période Tudor, la famille Romanov, la légende arthurienne… en évoquant tous les films/biographies/livres que j’ai lus sur le sujet). Je pensais même faire des dossiers sur certains « courants » littéraires (littérature gothique…) J’avais commencé à préparer un dossier sur les Tudors mais manque de temps, j’ai un peu tout mis en pause… :(. Et pour répondre à ta dernière question, oui, il existe bien un challenge Rougon-Macquart qui est toujours d’actualité! Tu peux le retrouver sur le forum Livraddict avec toutes les infos à cette adresse: http://www.livraddict.com/forum/viewtopic.php?id=15469 N’hésite pas à nous rejoindre si le coeur t’en dit! 😀

  3. Oui j’aime les dossiers mais ça peut prendre beaucoup de temps :/
    Oui moi aussi justement je voudrais faire des dossiers sur des personnages historiques, des auteurs ou encore sur des projets cinématographiques 🙂 mais ça prend du temps lol.
    Merci pour le lien, je viens de mettre un commentaire sur son blog pour dire que je choisis la catégorie « Le Docteur Pascal » =D

    PS: Par contre c’est très frustrant de ne reçevoir aucune notification quand quelqu’un répond à notre commentaire, comment on est censé savoir si il nous a répondu ou pas, il faut qu’on aille vérifier la page à chaque fois et c’est très embêtant quand même :/

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