« Confessions d’un automate mangeur d’opium » de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit

 

 

 

 

 

 

Résumé

___Paris, 1889. Un monde en transition, où les fiacres côtoient les tours vertigineuses des usines. Une ville brumeuse envahie par les aéroscaphes, d’étranges machines volantes qui quadrillent le ciel, et des nuées d’automates cuivrés… C’est dans cet univers révolutionné par l’éther, la substance verte aux propriétés miraculeuses, que la comédienne Margaret Saunders doit résoudre le mystère de la mort de sa meilleure amie, tombée d’un aérocar en plein vol. Sur la piste d’un créateur de robots dément, Margo, secondée par Théo, médecin dans un asile d’aliénés, va découvrir au péril de sa vie les dangers cachés de l’envoûtante vapeur.

 

Mon opinion

★★★☆☆

J’étais très enthousiaste à l’idée de cette lecture et je dois dire que les premiers chapitres semblaient prometteurs. Si je mets de côté le prologue qui est, disons-le clairement, insipide tellement il est incompréhensible (en tout cas, avant d’avoir bien avancé dans l’intrigue), j’admets volontiers que les premières pages m’ont plutôt emballée. J’ai tout de suite accroché au style qui nous transporte sans peine dans un Paris à la sauce Steampunk où je me suis rapidement sentie comme un poisson dans l’eau ! Mais passé l’enthousiasme de découvrir cet univers et de faire connaissance avec les personnages, j’ai finis par me demander où voulaient vraiment en venir les auteurs.

___Car l’intérêt de « Confessions d’un automate mangeur d’opium » ne réside clairement pas dans la résolution du mystère entourant la mort d’Aurélie puisque le lecteur connaît assez vite le coupable et qu’il n’y a pas de véritable suspense autour de cette « révélation ». Faute d’éveiller l’intérêt du lecteur à ce niveau-là, je m’attendais donc à découvrir que ce meurtre, loin d’être le sujet central du roman, n’était finalement qu’un prétexte en vue de nous conduire au cœur d’une machination beaucoup plus complexe. Mais s’il est vrai que les auteurs lancent des pistes intéressantes tout au long du livre, ces dernières ne sont finalement jamais véritablement exploitées, aboutissant à terme à une intrigue qui manque globalement de profondeur.

___En effet, durant toute la lecture, j’ai attendu LA révélation qui ferait basculer l’histoire. Et lorsque les auteurs semblent donner à cette dernière une tournure intéressante en lui faisant notamment prendre une dimension politique, c’est pour finalement ne lui donner aucune suite !

[SPOILER !] Surlignez le texte pour lire ! On découvre ainsi au cours des derniers chapitres que les recherches concernant l’éther constitue un véritable enjeu politique, à tel point que les Etats se livrent une véritable bataille dans le domaine. Différentes nations de la planète voudraient ainsi tirer profit des possibilités offertes par cette substance pour en faire une arme et certaines des recherches entreprises visent notamment à utiliser ce fluide en vue de bâtir de véritables armées d’automates invincibles (rien de moins !). Autant dire que ces révélations font figure de bombe qui donnent une toute nouvelle dimension à l’intrigue et qui laisse entrevoir une suite captivante… ou pas. Car après cette scène, Théo et Margo repartent comme si de rien était à la chasse à l’automate jusqu’à la fin du récit et dès lors, il n’est plus jamais question d’enjeu mondial. Autant dire qu’il y a de quoi se sentir flouée… [SPOILER !]

___On ne peut pourtant pas dire que l’histoire manque réellement d’action. Les évènements s’enchaînent, les découvertes aussi, suscitant sans cesse l’émergence de nouvelles questions qui nous poussent à toujours vouloir en savoir plus. Et c’est bien là que le bât blesse. Car si les auteurs parviennent à piquer notre curiosité, on a le sentiment de ne jamais avoir de véritables réponses à nos interrogations. De quoi nous laisser frustrés !

___On n’a par exemple aucune explication concernant la nature de l’éther, ni de la façon dont le produit interagit avec le cerveau. Dans un univers et une intrigue où il tient pourtant un rôle capital, l’éther nous est simplement décrit comme une substance mystérieuse, dont on sait peu de choses mais au pouvoir apparemment incroyable. Un postulat dont le lecteur doit se contenter mais qui a mon goût est un peu trop léger (et trop facile) pour bâtir une intrigue solide. Et alors qu’on pourrait s’attendre à ce que le personnage de Théo (un aliéniste spécialisé dans les recherches sur l’éther) nous permettent de mieux appréhender cette substance si intrigante, on a l’impression qu’en dehors de constater certains phénomènes, il est incapable de les expliquer.

___Durant toute ma lecture j’ai ainsi attendu des réponses à mes questions, en vain. J’ai terminé le livre avec un tel sentiment de frustration que j’en suis venue à me demander si je n’étais pas passée à côté de certaines explications. Mais même après avoir relu certains passages, force est de constater que je reste avec un sentiment d’inachevé, l’impression que l’intrigue n’était finalement pas maîtrisée de bout en bout tellement il subsiste des zones d’ombre.

___Je reconnais pourtant que les auteurs ne manquent pas d’imagination et l’histoire avait un vrai potentiel. On peut même dire que le roman foisonne de bonnes idées mais qu’il n’y a pas de véritable fil conducteur qui parvienne à relier l’ensemble de façon cohérente pour former une intrigue vraiment percutante. J’ai trouvé les explications amenées de façon maladroite, confuses et surtout incomplètes. Et cette construction malhabile donne l’impression d’une intrigue un peu bancale.

___Au niveau des personnages, j’ai trouvé qu’il y avait de véritables caricatures, notamment celui de Lazare qui m’a fait lever les yeux au ciel à plusieurs reprises. En sa présence, certains passages censés pourtant constituer des moments forts de l’intrigue tournent véritablement au ridicule. Je pense par exemple au moment où, expliquant les raisons qui l’ont poussé à construire des automates, Lazare en vient à évoquer son enfance malheureuse au cours d’une scène qui tourne au pathétique ! Son monologue est alors digne d’un véritable cartoon où le « grand méchant de l’histoire » justifie ses plans machiavéliques par une enfance douloureuse. Et ce n’est pas la seule scène à être peu crédible. Dans le lot des situationsinvraisemblables, on peut également citer la scène finale que j’ai trouvée assez grotesque. Alors peut-être est-ce un parti-pris des auteurs mais j’avoue que ça me paraît plutôt en décalage avec le ton général du livre qui ne m’a pas paru si humoristique que ça.

___Car si certaines scènes ou certains personnages tombent dans la caricature, j’ai trouvé les deux protagonistes principaux fades en comparaison. Ainsi, si j’ai bien apprécié le couple formé par Margo et Théo, je regrette néanmoins que les auteurs n’aient pas davantage forcé le trait les concernant. Ces deux frère et soeur, enquêteurs improvisés, et aux caractères totalement à l’opposé l’un de l’autre, auraient pu facilement donner lieu à des dialogues plus drôles ou des scènes plus rocambolesque. Pourtant, en dépit de certaines répliques qui prêtent peut-être à sourire, leur relation n’apparaît pas si détonante que ça, ce qui confère au récit un réel décalage dans le style qui semble osciller entre humoristique et sérieux.

_Si j’ai globalement apprécié ma lecture, je regrette donc que les auteurs n’aient pas employé un ton suffisamment vif pour faire de « Confessions d’un automate mangeur d’opium » un roman drôle et décalé, ou qu’ils n’aient pas davantage approfondi leur intrigue pour en faire un « policier version Steampunk » de plus grande qualité. Au final, le récit se situe entre les deux sans vraiment parvenir à se démarquer dans un sens ou dans un autre et donc sans réellement me convaincre. J’ai l’impression d’avoir lu une histoire sympathique, agréable mais pas aboutie. Les personnages sont attachants mais assez fades (en dehors de ceux qui tombent dans la caricature) et l’intrigue manque de profondeur. De même, il est dommage que les auteurs n’aient pas plus poussé leur réflexion quant aux thèmes évoqués (progrès de la science, immortalité…), ce qui aurait alors pu relever le niveau d’une intrigue finalement pauvre en terme de suspense et de rebondissements.

En somme, un bon moment de lecture grâce à style agréable et un univers intéressant, mais qui ne me laissera pas non plus un souvenir impérissable. En dépit d’un résumé alléchant et de promesses tout au long du récit, « Confessions d’un automate mangeur d’opium » n’est pas parvenu à répondre totalement à mes attentes. Je ressors de ma lecture avec davantage de questions que de réponses et le sentiment que les auteurs ne sont finalement pas allés jusqu’au bout d’une intrigue pourtant très prometteuse.

En Bref

___On aime : Une idée de départ prometteuse et un style vraiment agréable qui nous transporte aisément dans un Paris version Steampunk plus vrai que nature. Les auteurs parviennent à piquer notre curiosité jusqu’au bout et l’intrigue comporte suffisamment d’action pour qu’on ait toujours envie de poursuivre notre lecture.

___On regrette : Trop de questions sans réponse et le sentiment que les auteurs ne sont pas allés jusqu’au bout de leur intrigue. Le récit oscille entre la caricature et le sérieux comme si les auteurs n’avaient pas réussi à faire un véritable choix dans le ton qu’ils voulaient lui donner.

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