« La pierre de Lune » de Wilkie Collins

 

 

 

 

 

 

Résumé

_Dans une statue hindoue se trouve un mystérieux diamant jaune appelé « pierre de Lune ». Durant les combats de Srirangapatna en 1799, elle est dérobée par le colonel Herncastle. Peu avant sa mort, celui-ci la lègue à sa nièce, Rachel Verinder. Mais à peine l’a-t-elle reçue que la pierre de Lune, qui se trouvait dans un tiroir de sa chambre, est volée en pleine nuit !

___Tous sont suspects : Miss Rachel, sa mère Milady Verinder, ses cousins et prétendants : l’aventurier Franklin Blake et le charitable Godfrey Ablewhite, Rosanna Spearman, femme de chambre au passé douteux, la dévote Miss Clack, M. Murthwaite, explorateur des Indes, l’homme de loi Matthew Bruff, le nerveux Dr Candy et son antipathique assistant Ezra Jennings… mais surtout trois inquiétants brahmanes.

L’auteur

Wilkie Collins

__Wilkie Collins (1824-1889) est un écrivain britannique de l’époque victorienne, contemporain et ami de Charles Dickens.

___Fils d’un peintre, frère d’un membre de la confrérie préraphaélite, Wilkie Collins rencontre en 1851 Charles Dickens, dont il deviendra l’ami et le collaborateur. Il a déjà écrit deux romans historiques, mais il ne connaît véritablement le succès qu’en abordant le genre « à sensation ».

___Il triomphe avec la « Femme en blanc » (1859-1860), puis de nouveau avec « la Pierre de lune » (1868), tous deux publiés en feuilleton dans le magazine de Dickens All the Year Round.

 

Mon opinion

★★★★★

__Attirée par les romans policiers historiques, je voulais depuis un long moment déjà lire une œuvre de Wilkie Collins. Avec « La pierre de lune », c’est désormais chose faite et je ressors de ma lecture absolument conquise ! Séduite aussi bien par l’intrigue que par l’écriture, je peux d’ores et déjà dire que je suis déterminée à poursuivre ma découverte de cet auteur !

___Tout au long du récit, ce sont différents protagonistes qui prennent successivement la parole pour raconter au lecteur une partie de l’épopée de la pierre de lune. Un procédé qui s’avère aussi original qu’intéressant puisqu’il permet d’avoir un récit objectif (car narré par des témoins oculaires) du point de vue des évènements qui ont entouré le diamant, mais paradoxalement, également très subjectif. En effet, selon le caractère du personnage qui prend la plume et les relations qu’il entretient avec les autres protagonistes impliqués, les récits livrés se révèlent finalement toujours biaisés. Chacun percevant les faits et tirant des conclusions de sa propre façon.

___En effet, les narrateurs qui s’enchaînent diffèrent autant par leurs caractères que par les couches de la société dont ils sont issus. Mais loin d’aboutir à un récit éclaté, cela permet d’aborder l’intrigue sous un angle unique pour le lecteur qui se retrouve au cœur des évènements et qui a tout le loisir d’appréhender la psychologie des principaux protagonistes impliqués.

___Le choix dans l’enchaînement des personnages qui prennent la parole est d’ailleurs tout à fait judicieux. L’auteur mettant d’abord en avant des protagonistes hauts en couleur qui se démarquent plus par leur excentricité que par leur perspicacité, avant de privilégier par la suite des protagonistes plus clairvoyants. Durant la première partie, l’absence d’avancée notable dans l’intrigue est ainsi compensée par les personnages truculents qui en font la narration, alors que le récit devient plus réfléchi dans la seconde moitié où l’intrigue se dénoue peu à peu.

___Ainsi, la première partie est avant tout l’occasion de mettre en place le décor, les différents protagonistes et de poser les bases d’une intrigue qui avance alors à grand peine. Mais nonobstant cette lenteur, il faut avouer qu’on lit avec plaisir le récit des premiers témoins qui, à défaut de s’avérer être des narrateurs très perspicaces, se révèlent tout à fait comiques (et un tantinet égocentriques puisqu’ils tendent souvent à s’éparpiller dans leur récit pour parler de leur propre personne).

___Le premier témoin à prendre la plume est un dénommé Betteredge, majordome très dévoué à la famille Verinder pour laquelle il travaille depuis plusieurs dizaines d’années. A tel point que lorsque certains soupçons mettent en cause son employeuse, il n’hésite pas à la défendre à bras le corps. Une dévotion qui si elle force l’admiration, le conduit parfois à son aveuglement. En dépit des éléments à charge qui semblent s’accumuler contre elle, il persiste en effet à nier toute hypothétique implication de miss Verinder. L’obstination de ce personnage donne d’ailleurs parfois lieu à des situations cocasses. Car incapable d’appréhender la psychologie féminine mais néanmoins suffisamment orgueilleux pour croire qu’il jouit d’une clairvoyance inébranlable, ses interprétations quant aux comportements de certaines protagonistes se révèlent très souvent à côté de la plaque. Betteredge apparaît rapidement être un personnage à la fois misogyne, obstiné et un brin condescendant, mais c’est aussi un serviteur on ne peut plus loyal aux lubies excentriques qui le rendent extrêmement attachant (et tellement drôle !). Et puis il faut lui rendre justice quant à sa capacité à reconnaitre ses erreurs et ses torts (même si cela demande un certain temps !). Je pense que c’est le personnage que j’ai le plus apprécié et c’est avec beaucoup de regrets que je l’ai quitté !

___Miss Clackà qui il laisse ensuite la parole n’est pas moins originale. Nièce de Milday Verinder, cette anglaise solidement attachée à ses croyances chrétiennes, s’est donné pour mission de convertir tous les gens qui l’entourent à ses valeurs pieuses, avec un succès, avouons-le, très limité. Mais Miss Clack ne manque pas de persévérance dans le domaine, et afin de « semer le bon grain » (pour reprendre son expression), elle n’hésite pas à user de tous les stratagèmes possibles allant jusqu’à dissimuler des livres et des brochures religieuses partout dans la maison de sa tante. Autant dire que, si elle m’a d’abord profondément agacée, très vite, le ridicule de son comportement conduit le lecteur à ressentir plus de pitié que d’exaspération pour ce personnage. Et ses excès deviennent rapidement autant d’occasion de rire d’elle.

___Les protagonistes suivants donnent un ton plus « sérieux » au récit. L’intrigue gagne dès lors en intensité et se dénoue peu à peu donnant au lecteur le sentiment d’enfin avancer. Les liens entre les différents évènements apparaissent dévoilant bientôt le nœud du mystère. Et autant dire que si j’avais pu avoir quelques préjugés au départ concernant la solidité de l’intrigue(n’oublions pas que « La pierre de lune » fut écrit au XIX° siècle faisant ainsi figure de précurseur du genre policier), force est de constater que le scénario se révèle aussi percutant qu’imprévisible. En plus de comporter certains éléments qui deviendront classiques dans le genre policier (rebondissements, fausses pistes…), la révélation du coupable et du fil des évènements est une véritable surprise. Et si mes soupçons concernant l’implication d’un des personnages se sont bien révélés être fondés, le rôle exact qu’il a tenu dans l’affaire m’avait totalement échappé. De toute façon, je ne vois pas comment il est possible pour le lecteur de démêler l’intrigue avant le dénouement car il ne dispose clairement pas de tous les éléments pour pouvoir le faire. Car si l’auteur donne bien certaines indications qui auraient pu nous aiguiller, ces dernières passent totalement inaperçus par rapport à des indices davantage mis en avant mais qui nous conduisent sur de fausses pistes.

Au final, c’est donc une intrigue réussie autant sur le fond que sur la forme. J’ai été très surprise par le style de Wilkie Collins. Je m’attendais à ce qu’il soit guindé et austère, alors qu’au contraire il est vif et piquant à souhait ! Derrière l’aspect policier historique, « La pierre de lune » a des airs de satire sociale. Wilkie Collins démontre un talent incroyable pour saisir les comportements humains qu’il dépeint avec beaucoup d’ironie. Sans jamais intervenir dans le récit, il laisse ainsi évoluer et s’exprimer ses personnages et adapte brillamment sa plume et son style auprotagoniste qui relate les évènements. Un exercice de style pour le moins périlleux mais parfaitement maîtrisé et une intrigue aussi bien ficelée qu’imprévisible !

En Bref

___On aime : Un roman mêlant les genres policier, historique, et satire sociale, le tout porté par une écriture vive et piquante. Les personnages sont hauts en couleur (certains sont d’ailleurs de véritables perles (Betteredge, Miss Clack…)) donnant parfois au récit des allures de véritable comédie. L’intrigue est bien ficelée et pleine de surprises.

___On regrette : malgré des personnages truculents, la première partie comporte selon moi quelques longueurs et il faut un certain temps avant que l’intrigue avance réellement.

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