« Double jeu » de Judy Blundell

 

 

 

 

 

 

Mon résumé

La famille Corrigan est d’origine irlandaise et a toujours vécu dans la précarité. Maguie, la mère de Kit, est morte en couches dix-sept ans plus tôt alors qu’elle donnait naissance à des triplés (Kit, Jamie et Maguie). Depuis, c’est leur père qui s’occupe d’eux, du moins qui essaie tant bien que mal, car on comprend rapidement que cet homme n’est plus que l’ombre de lui-même depuis la mort de son épouse. Longtemps, il a pu compter sur le soutien de sa soeur, Delia, mais cette dernière a quitté la maison quelques temps plus tôt à la suite d’une violente dispute et n’est plus jamais revenue. La vie est difficile pour Kit et sa famille. Les 3 enfants Corrigan doivent travailler afin de permettre au foyer de vivre.

___C’est ainsi qu’à 17 ans, Kit travaille dans un cabaret. Passionnée par la scène depuis son plus jeune âge, elle se raccroche à son rêve de célébrité. Kit a un petit ami prénommé Billy dont elle s’est récemment séparée, et qui n’est autre que le fils de Nate Benedict, un avocat au bras long, réputé pour tremper dans des affaires assez louches.

___Les relations entre Nate et son fils sont houleuses depuis quelques temps. Le jeune homme voit d’un mauvais oeil les affaires dans lesquelles baigne son père et il fait tout son possible pour ne pas suivre le même chemin.

___Nate a conscience de la situation, et afin de renouer avec Billy, il décide d’offrir à Kit un appartement au coeur de Manhattan avec en prime un coup de pouce pour lui permettre d’intégrer un prestigieux cabaret. En contrepartie il veut que Kit reconsidère l’idée de se remettre en couple avec Billy et que tous les deux concrétisent le rêve qu’ils chérissent depuis quelques temps en s’installant ensemble dans cet appartement. En effet, Billy, en conflit avec son père, a décidé de s’engager dans l’armée (c’est alors la guerre de Corée) et Nate pense que Kit est la seule personne susceptible d’avoir une réelle influence sur son fils. Il espère qu’en persuadant ainsi Billy de vivre avec elle, Kit permettra indirectement à Nate de rétablir un lien avec son fils.

___Bien que Kit soit réticente à l’offre de Nate, elle est également consciente qu’à travers cet appartement en plein coeur de Manhattan, c’est une opportunité unique qui se présente à elle. Qui plus est, après avoir quitté sa petite ville de Providence dans l’espoir de se bâtir une carrière à New York, ses ressources financières sont plus que limitées et ses relations avec sa logeuse de plus en plus tendues. On comprend également rapidement que Kit a une dette envers ce mystérieux Nate Benedict, autant de raisons qui poussent la jeune fille à accepter le marché.

L’auteure

__Judy Blundell a écrit plusieurs romans pour enfants, adolescents et adultes sous différents pseudonymes.

___Elle est notamment connue sous le nom de Jude Watson par les fans des romans dérivés de La Guerre des étoiles (elle est l’auteur des séries à succès des Apprentis Jedi et du Dernier Jedi.) et a également écrit de nombreuses novélisations de films.

___C’est en 2008 et avec « Ce que j’ai vu et pourquoi j’ai menti » (What I Saw and How I Lied), qu’elle signe pour la première fois sous son véritable nom. Ce livre a aussi été son premier vrai roman et a obtenu, l’année de sa publication, le National Book Award.

___Judy Blundell vit à Katonah, dans l’État de New York, avec sa fille et son mari, Neil Watson, directeur du Katonah Art Museum.

 

Mon opinion

★★★★★

« Double jeu » nous transporte au coeur des Etats-Unis dans les années 50 où le lecteur est amené à suivre une véritable saga familiale, sur fond de musique jazz et en présence de personnages hauts en couleurs.

___L’histoire débute donc sur un accord, entre Kit et le père de son ex petit ami. Comme évoqué dans le résumé, le lecteur comprend rapidement qu’une des raisons qui poussent Kit à accepter la proposition de Nate Benedict est une « dette » qu’elle aurait contractée envers lui mais dont on ne connaît pas la nature exacte avant la deuxième partie du roman. Je dois admettre que j’appréhendais d’ailleurs de connaître les origines exactes de cet engagement. Je craignais qu’en réalité la dette dont il était question ne s’avère fondée sur rien qui ne la justifie concrètement, faisant ainsi s’écrouler une partie de l’intrigue qui aurait perdu en crédibilité. Heureusement, je dois dire que l’auteure s’est révélée à la hauteur de ses promesses de ce point de vue.

___Une des clés du succès de l’intrigue, ce sont les personnages qui la portent. Tous se révèlent forts en caractère, et beaucoup ont leur part d’ombre et leurs souffrances que nous découvrons à mesure que l’intrigue se dévoile.

___Les triplés Corrigan sont tous attachants à leur façon. Il y a Jamie, le frère dévoué et Maguie dont le caractère prude compense les ardeurs de la jeune Kit, personnage central de l’intrigue. Malgré une enfance difficile on sent qu’il y a beaucoup d’amour dans cette fratrie.

___Le personnage de Kit m’a aussi beaucoup plu. Elle apparaît comme une jeune fille écorchée par la vie et qui a grandi avec le sentiment d’être responsable de la mort de sa mère. Dans l’ensemble, j’ai trouvé ses réactions cohérentes. Et même si on en vient parfois à se demander comment elle a pu se mettre dans un tel pétrin, c’est souvent à ce moment-là qu’une révélation de l’auteure nous permet de comprendre pourquoi l’héroïne a agi de la sorte.

___J’ai également beaucoup apprécié Billy et à mesure que l’intrigue se dévoile, on se rend compte à quel point ils se ressemblent avec Kit. On découvre peu à peu que, comme elle, Billy vit avec le poids de la culpabilité liée à un drame qui a bouleversé son existence. Et si au début j’ai eu un peu de mal à cautionner la véritable haine que le jeune homme semblait vouer à son père, les révélations de l’auteure permettent au final de mieux saisir les origines de la violence de ses sentiments.

___Parmi les personnages importants, on fait également la connaissance du jeune Hank, un adolescent de l’âge de Kit et qui vit avec sa famille dans le même immeuble qu’elle à New York. Il va se révéler être un ami loyal pour Kit, et contrairement à ce que j’ai pu craindre une bonne partie du roman, l’auteure nous épargne le récurrent trio amoureux avec une Kit aux abois, contrainte de choisir entre Billy et Hank (bien qu’on comprenne que Hank semble très attaché à la jeune fille).

___Le seul « regret » que je peux avoir concerne les personnages de Nate Benedictet du père de Kit. On comprend que tous deux ont un passé commun et qu’ils ont eu un certain rôle à l’époque de la prohibition. Je regrette que cet aspect de l’intrigue ne soit pas encore plus développé. J’aurais aimé en apprendre davantage sur cette période de leur vie comme sur les affaires douteuses dans lesquelles Nate Bendict est impliqué. Je regrette que l’auteure n’ait pas davantage insisté sur l’aspect « gangster » du personnage le rendant plus inquiétant.

___L’autre point fort de « Double jeu », c’est son intrigue, qui prend la forme d’une mini saga familiale sous fond de secrets de famille et de révélations.

___Sur le fond, Judy Blundell nous offre en effet une intrigue de qualité, relevée par des références historiques qui sans être trop pesantes donnent une certaine profondeur à l’histoire. J’ai été très agréablement surprise par la maturité de l’intrigue(surtout pour un roman YA). Il faut croire que j’ai beaucoup d’a priori, mais jusqu’au bout j’ai eu peur que « Double jeu » ne repose pas sur un socle suffisamment solide pour que l’intrigue ne parvienne à réellement me convaincre. Les indices étant dévoilés au compte-goutte, le lecteur ignore longtemps quel chemin va prendre l’histoire. Jusqu’au bout, j’ai ainsi été dans l’incapacité d’imaginer comment tout allait se terminer. En effet, à mesure que les chapitres avancent, les révélations s’enchaînent, offrant de nouvelles perspectives à une histoire qui ne cesse de gagner en intensité et en intérêt. J’appréhendais donc de plus en plus le moindre faux pas de l’auteure susceptible de gâcher une intrigue qui se révélait pleine de qualité. Certains liens insoupçonnés entre les personnages se dévoilentpeu à peu donnant un réel tournant au récit et surtout, l’auteure nous offre de vrais rebondissements qui n’épargnent pas les personnages et que je n’aurais jamais soupçonnés. Sans vraiment verser ma larme, je dois reconnaître que j’ai été sacrément chamboulée par certains retournements de situation.

L’intrigue atteignant alors son point culminant, ma crainte ultime était que Judy Blundell ne gâche tout avec une fin qui ne soit pas à la hauteur du reste de l’intrigue. A mesure que les dernières pages approchaient, j’avais de plus en plus de mal à imaginer comment l’auteure allait parvenir à boucler l’histoire sans la bâcler. Mais contre toute attente, même le final ne m’a pas déçue. Après un léger temps de flottement, l’auteure termine par un rebondissement qui permet de clôturer à la perfection l’histoire.

___Au niveau de la forme, le texte alterne des chapitres concernant la vie de Kit au moment où se déroule l’intrigue avec des moments de sa vie avant son débarquement à New York. Si ce procédé de narration peut sembler déroutant, il est finalement bien maîtrisé par l’auteure et le lecteur ne se perd jamais en route. Cela permet en outre à Judy Blundell de dévoiler peu à peu les véritables enjeux de son intrigue et de créer une tension croissante à mesure que l’on découvre certains éléments relatifs aux évènements passés. L’auteure, en ne dévoilant ni trop d’éléments susceptibles d’aiguiller de façon précipité le lecteur, ni pas assez pour que l’intrigue piétine trop longtemps, pique la curiosité du lecteur qui se retrouve en présence de nombreux indices sans parvenir à trouver de véritable fil conducteur jusque dans les derniers chapitres. Il faut donc prendre notre mal en patience et attendre que Judy Blundell rassemble les différentes pièces du puzzle et nous livre enfin les clés d’une histoire qui s’avère finalement très bien ficelée.

___Le choix de l’auteure de situer son action dans les années 50 ajoute en intensité à cette intrigue. L’univers jazzy, l’ambiance cabaret et le personnage de Nate Benedict, cet italien aux allures de gangster, confèrent encore un peu plus de mystère et de noirceur à l’histoire.

___Pourtant, force est de constater que ce choix ne pas paru immédiatement pertinent. En effet, j’ai d’abord eu quelques réserves, surtout au milieu du récit où l’histoire semble piétiner sans qu’une véritable intrigue ne se dessine et où j’ai alors commencé à craindre que le cadre des années 50 constitue finalement à lui seul tout le sujet du livre. Heureusement, c’est pile à ce moment que Judy Blundell fait quelques révélations qui insufflent un nouveau rythme à l’histoire et peu à peu, de nouvelles perspectives apparaissent. L’intrigue commence alors à prendre en relief et à gagner en intérêt. Ainsi, contrairement à ce qu’on peut craindre au premier abord, le choix des années 50 ne figure pas uniquement comme un prétexte ou un simple argument de vente, mais au contraire j’ai trouvé qu’il s’accordait parfaitement au fond et mettait véritablement l’intrigue en valeur.

« Double jeu » est donc une très, très belle surprise réunissant tout ce que j’aime (ambiance jazzy, secrets familiaux, révélations et rebondissements…) sous la forme d’une intrigue mature et portée par des personnages charismatiques. Judy Blundell parvient à éviter avec brio les clichés du genre YA et ses efforts de documentation et de recherches sur les années 50 sont louables. J’aurais peut-être aimé une intrigue encore plus sombre avec un aspect « gangster » plus développé mais dans l’ensemble l’auteure a largement comblé mes attentes ! C’est presque un coup de coeur !

En Bref

___On aime : Une intrigue mature et de qualité, riche en rebondissements et en révélations. Judy Blundell nous épargne les clichés du genre YA et parvient à tenir en haleine son lecteur jusqu’au bout. Les efforts de documentation se ressentent et l’auteure a su habilement utiliser le contexte des années 50 afin de donner encore plus de profondeur à l’histoire.

___On regrette : un début un peu lent avec une intrigue qui peine à se mettre en place mais qui ne m’a pas gêné outre mesure (je me suis régalée à vivre aux côté de Kit dans ce NY des années 50 !). Le côté « gangster » aurait mérité d’être plus développé et j’aurais aimé que l’auteure fournisse plus de détails sur le passé du père de Kit et de Nate Benedict… mais bon, honnêtement, c’est vraiment pour trouver des défauts hein !

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